Couverture du roman Dans les bras du businessman

Dans les bras du businessman

9.5 / 10.0
Léonore Dumas, étudiante et mannequin débutante, voit son destin basculer lors de sa rencontre avec Wolf, un riche homme d'affaires aussi sombre que fascinant. Entre ambitions professionnelles et dilemmes financiers, la jeune femme s'engouffre dans une liaison passionnelle où le pouvoir et l'argent dictent les règles. Confrontée à ses propres démons et à l'indéchiffrable Wolf, elle doit naviguer entre trahisons et rivalités au cœur d'un univers impitoyable.

Dans les bras du businessman Chapitre 1

–               Suivante !

Je me pointe au sommet de mes talons hauts, en feignant d'avoir fait ça toute ma vie : pousser la porte d'une agence de mannequins des ChampsÉlysées pour espérer décrocher un job. Ou juste un sourire, en fait, ce serait déjà pas mal.

Je pénètre dans un bureau spacieux, dont une autre candidate sort en courant, et j'attends que les deux humains présents entrent en contact avec moi.

–               Ton prénom ? bougonne un type sans même me regarder.

–               Léonore. Mais tout le monde m'appelle Léo.

–               OK, Léa...

–               Non, Léo, le coupé-je en souriant pour rectifier. C'est le diminutif deLéonore.

–               OK, Éléonore, me répond une blonde en soupirant, comme si je luifaisais perdre son temps.

Probablement une ancienne mannequin qui refuse de vieillir et de sortir du circuit. Tout la trahit : son visage anguleux et mono-expressif, sa silhouette longiligne noyée dans un chemisier de créateur qu'on lui a sans doute offert, sa prédisposition à se tenir parfaitement droite, sans en avoir l'air, ses longues jambes étendues devant elle dans une position étudiée, les pieds légèrement en dedans, pour rendre ses cuisses de mouche plus fines encore. Elle me scrute, assise d'une demi-fesse sur le coin d'une table. Installé derrière son bureau, le grand Noir moulé dans un col roulé blanc consulte ses deux téléphones portables à tour de rôle.

Il est plus que beau. Plus que chiant, aussi.

–               Book ? me demande-t-il enfin en tendant une main.

Il n'a toujours pas levé les yeux vers moi.

Je m'avance pour le lui donner mais la femme l'intercepte et se charge de faire l'intermédiaire. J'ai l'impression de revivre un terrible jour de rentrée, quand on change de lycée à 15 ans, que l'on a mis trois jours à choisir sa tenue, à répéter son sourire dans le miroir, et que l'on se retrouve à la fois totalement transparente... et déjà pestiférée.

Si j'en crois ma boule au ventre et mes bouffées de chaleur, je ne devrais pas tarder à vomir mon angoisse sur le bureau acajou et mes escarpins tout neufs.

–               Âge ? questionne le beau Black qui ne sait apparemment pas faire de phrase entière.

–               Vingt-deux.

–               C'est vieux pour débuter.

–               Ah bon ? Je mets de l'antirides pourtant.

Je souris à ma propre blague tout en me maudissant de l'avoir faite. Et la femme répond à ma petite moue de gêne par une grimace encore plus gênée.

–               On préfère recruter vers 14-15 ans dans le milieu, m'explique-t-elle.

Et je ris naïvement. Avant de m'apercevoir qu'elle ne plaisante absolument pas.

–               Très beau visage, commente soudain le type en se levant.

–               Racé, confirme sa collaboratrice.

–               Les pommettes, la ligne des mâchoires, vraiment très intéressant.

–               Oui, à la limite du masculin-féminin... mais sans être androgyne, grâceà la bouche très pulpeuse.

–               C'est puissant, acquiesce-t-il à voix basse.

–               Très joli port de tête aussi. Et beau grain de peau.

–               Elle a ce petit truc en plus, qui est si rare...

Ces deux inconnus me tournent autour, à environ vingt centimètres de mon espace vital, et me détaillent en hochant la tête. Leurs commentaires me flattent. Mais leur proximité m'oppresse. Sur les conseils de mon mec, j'ai mis un jean noir et un tee-shirt noir près du corps. Simple mais efficace. C'était sans compter les vingt-cinq degrés dehors et les quarante dans mon corps. Je n'ai plus la moindre trace de salive dans la bouche et mes mains dégoulinent de moiteur.

–               Sous-vêtements ? lance soudain le type en regagnant son bureau.

–               Euh ? Oui, toujours ! m'entends-je répondre. Tous les jours, je veux dire. Ou presque... Si la question est de savoir si j'en porte. Sinon...

La blonde sans âge vient à mon secours en posant une main sur mon bras, avec un sourire de pitié autant que d'empathie.

–               On veut juste que tu te mettes en sous-vêtements, me chuchote-t-elle.Tu peux te déshabiller ici directement.

–               Ah.

Elle pense m'avoir rassurée. Mais elle n'a aucune idée du tsunami qu'elle vient de déclencher en moi.

Sous-vêtements... Déshabiller... Corps... Nudité...

–               C'est obligatoire ? bredouillé-je. Je veux dire, les mannequins sont quand même là pour porter des vêtements. On les voit plus souvent habillés que...

–               On a besoin de voir si ton corps suit le reste, me coupe-t-elle. Ne t'inquiète pas pour la pudeur, on fait ça toute la journée.

–               Pas moi, soufflé-je d'un filet de voix.

–               Tu es très prometteuse, m'encourage le type, qui me sent hésiter.

Il est toujours aussi beau. Et un peu moins inhumain. Je ne comprends pas comment il ne crève pas de chaud, enfermé dans ce bureau et ce col roulé qui moule tous ses muscles. On manque d'air ici, non ?

Les deux recruteurs me sourient gentiment et je me mets à imaginer ce qu'ils sont en train de penser de moi : pudique, timide, complexée, peut-être mal dans sa peau... Mais ils n'ont pas la moindre idée. Et je ne sais plus ce que je fiche ici, à me désaper devant eux alors que je ne laisse jamais personne me voir nue. Alors que je fais l'amour dans le noir... et le moins souvent possible. Alors que je reste toujours en tee-shirt à la plage, même par temps de canicule. Alors que je me suis mise au surf juste pour pouvoir troquer mon maillot de bain contre une combishort en néoprène. Alors que même les débardeurs sont bannis de ma garde-robe, parce qu'ils en montrent trop.

–               Si tu pouvais accélérer, on est vraiment pressés, insiste la blonde, denouveau assise sur le bureau.

Et de nouveau désagréable. Je profite du fait qu'elle consulte son carnet de rendez-vous, et lui ses deux téléphones pour retirer rapidement mon jean et mon tee-shirt. Puis je recule jusqu'au mur du fond et me tiens face à eux, les jambes en coton, la tête dans un étau et les lèvres qui me collent aux dents. Je joins mes mains moites pour faire tourner mes bagues autour de mes doigts. J'en mets toujours beaucoup, pour me sentir un peu moins nue, si besoin.

–               Tu peux t'avancer un peu ?

–               Et relever tes cheveux ?

Non, je ne peux pas...

En me voyant pétrie dans mon coin, en train de me triturer les doigts, le duo s'approche de nouveau de moi, soupirs las et regards curieux.

–               Très belle allure.

–               Les mensurations correspondent à ce qu'on cherche.

–               Bien proportionnée.

–               Mince mais musclée, ce n'est pas si courant...

Je n'entends bientôt plus leurs commentaires, obnubilée par la découverte qu'ils vont bientôt faire en me tournant autour.

–               Sekou, viens voir ça.

–               Et merde.

Leur stupéfaction, leur silence si criant, et leur gêne si impudique s'insinuent sous ma peau. Depuis que j'ai commencé les castings, j'ai pris l'habitude que l'on parle de moi comme si je n'étais pas là. Mais cette réaction-là, je ne m'y ferai jamais. Et je ressens toujours la même chose :

une soudaine envie de disparaître.

–               Ah ouais, quand même, souffle finalement le Black.

–               On perd notre temps, soupire sa collègue.

–               Un mètre soixante-seize de gâchis, marmonne le type contrarié.

–               Tu peux te rhabiller, Léa.

–               C'est Léo.

Ma voix est enrouée. Mélange de colère et de honte.

–               Hein ?

–               C'est toujours Léo, mon prénom.

–               Peu importe, ça ne va pas être possible pour nous, conclut la femme,comme une sentence.

–               Je vois, susurré-je en renfilant rapidement mes fringues.

–               Tu sais, on ne veut briser les rêves de personne. Mais tu ne vas paspouvoir devenir mannequin avec ça.

–               Vous ne cherchiez pas un « petit truc en plus » ? tenté-je d'ironiser pour garder la face.

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