Suivre
Chapitres
Partager
Couverture du roman Saga d'Aliénor et des Blancs Manteaux: Le maître de la forêt et les sylphides

Saga d'Aliénor et des Blancs Manteaux: Le maître de la forêt et les sylphides

Libéré par les Blancs Manteaux, Enguerrand se lance dans une mission de sauvetage périlleuse. Il doit délivrer la reine des Gnomes et la tendre Hermione, suppliciées par les bannis d'Aude de Mallemort. Lors d'un affrontement naval, un choc brutal réveille ses souvenirs enfouis. Une vision d'horreur le hante alors : il se revoit planter l'épée des Anciens dans un arbre géant, près du cadavre d'une enfant ailée. Aurait-il commis l'irréparable en devenant un meurtrier ?
Chapitres
Partager

Chapitre 3

L’animal montra les dents, mécontent de ces plaisanteries quant à sa position et à ce qu’on allait lui faire. Jamais encore on ne s’était ainsi raillé (moqué)de lui.

— Petite ! fit-il à Aliénor, avant de mourir, approche-toi un peu que je puisse te reluquer (regarder d’une façon peu courtoise). Hum ! Hum ! Tu n’es, il est vrai encore qu’une enfant, pas entièrement finie, ta taille doit encore être affinée et tes seins mieux remplis. En revanche, tes chairs me semblent assez tendres pour agrémenter mon ordinaire. Allez viens voir ton gentil petit ami... si mignon.

La voix de la créature avait changé et son ton s’était adouci. Mais on ne pouvait s’y fier. Le ton doucereux ne valait pas qu’on relâche sa garde. Benoît écarta Aliénor et trancha d’un coup sec.

— Non ! hurla Aliénor.

— Trop tard ! C’est fait, plaisanta Benoît en regardant la créature tomber lourdement à terre.

— Ce meurtre n’avait aucun sens, s’apitoya l’abbé.

— Assassin ! hurla Isaure.

— Ressaisissez-vous, madame Isaure ! Ne voyez-vous pas que le drôle est toujours vivant ?

En effet, le petit être bougeait et tentait, tant bien que mal, de remettre de l’ordre dans ses vêtements.

— Qui es-tu donc, demanda l’abbé, prêt à lui fracasser la tête ?

— Ne m’as-tu pas reconnu humain à la robe ? Je suis un Gobelin de la forêt et mon nom ne te servirait à rien car il est imprononçable pour vos gorges si mal faites. Tournez donc la tête que je réajuste mes dessous et ma ceinture.

— Te tourner le dos ? N’y pense pas un seul instant.

— Ne me feriez-vous pas confiance ?

— Non ! Que faisais-tu ici, demanda Benoît ?

— Je me suis égaré !

— Égaré alors qu’un de tes congénères du nom de cornebuche est venu poser un piège dans cette forêt sans âme et sans bêtes à chasser ? De qui te moques-tu, vermine ?

— Nous posons seulement des pièges pour nous défendre.

— Vous défendre, mais contre qui ?

— Contre des créatures mal intentionnées qui, par périodes, viennent nous chasser. Nous sommes pour elles des mets de choix.

— Des mets de choix, prétends-tu ? Elles ne doivent pas être très difficiles, s’amusa Benoît.

— À l’inverse, bonhomme, lorsque nous avons de la chance, nous attrapons les plus faibles et les plus dodus d’entre elles. Après quatre ou cinq cuissons, elles deviennent alors tendres et mangeables.

— C’est écœurant, lança Isaure.

— Pas plus que vous lorsque vous mangez les oiseaux, vos cochons, vos huîtres et vos moules. Mais cornebourrée de cornebourrée, au lieu de me questionner, aidez-moi à me débarrasser de cette corde qui m’a tailladé les chairs et qui m’empêche de totalement me redresser. N’avez-vous pas un onguent pour me soigner ?

Aliénor s’était approchée du Gobelin et, sans que personne ne songe à l’en dissuader, enlevait avec délicatesse la corde qui s’était incrustée dans la peau velue du petit être. Ses doigts fins et élancés faisaient merveille et les chairs entamées du Gobelin n’eurent pas trop à en souffrir. À ce qu’il sembla aux autres, il en avait même soupiré d’aise.

— Combien vous dois-je, petite, pour cette aide ? fit-il d’un ton narquois.

— Petit être infâme, penses-tu que de l’argent règle ainsi une dette ? lui répondit Benoît.

— Qui parle d’argent ? Je ne paie qu’en pierres précieuses.

Isaure haussa les épaules.

— Cette bestiole sale et malodorante n’a vraiment rien compris.

— Bestiole toi-même, la donzelle. Va plutôt te peigner et te laver. Quant à puer, je dirai que tu sens exactement la même odeur que moi. D’ailleurs, je veux bien t’épouser pour prix de ma délivrance et de ce fumet délicat que tu exhales lorsque tu bouges un peu.

— Me marier avec un être aussi délicat que toi, vilain nabot mais tu n’y penses pas ? répondit Isaure.

— Penses-tu trouver plus belle créature et plus riche que moi jeune écervelée ?

Isaure mécontente s’approchait de lui, la dague à la main. Le Gobelin sentait qu’il avait tort de tous les liguer contre lui. Entre cette petite demoiselle, furieuse, le chevalier et le garçon en robe qui tenait son bâton, mieux valait parlementer. Le gobelin changea alors de tactique et préféra se tourner vers Aliénor :

— Alors, si vous le permettez, je prendrai la plus jeune et j’attendrai un peu qu’elle grandisse pour prendre les formes que j’attends d’une vraie femme. Je suis très riche et ma caverne est assez grande pour élever ma future progéniture. Qu’en penses-tu petite ?

Aliénor regardait toujours avec bienveillance cet être qui, sans doute, plaisantait. Elle, se marier ? À son âge ? Il est vrai qu’à 16 ans son père aurait déjà pu la promettre à un seigneur ou à un chevalier ; mais si cela avait été le cas, le comte des Ores aurait été chargé des épousailles (mariage). Elle préférait garder sa jeunesse et son insouciance et puis jamais personne n’avait abordé avec elle ce sujet délicat. Elle regardait attentivement ce gobelin dont elle n’avait aucune peur. L’être mesurait à peine un mètre trente de haut, avait des membres grêles, une poitrine large et un cou épais : on pouvait donc le ranger dans les êtres plutôt laids au sens humain. Mais avec cette tête allongée, où saillait, des cheveux roux en bataille, ces deux oreilles très grandes et pointues il était presque attendrissant.

— Tu évalues le bonhomme, avant de dire oui ? demanda le Gobelin intrigué par tant d’attention.

Son sourire radieux avait découvert de grandes dents, aussi grosses que celles des lapins, mais très affûtées.

— Reste correct avec cette jeune fille ou, foi de chevalier, je répands tes tripes sur le champ, cria Benoît, prêt à trancher la créature.

À ces mots, la couleur de la peau du Gobelin était passée du jaune au vert de même que ses yeux qui, de jaune citron, avaient viré au rouge. La créature était très en colère et dansait maintenant d’un pied sur un autre, prête à se battre. Benoît surveillait le moindre de ses mouvements ; il n’avait aucune confiance et il eut raison. Tout en parlant, le Gobelin farfouillait dans une de ses poches et en tira un cor dans lequel il allait souffler. Benoît, d’un coup d’épée, fendit en deux l’instrument.

— Imbécile ! hurla le Gobelin, ce cor me vient de mon père qui le tenait de son père et avant lui de son père aussi. Ce cor a été fait dans la ramure d’une licorne ; cet animal n’existe plus aujourd’hui et la perte est inestimable.

— Que voulais-tu faire avec ? Appeler tes amis ?

— Mes amis ? Je n’en ai pas ! Je voulais simplement appeler mon Krug.

— Ton Krug ?

— Oui, humain ignare ! Il s’agit d’un être que nous a envoyé Gorion le Maître des Volcans pour que nous le chevauchions lorsque nous partons en guerre. Mon Krug doit me chercher mais il a dû se perdre. S’il ne me trouve pas rapidement, il va finir dans le ventre des lutins.

— Depuis tout ce temps ? Sans doute l’a-t-il déjà été ! Mais dis-moi Gobelin, tu as parlé de Gorion, l’as-tu déjà vu ?

— Nous n’avons rencontré que ces envoyés qui nous ont, en son nom, attribué ces terres à la condition de les entretenir.

— Les entretenir ?

— Oui ! Nous devons empêcher les nymphes et les grands arbres de revenir ici dans ces territoires qui sont devenus les nôtres.

— Ces terres ne leur appartenaient-elles pas, avant que vous ne veniez les leur voler ?

— Elles appartiennent à ceux qui ont vaincu ; vous appelez, dans votre langue d’humain, le droit de prise. Mais cessons-là ces bavardages qui ne mènent à rien et dites-moi ce que vous voulez, pour m’avoir délivré ?

— Sortir de cette forêt qui a été détruite par des créatures aussi vilaines et méchantes que toi, répondit Benoît.

— Vous avez tous une langue mal aiguisée, humains : bestiole, animal, créature ne pouvez-vous pas me donner simplement le nom de Gobelin puisque vous êtes incapable de prononcer mon nom ?

— Qui serait ?

— Abaulna konozor dernates qu’ascruch...

— Arrête !

Benoît tirait de nouveau son épée.

— Tout doux bonhomme, qu’ai-je dit pour te mettre ainsi en colère, pleurnicha le Gobelin en voyant le visage fermé du chevalier.

— Ceci !

Continuez à regarder !
L'histoire devient intense ! Passez sur l'application pour continuer la lecture
Débloquer tous les épisodes
Ouvrir le site officiel

Vous aimerez aussi

Couverture du roman Amoureuse de mon Kidnappeur
9.4
Kendall, une jeune adolescente de teint ébène avec une taille et une beauté époustouflante vient d'une famille immensément riche. Du retour des classes, avec son chauffeur personnel elle se fait kidnapper. Découvrons ensemble les raisons de ce kidnapping et ce qui se passera par la suite en lisant les différents chapitres de cette belle histoire d'amour.
Couverture du roman Amours atypiques
9.0
Cinq lignées voient leurs destins s'entremêler dans une spirale de tourments. Au cœur de ce chaos, un frère est prêt à commettre l'irréparable pour venger l'honneur de sa sœur, quitte à sacrifier son propre bonheur amoureux. En parallèle, une jeune femme endure le pire en silence afin de protéger les crimes de son frère. Entre vengeance, secrets et profonds regrets, l'ordre entre famille, honneur et amour vacille. Sortiront-ils indemnes de ce jeu dangereux ?
Couverture du roman French touch
9.5
Paris, 2001. L'assassinat d'un célèbre DJ et de sa compagne devant l'Empire, club prisé de l'élite mondiale, secoue la capitale. La commissaire Clémentine Roussel, dont la sœur est l'une des victimes, infiltre l'enquête. Entre hédonisme techno et souvenirs douloureux, elle débusque des trafics complexes. Ses découvertes révèlent alors le financement occulte d'une cellule terroriste inconnue, menaçant l'équilibre occidental au cœur de l'effervescence de la nouvelle économie.
Couverture du roman La sœur du flic
8.3
Au chômage et sans ressources, Alain Delon élabore un stratagème ingénieux pour dévaliser des banques à distance. Sa réussite fulgurante lui offre un luxe inespéré. En parallèle, son engagement caritatif l'amène à soutenir une mère de famille en grande détresse. Mais un lien dangereux unit ses deux vies : cette femme n'est autre que la sœur de l'officier de police traquant le mystérieux braqueur. Entre crime, altruisme et risques, le destin d'Alain devient précaire.
Couverture du roman Le Retour Inébranlable de la Reine
8.2
À son retour de voyage, une mère découvre l'horreur : son fils Léo est mort, oublié dans une voiture par Clara, la nounou. Son mari, loin de chercher justice, la torture pour protéger sa maîtresse et pousse son propre beau-père au suicide. Humiliée publiquement et dépeinte comme indifférente, elle semble avoir tout perdu. Pourtant, une preuve cruciale a échappé aux bourreaux : la montre connectée de l'enfant a enregistré chaque seconde de ce crime atroce.
Couverture du roman L'ère de l'inquisitrice: Tome I
8.2
En 2125, l'humanité semble rayonner, mais cette prospérité cache une menace imminente. Une lutte acharnée se prépare dans l'ombre, mettant en péril un équilibre mondial devenu extrêmement fragile. Entre quêtes de pouvoir, rivalités intenses et alliances incertaines, le destin de l'espèce humaine ne tient plus qu'à un fil. Chaque décision ou révélation peut désormais provoquer une chute irréversible. Plongez dans un futur où la survie dépend d'un socle de plus en plus instable.