
L'Héritière Oubliée, L'Amour Trahi
Chapitre 2
Le jour où Marc a réussi son examen du barreau, il m'a quittée.
J'étais dans notre petit appartement parisien, celui que nous partagions depuis trois ans, et je venais de finir de coudre une robe pour une cliente. Mes doigts étaient rêches, pleins de petites callosités à force de manier l'aiguille jour et nuit.
C'était pour lui. Tout était pour lui.
Je travaillais sans relâche, acceptant n'importe quel petit boulot de couture, pour qu'il puisse se concentrer sur ses études de droit, pour qu'il n'ait pas à s'inquiéter du loyer ou des repas.
Quand le téléphone a sonné, mon cœur s'est mis à battre très fort. C'était Marc.
« Je l'ai eu, Amélie. Je suis avocat. »
Sa voix était plate, sans aucune joie. J'ai senti un frisson me parcourir.
« C'est merveilleux, Marc ! Je suis si fière de toi ! On va fêter ça ce soir ? »
Un silence. Puis sa voix, plus froide encore.
« Non. C'est fini, Amélie. »
J'ai cru que j'avais mal entendu.
« Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ? »
« Je te quitte. Je vais épouser Chloé Dupont. »
Chloé Dupont. La fille de Maître Dupont, l'un des avocats les plus influents de Paris, son mentor. Une fille de la haute société, riche et magnifique.
Mon monde s'est effondré.
« Mais... pourquoi ? Après tout ce qu'on a traversé... »
Son rire a été comme une gifle.
« "Tout ce qu'on a traversé" ? Tu veux dire, après que tu m'aies soutenu ? Ne sois pas naïve, Amélie. J'avais besoin de quelqu'un, et tu étais là. Mais maintenant, je ne peux pas me présenter dans le monde avec toi. »
Chaque mot était un coup de poignard.
« Tu es vulgaire, Amélie. Sans éducation. Tu ne comprends rien à notre monde. Chloé, elle, est parfaite. Elle est de mon rang. »
Il a raccroché.
Je suis restée là, le téléphone à la main, incapable de bouger. Vulgaire. Sans éducation. C'est ce que j'étais pour lui, après lui avoir tout donné. Les larmes coulaient sur mes joues, mais je ne faisais aucun bruit.
C'est alors qu'une douleur fulgurante a traversé ma tête. Une image a flashé devant mes yeux : une voiture qui dérape sur une route mouillée, le bruit assourdissant du métal qui se froisse, des phares qui m'aveuglent. Puis le noir.
Je me suis effondrée sur le sol, tremblante. Ce n'était pas la première fois que j'avais ces flashs, ces bribes de souvenirs qui ne m'appartenaient pas. J'étais amnésique depuis un terrible accident de voiture des années auparavant. La mère de Marc m'avait trouvée, m'avait "sauvée", disait-elle. J'étais une orpheline sans nom, alors elle m'avait donné un nom, Amélie Dubois, et m'avait élevée.
Marc m'avait toujours dit que j'étais une charge pour sa mère, une simple fille de la campagne qu'ils avaient recueillie par pitié.
Alors que j'étais recroquevillée sur le sol, brisée, on a frappé à la porte.
J'ai pensé que c'était Marc, revenu pour s'excuser. J'ai rampé jusqu'à la porte et je l'ai ouverte.
Ce n'était pas lui.
Un homme en costume strict se tenait sur le palier, un autre homme, plus imposant, se tenait derrière lui.
« Mademoiselle Amélie Dubois ? »
Sa voix était respectueuse. J'ai hoché la tête, confuse.
« Je suis l'avocat de Madame Dubois. Votre grand-mère. »
Ma... grand-mère ? Mais j'étais orpheline.
« Elle vous cherche depuis des années. Depuis votre accident. Vous n'êtes pas Amélie Dubois. Vous êtes Amélie de Valois, l'unique héritière de la maison de haute couture de Valois. »
Le choc a été si violent que j'ai cru que j'allais m'évanouir. La maison de Valois... la dynastie légendaire de la mode française, que l'on croyait éteinte après la mort de ses fondateurs et la disparition de leur petite-fille dans ce même accident.
L'avocat a continué, sa voix douce mais ferme.
« Votre grand-mère a survécu. Elle n'a jamais cessé de vous chercher. Nous avons récemment découvert que la femme qui vous a "sauvée", la mère de Marc Léger, était en fait impliquée. Elle était infirmière à l'hôpital où vous avez été admise. Elle a profité de votre amnésie pour vous faire disparaître et mettre la main sur une partie de l'héritage qui vous était destiné. »
La vérité m'a frappée avec la force d'un ouragan.
La trahison de Marc.
La trahison de sa mère.
Ma vie entière était un mensonge.
Vulgaire ? Sans éducation ? Moi ? L'héritière cachée de la plus grande maison de couture de France.
Une nouvelle force a commencé à naître en moi, une force froide et dure comme l'acier. Les larmes se sont arrêtées. Mon cœur brisé s'est transformé en un bloc de glace.
Marc Léger pensait s'être débarrassé de moi pour grimper l'échelle sociale.
Il ne savait pas qu'il venait de réveiller une reine.
Et cette reine allait lui faire regretter d'être né. Sa vengeance ne serait pas seulement une justice, elle serait une œuvre d'art. Une vengeance élégante.
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