
Mon Amour Interdit
Chapitre 3
Le lendemain matin, je me suis réveillé avec un sentiment de légèreté que je n'avais pas connu depuis cinq ans. Le soleil filtrait à travers les rideaux, et pour la première fois, le lit à côté de moi, vide, ne me semblait pas froid et désolé, mais plein de promesses. J'ai rêvé de Sophie, du sud, d'une petite maison près de la mer, d'un atelier rempli de toiles et de l'odeur de la térébenthine. Une nouvelle vie. Une vie où le fantôme de Léa pourrait enfin trouver la paix, et moi aussi.
Je suis descendu pour prendre un café, mes valises déjà prêtes dans l'entrée. Mon vol était à midi. Je fredonnais presque. La liberté avait un goût sucré.
C'est alors que j'ai entendu le bruit d'une voiture dans l'allée. J'ai froncé les sourcils. Je n'attendais personne. J'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu la voiture de Camille se garer, suivie d'une autre, un vieux break rempli à ras bord de matériel d'artiste.
La porte d'entrée s'est ouverte. Camille est entrée, l'air fatigué. Derrière elle, Romain Dubois la suivait, les bras chargés de toiles. Il m'a jeté un regard noir, un mélange de défi et de mépris.
« Qu'est-ce que... » ai-je commencé, stupéfait.
« Romain emménage ici, » a annoncé Camille d'une voix plate, évitant mon regard. « Son appartement a des problèmes de plomberie. Il va rester le temps des travaux. »
Des cartons, des chevalets, des pots de peinture ont commencé à envahir mon hall d'entrée impeccablement rangé. Le chaos de Romain s'installait dans l'ordre de ma vie.
« Camille, ce n'est pas possible, » ai-je dit, en essayant de garder mon calme. « Nous sommes divorcés. C'est ma maison maintenant. Tu peux rester, comme convenu, mais lui... »
« C'est aussi ma maison pour le moment, » a-t-elle rétorqué, sa voix se durcissant. « Il est mon frère. Il a besoin de moi. »
Romain a posé une caisse avec un bruit sourd. « Un problème, Lefevre ? Tu n'es plus son mari. Tu n'as plus rien à dire. »
Sa possessivité était palpable, suffocante. J'ai regardé Camille, attendant qu'elle dise quelque chose, qu'elle le remette à sa place. Mais elle est restée silencieuse, son regard fixé sur une fissure imaginaire dans le parquet.
« Je te dédommagerai pour le dérangement, » a-t-elle finalement dit, comme si l'argent pouvait tout régler.
« Je ne veux pas de ton argent, Camille, » ai-je répondu, la mâchoire serrée. « Je veux juste la paix. Je veux juste partir et commencer ma nouvelle vie. »
J'ai fait un pas vers mes valises, un geste symbolique pour montrer mes intentions.
« Tu peux partir, » a dit Romain avec un sourire narquois. « Personne ne te retient. Laisse-nous la maison. »
J'ai senti la colère monter en moi, une vague chaude et désagréable. Mais je me suis forcé à rester calme. C'était leur jeu, pas le mien. Je n'avais plus rien à faire ici.
« Très bien, » ai-je dit d'une voix glaciale. « Faites comme chez vous. De toute façon, je pars. »
Je me suis tourné vers Camille. « Fais juste en sorte que tes... affaires... ne débordent pas dans ma chambre. »
J'ai commencé à monter les escaliers. Romain m'a lancé une dernière pique. « Ne t'inquiète pas. On ne touchera pas à ton sanctuaire dédié à ta morte. »
Je me suis figé, la main sur la rampe. Le venin dans sa voix était ancien. Je me suis souvenu de toutes les fois où il avait montré cette même hostilité, même avant le mariage. Lors des dîners de famille, il me fixait toujours avec ce regard jaloux, comme si je lui volais quelque chose qui lui appartenait. Et Camille, elle ne voyait jamais rien. Ou elle ne voulait rien voir. Elle le défendait toujours, le protégeait, l'excusait. « Il est sensible, c'est un artiste. »
Je suis entré dans ma chambre et j'ai fermé la porte. J'ai essayé de me calmer, de me concentrer sur Sophie, sur le sud. Mais les bruits en bas – des meubles qu'on déplace, leurs voix en conversation – s'infiltraient sous la porte.
Plus tard dans la nuit, je n'arrivais pas à dormir. Je suis descendu boire un verre d'eau. La porte de la chambre d'amis, où Romain s'était installé, était entrouverte. J'ai entendu leurs voix.
« Tu n'aurais pas dû lui parler comme ça, Romain, » disait Camille.
« Pourquoi ? Il le mérite. Il t'a utilisée pendant cinq ans. »
« C'était un accord. Il a été respectueux. »
« Respectueux ? Il te touchait, Camille ! Le corps de ma sœur ! » Sa voix était pleine d'une fureur contenue.
« Romain, arrête. C'est fini maintenant. Il part demain. Nous serons seuls. » Sa voix était douce, apaisante. C'était la voix qu'elle lui réservait toujours, une voix que je n'avais jamais entendue pour moi.
« Je ne veux pas qu'il te touche une dernière fois. Promets-le-moi. »
Il y eut un silence. Je retins mon souffle.
« Je te le promets, » a-t-elle finalement murmuré.
Je me suis retiré dans l'ombre du couloir, mon cœur battant lourdement. Ce n'était pas de la jalousie, c'était autre chose. Une sorte de dégoût. J'ai remonté les escaliers en silence.
De retour dans ma chambre, j'ai remarqué que ma valise, que j'avais laissée près de la porte, avait été déplacée. Je l'ai ouverte. Mes vêtements étaient en désordre, comme si quelqu'un avait fouillé dedans. Mais ce n'était pas ça le plus étrange. Sur le dessus, posé bien en évidence, se trouvait mon billet d'avion pour Nice.
Camille. Elle avait fouillé mes affaires. Elle savait que je partais.
Quelques minutes plus tard, on a frappé doucement à ma porte.
« Antoine ? » C'était sa voix.
Je n'ai pas répondu.
La porte s'est ouverte. Elle est entrée, vêtue d'une fine nuisette de soie. C'était celle que je préférais. Elle ne la mettait que les jours où notre "devoir" devait être accompli.
« Tu ne dors pas ? » a-t-elle demandé.
« Que veux-tu, Camille ? »
Elle s'est approchée du lit. « C'est notre dernière nuit. Le contrat... »
« Tu as promis à ton frère, » ai-je dit froidement. « Je vous ai entendus. »
Elle a tressailli, surprise. Une rougeur a coloré ses joues. « Ce n'est pas ce que tu crois... »
« Je crois que tu m'as menti. Tu savais que je partais. Tu as fouillé mes affaires. »
« Je... » Elle a baissé les yeux. « Je voulais juste être sûre. »
Je me suis levé du lit, furieux. « Sûre de quoi ? Que j'allais enfin te laisser tranquille avec lui ? »
Elle a reculé, l'air blessé. « Ce n'est pas juste. »
« Rien dans cette histoire n'est juste, Camille. »
Je me suis approché d'elle, la dominant de ma hauteur. J'ai vu la peur dans ses yeux, mais aussi autre chose. Une sorte de résignation.
« Tu veux remplir le contrat jusqu'au bout ? » ai-je murmuré, ma voix rauque. « Très bien. Une dernière fois. »
Elle a hésité, son regard allant de mes yeux à la porte fermée de la chambre. Puis, elle a lentement hoché la tête. Elle pensait peut-être que c'était une autre formalité, un dernier acte sans conséquence. Elle se trompait. Cette fois, ce ne serait pas un devoir. Ce serait une punition.
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