
L'Héritière Oubliée, L'Amour Trahi
Chapitre 3
Avant de devenir l'avocat prometteur qu'il était aujourd'hui, Marc me murmurait souvent des promesses au creux de l'oreille, dans le noir de notre petite chambre.
« Amélie, mon amour, quand je serai un grand avocat, je t'achèterai la plus belle maison de Paris. Je t'offrirai les plus belles robes, les plus beaux bijoux. Tu n'auras plus jamais à travailler. Je t'épouserai et tu seras ma reine. »
Je le croyais.
Chaque mot était pour moi une vérité absolue. J'aimais cet homme plus que ma propre vie. Je croyais en son talent, en son ambition, et je pensais que son succès serait notre succès.
Alors j'ai tout sacrifié.
Je me souviens des hivers où je faisais la plonge dans un restaurant jusqu'à minuit, rentrant à pied sous la pluie glaciale parce que je ne pouvais pas me payer un ticket de métro. Mes mains étaient rouges et gercées par le froid et l'eau savonneuse, mais quand je rentrais et que je le voyais endormi sur ses livres de droit, je me disais que ça en valait la peine.
Je me souviens d'avoir vendu le seul bijou que je possédais, un petit médaillon que la mère de Marc m'avait donné, pour payer ses frais d'inscription à l'examen du barreau. Elle m'avait dit que c'était un souvenir de ma "vraie" mère. Un autre mensonge.
Et lui, il acceptait tout. Il acceptait mon argent, ma nourriture, mon temps, mon corps. Il prenait tout ce que je lui donnais sans jamais vraiment regarder le prix que je payais.
Le jour où il a reçu les résultats, tout a changé. L'homme qui me promettait le monde est devenu un étranger. Il a cessé de me toucher, il a commencé à critiquer mes vêtements, ma façon de parler. Il disait que je lui faisais honte.
Quand il a prononcé les mots "C'est fini", une partie de moi n'était même pas surprise. J'étais juste... anéantie.
Après la révélation de l'avocat, alors que j'étais encore sous le choc, Marc est revenu à l'appartement. Je ne savais pas que les hommes de ma grand-mère étaient discrètement postés dans la rue.
Il a vu mon visage défait, mes yeux rouges. Il a dû penser que j'étais au fond du gouffre.
Il a essayé de jouer la carte de la pitié, sa voix soudainement plus douce.
« Amélie, écoute... Je suis désolé. C'est juste que... c'est compliqué. Le monde dans lequel j'entre, il est sans pitié. Je ne peux pas t'y emmener. Tu ne survivrais pas. »
Il me prenait pour une idiote. Il voulait juste apaiser sa conscience.
« C'est pour ton bien, tu comprends ? »
J'ai gardé le silence, le regardant avec des yeux que je sentais morts.
C'est à ce moment-là que la sonnette a retenti.
Le visage de Marc s'est illuminé. Il a lâché ma main qu'il avait prise dans un geste hypocrite et s'est précipité vers la porte.
« Chloé ! »
Il l'a ouverte et elle est entrée.
Chloé Dupont était exactement comme je l'imaginais, mais en pire. Elle portait un tailleur Chanel d'un blanc immaculé qui devait coûter plus que six mois de mon loyer. Un sac Hermès était nonchalamment posé sur son bras. Un nuage de parfum cher et arrogant a envahi notre petit appartement miteux.
Elle a balayé la pièce d'un regard dédaigneux, ses yeux s'arrêtant sur moi. Elle n'a même pas essayé de cacher son mépris.
Elle m'a regardée de haut en bas, comme si j'étais une sorte d'insecte. Mon vieux jean usé, mon simple t-shirt, mes mains abîmées.
Tout en moi criait l'échec et la pauvreté. Tout en elle hurlait le succès et le pouvoir.
J'ai senti une boule d'acide se former dans mon estomac. C'était la femme pour qui il m'avait jetée. C'était la femme qui représentait tout ce que je n'étais pas, et tout ce qu'il désirait.
Marc était à côté d'elle, rayonnant, comme un chien fidèle à côté de sa maîtresse. Il avait déjà oublié mes trois années de sacrifice. Il était déjà dans son nouveau monde.
Et moi, j'étais juste un débris du passé qu'il fallait balayer.
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