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Couverture du roman Saga d'Aliénor et des Blancs Manteaux: Le maître de la forêt et les sylphides

Saga d'Aliénor et des Blancs Manteaux: Le maître de la forêt et les sylphides

Libéré par les Blancs Manteaux, Enguerrand se lance dans une mission de sauvetage périlleuse. Il doit délivrer la reine des Gnomes et la tendre Hermione, suppliciées par les bannis d'Aude de Mallemort. Lors d'un affrontement naval, un choc brutal réveille ses souvenirs enfouis. Une vision d'horreur le hante alors : il se revoit planter l'épée des Anciens dans un arbre géant, près du cadavre d'une enfant ailée. Aurait-il commis l'irréparable en devenant un meurtrier ?
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Chapitre 2

Partie I

Entre deux mondes

Les recherches du chevalier Benoît demeurèrent vaines ; le gibier semblait avoir totalement disparu de ces hêtraies et landes stériles. Bien malgré lui, il décida de retourner au campement tout en cherchant ce qu’il pourrait répondre aux quolibets (moqueries)que ne manquerait pas de lui lancer Isaure.

Il était en vue du bivouac improvisé quand, soudain, à quelques pas de lui, le bruit d’une branche cassée mit tous ses sens aux aguets (se tenir sur ses gardes, à l’affût). L’épée bien assurée, il se campa sur ses pieds, prêt à répondre à l’attaque ; mais rien ! À part ce bruit de feuilles froissées et ces gémissements, de plus en plus forts.

Il se précipita ; derrière un arbre, un étrange animal, couvert de poils, était suspendu par une patte et gigotait pour se libérer.

Chapitre I

Aliénor et le Gobelin

— Sacré cornebourré de cornebourré, de draguins (le draguin est une créature coupée entre un dragon et un gobelin). Si j’arrive à me détacher, ce morpiaud de cornebuche va aller croupir dans un cachot, après avoir reçu son dû.

La drôle de créature se débattait, la tête en bas, les pieds attachés à une sorte de collet d’osier tressé. Mais plus elle gigotait, plus les liens se resserraient, pénétraient les chairs et accentuaient le mouvement. Benoît ne bougeait pas. Après s’être balancée en tous sens, la bête cherchait maintenant à se redresser pour se dégager du nœud coulant mais elle était si ventripotente (bedonnant, avec un gros ventre, pansu)qu’elle ne pouvait l’atteindre. Alors elle grognait, tempêtait et jurait de plus belle. La longue redingote de peau, dont elle était vêtue, lui couvrait maintenant les yeux et l’empêchait, malgré tous ses efforts, d’attraper l’espèce de couteau, à lame recourbée, suspendu à une large ceinture de cuir. À force d’être malmenée, la boucle de ceinture céda et tout ce que contenaient ses poches tomba à terre. Aux soupirs, aux grognements, succédaient maintenant des cris des vociférations à l’égard de celui qui l’avait piégé. Sans doute ce « morpiaud de cornebuche ».

— Si cet abruti d’apprenti n’est pas retourné dans sa tribu lorsque je me serai détaché alors je le pendrai par les oreilles après l’avoir fait bouillir, doucement dans de l’herbe des sorcières, pesta-t-elle une nouvelle fois.

Benoît tenta, plusieurs fois, d’approcher mais, à chaque tentative, le claquement d’une mâchoire laissait présumer que cette créature mordrait tous ceux qui tenteraient de la toucher. La douleur lui faisait maintenant pousser de tels cris que Aliénor, Isaure et l’abbé, alertés, cherchèrent à voir ce qui se passait. L’abbé Olivier marchait devant, son bâton dans la main, prêt à le faire tournoyer sur quelques imprudentes bestioles. Suivaient Isaure et Aliénor, plus intriguées qu’inquiètes. La créature avait entendu et, relevant la tête, entre les pans de sa veste, vit enfin les humains, une race qu’il abhorrait (détestait). Pourquoi ? Il ne le savait pas ; on lui avait seulement appris, depuis qu’il était enfant, à haïr ces bêtes au mauvais caractère et qui sentaient si mauvais. Il en avait déjà vu et même tué certaines d’entre elles, du temps de la Grande Guerre. Ceux-là allaient donc se venger, lui trancher la gorge ou bien, l’épée tirée, du plus grand, allait le transpercer.

— Fais ce que tu as à faire, humain, et finissons-en ! rugit-il, en montrant les dents.

— En finir avec toi, odieux petit bonhomme ? C’est ce qui pourrait t’arriver de mieux, répondit Benoît. Mais peut-être taillerons-nous, avant, quelques tranches dans ces cuisses dodues car tu me parais bien grassouillet et nous avons grand-faim (endurer la faim)

La créature vit Benoît ranger son épée au fourreau mais tirer une longue dague que son plastron dissimulait. Il lui semblait que l’humain hésitait, preuve de la faiblesse de ces créatures.

— Allez ! Sois courageux, bonhomme et plonge ta lame dans mon cœur. Fais vite ! Je n’ai nulle peur !

— Tu aurais donc un cœur ? vil petit nabot, railla Benoît.

— Si je n’étais attaché, tu verrais ce que le nabot pourrait te faire. Tu ne peux sans doute pas l’imaginer car tu n’as sans doute jamais combattu contre un seul de mes frères. Tu en garderais moult souvenirs.

— Cesse de faire le fanfaron (qui se vante avec exagération d’exploits réels ou imaginaires)créature du diable ! J’ai choisi la dague parce que la lame est mieux adaptée à ta taille et cela évitera que je ne répande trop de sang dans ce paradis de désolation.

Benoît approchait, la dague levée, prêt à accomplir son forfait. Les mains relevant la redingote, la créature regardait crânement (fièrement)le chevalier dans les yeux, toutes les dents sorties.

— Laisse-lui la vie sauve Benoît, il a l’air si mignon, lança Aliénor !

— Oui, Benoît, faites-lui grâce, je vous en prie, surenchérit Isaure. Jamais je ne pourrais manger un tel animal.

— Benoît, mon bon Benoît, écoute les dames, susurra la créature. Benoît, gentil Benoît, détache-moi ou demande à ton serviteur en robe de le faire à ta place (il désignait l’abbé) si tu as trop peur de t’approcher ! Ou alors donne-moi ton couteau et je trancherai moi-même les cordes qui me retiennent.

Aliénor s’approcha, sans inquiétude, pour mieux observer ce drôle d’animal qui parlait. Elle se tourna, mit sa tête entre ses cuisses pour le voir à l’endroit et sourit de voir l’être dans une position si peu avantageuse.

— Mignon ? Tu me trouves mignon, gloussa la créature. Quelle insulte ! Drôle, je le suis assurément mais sans doute madame se moque-telle de me voir accroché comme le font les chauves-souris pour dormir ?

— Il est beaucoup mieux ainsi, poursuivit Aliénor en souriant.

— Pourquoi me montres-tu ainsi ton séant ? (Sa voix s’étranglait de fureur), par mépris pour ma race ? Si je n’étais en si mauvaise cette posture je te montrerais, arrogante donzelle ce que vaut une créature de mon espèce.

— D’abord monsieur sachez que, dans nos convenances (ce qui convient), c’est mademoiselle et non donzelle si vous voulez vous entretenir avec moi qui suis encore une jeune fille…

— De bonne famille, de surcroît, appuya l’abée

— De bonne famille ! Il est vrai, gloussa Aliénor.

— La différence, à te voir, petite, ne nous semble pas évidente. Marches-tu toujours ainsi la tête entre tes jambes ?

— Je tente seulement de mieux vous voir ; j’en suis, comme vous : « toute retournée » et de votre indélicatesse à mon égard et de votre absurde colère.

— Sans doute vous écoutez-vous, comme humaine, faire des mots et penser sans doute être hilarante ? Vous n’êtes malheureusement que devant un parterre de gens, acquis à votre cause, prêts à rire de votre détestable humour. Mais, dites-moi, celui qui se tient à vos côtés, avec sa robe et son bâton, est-il garçon ou bien fille ? Dois-je l’appeler madame, jouvenceau ou garçonnet ?

— Vous avez, créature, la langue bien pendue, répliqua Isaure.

— Pour être pendu, il l’est assurément, s’amusa l’abbé.

— Alors le grand bélître (vaurien)a-t-il choisi comment faire pour me tuer ? Vous autres, humains ne savez pas choisir quel sexe adopter alors quand il vous faut choisir entre la vie et la mort vous n’avez pas encore fini de vous poser la question que vous passez de vie à trépas.

— Pendouiller ainsi ne te fait-il pas monter le sang à la tête, s’amusa Benoît en faisant glisser son poignard sur le manteau de la créature. Tu es si rouge et si bien pendu que je pense te saigner comme nous le faisons avec nos sangliers ; après on éviscérera ; cela te rendra moins gros.

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