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Couverture du roman Les silences de Maman

Les silences de Maman

À trente-quatre ans, Anaïs voit son existence basculer lorsqu'elle déniche une lettre de sa mère dans son piano. Ce message énigmatique évoque un nom raturé et une boîte interdite. Son père est-il vraiment l'homme qu'elle imagine ? Harcelée par une tante méfiante, un ex-compagnon rusé et un étranger lié à la Mulatière, elle s'enfonce dans une quête périlleuse. Choisir la vérité pourrait détruire sa famille, mais le silence la condamne à l'oubli. Un lourd secret menace d'éclater.
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Chapitre 2

À 6h17, les premiers rayons gris filtraient par la lucarne du grenier. J'écartai les toiles d'araignée, mes doigts encore tremblants de la veille. L'air sentait la poussière et la naphtaline – et cette lavande persistante qu'Élise glissait partout comme un talisman. Les trois malles en chêne alignées contre le mur ressemblaient à des cercueils oubliés.

La troisième, capitonnée de tissu fleuri, recelait son adolescence : carnets de poésie, rubans fanés, et une liasse de lettres nouées d'un velours bleu. « Mon Élise étoilée... » La première enveloppe, écrite d'une encre sépia, portait cette suscription enroulée. Mon souffle se bloqua. L'écriture masculine, vigoureuse et passionnée, contrastait avec celle de ma mère.

*17 juin 1987*

Hier, sous les ponts de la Saône, j'ai cru que le monde s'arrêtait. Quand tu as posé ta tête sur mon épaule, les feux d'artifice ont explosé en moi. Ton père et Mathilde nous cherchent des époux "convenables", mais nous sommes l'inconvenance même, ma love. Leur argent n'étouffera pas ce feu. Je te jure que tu m'appartiendras, loin des Desmarais et de leurs mensonges dorés.

Ton Laurent, qui brûle.

Les mots dansaient, chargés d'une urgence désespérée. Feuilletant fébrilement les lettres, je tombai sur une photo glissée comme un marque-page. Le choc me fit vaciller.

Il était debout près d'un kiosque à musique, veste en tweed déboutonnée, une mèche noire tombant sur des yeux rieurs. Laurent. Mon sang cogna à mes tempes. Ce sourire... je le connaissais. Cet angle de la mâchoire, cette fossette à gauche. Je courus à ma chambre, attrapai le vieux miroir coquillage d'Élise. Mon reflet me renvoya son visage – son menton, son arcade sourcilière légèrement busquée. Robert avait les traits doux, arrondis. Rien à voir avec cette sauvagerie charmante.

« Il est mort à cause de moi. À cause de toi. » La voix d'Élise chuchotait dans ma mémoire.

Soudain, un grincement sec déchira le silence en bas. La troisième marche de l'escalier. Celle qui pleurait toujours quand enfant, je tentais de descendre en cachette. Mon cœur se serra. Pas de vent cette fois. Les fenêtres sont closes.

Je rampai jusqu'à la trappe du grenier, l'entrouvris d'un millimètre. Rien. Que le salon baigné de lumière grise. Puis... un froissement. Près du piano. Le couvercle était entrouvert. Je l'avais pourtant fermé. À ses pieds, un morceau de papier plié en quatre traînait, comme tombé du ciel.

Je dévalai les marches, saisissant la feuille d'une main tremblante. C'était une page arrachée à un registre municipal, jaunie aux bords. Un acte de décès.

« Dubois, Laurent. Décédé le 3 novembre 1989. Lieu : Pont de la Mulatière, Lyon. Cause : Chute accidentelle. »

Accidentelle. Le mot vibrait de mensonge. Dans la marge, quelqu'un avait griffonné au stylo rouge : « Pas d'autopsie. Affaire classée. Pression Desmarais ? »

Un froid glacial m'envahit. Je retournai la photo de Laurent, celle du kiosque à musique. Et je vis l'inscription.

Elle gisait là, tracée d'une encre brune presque noire, épaisse comme du sang séché : « Il est mort parce qu'il t'a voulue. »

Le sol se déroba. Je m'agrippai au piano, les doigts enfonçant un accord dissonant. T'a voulue. Moi. Anaïs. L'enfant qu'Élise portait quand il était mort...

Un claquement net me fit sursauter. La porte d'entrée. Quelqu'un venait de la fermer. De l'intérieur.

Je me figai, écoutant les battements affolés de mon cœur. Un pas étouffé glissait dans le couloir. Lent. Calculé. Puis le grincement du parquet devant la cuisine. L'intrus était encore là.

En silence, je rampai jusqu'à l'escalier de service - celui qu'Élise appelait "le passage des fantômes". La porte grinça trop fort en s'ouvrant. Je courus dans la ruelle pavée, la

pluie glacée collant mes cheveux au visage, et me réfugiai au Café des Anges. Derrière la vitre embuée, j'appelai Robert d'une voix brisée :

« Café des Anges. Viens. Il y a quelqu'un... »

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