
Les clochettes
Chapitre 6
Un silence de plomb s'est abattu soudain sur l'assistance, sidérée par cette scène impensable.
Aux yeux de tous, cette femme insensée qui osait porter la main sur Cédric jouait littéralement avec sa vie.
Cédric se tenait le front, les lèvres blêmes serrées. Mireille, hystérique, s'est mise à gesticuler en agrippant son ventre : « Comment OSES-TU le frapper ? ! À moi, cette vermine ! »
Les gardes ont obéi en meute et une pluie de coups s'est abattue sur moi.
J'ai résisté de toutes mes forces, mais que pouvait un corps de femme contre ces brutes ? Terrassée au sol, je me suis enroulée en boule, protégeant mes organes vitaux.
Lola a poussé un cri déchirant et s'est jetée sur moi, son petit corps frêle tentant d'absorber les impacts et de me protéger.
« Cache-toi... » suis-je parvenue à souffler, trop faible pour la repousser. D'un ultime effort, je me suis retournée pour l'ensevelir sous mon corps martyrisé.
Entre mes paupières tuméfiées, j'ai aperçu Cédric, les lèvres tremblantes mais muet.
J'ai fermé les yeux, abandonnant mon corps à la douleur qui me rongeait jusqu'à la moelle.
À cet instant, même la haine était trop lourde à porter. Je ne souhaitais plus qu'une chose : qu'après cela, tout soit vraiment fini entre moi et cet homme cruel.
Les sanglots déchirants de Lola ont fini par ébrécher l'armure de Cédric.
« Assez ! Mireille, qu'ils arrêtent ! » a-t-il tonné enfin.
Ce n'était qu'alors que Mireille, l'air dépité, a fait signe d'interrompre le supplice.
Je haletais, tentant vainement de me relever, mes coudes écorchés saignant sur le sol. Mes blessures dépassaient en horreur la petite égratignure au front de Cédric.
C'était finalement Lola qui m'a aidée à me redresser, par miracle, elle était indemne.
Mireille trônait au centre de la foule, couverte d'attention mais toujours bouillonnante de rage, comme si c'était elle la véritable victime.
Mes os semblaient rouillés, mais j'ai serré fermement la main de Lola.
Désormais, nous n'avions plus que l'une et l'autre.
J'ai croisé un dernier regard avec Cédric, mais dans mes yeux, il n'y avait plus d'amour et d'espoir.
« Mes excuses à tous pour ce dérangement », ai-je déclaré d'une voix claire, inclinant la tête avec une dignité inattendue avant de quitter les lieux, le dos droit malgré la douleur.
Lola n'a pas résisté, murmurant seulement : « Maman... et nos affaires ? »
« Considérons qu'elles ont brûlé dans l'incendie d'aujourd'hui », ai-je répondu en secouant la tête.
La nuit était déjà avancée. Les options se limitaient à un hôtel modeste mais propre.
Ironie du sort : nos anniversaires n'étaient séparés que d'un jour. Demain serait le mien... et celui de notre liberté.
Mon téléphone a vibré soudain. Les messages de Cédric se sont affichés :
« Ne reviens pas ces jours-ci. Demain, c'est l'échographie de Mireille. Je dois l'accompagner. »
« Je t'expliquerai plus tard. »
Mes doigts ont plané longtemps au-dessus du clavier. Après d'innombrables corrections, je n'ai envoyé finalement qu'une phrase :
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