
L'Épouse Oubliée, Sa Fortune Retrouvée
Chapitre 3
Sophie POV:
Raphaël ne m'a pas donné d'explications. Il m'a simplement traînée hors du bureau sans un mot de plus, une poigne de fer sur mon bras. Je n'avais pas le choix. Mon corps était lourd, mon esprit engourdi par la violence de ses mots.
Nous sommes arrivés à la clinique. C'était un lieu stérile, rempli de lumières froides et d'odeurs d'antiseptique. L'équipe médicale nous attendait, souriante et professionnelle, comme si ce n'était qu'une journée ordinaire.
"Bonjour, Madame Martineau," a dit une infirmière avec une politesse forcée. Elle m'a fait signe de la suivre. "Nous allons commencer les préparatifs pour votre procédure. Vous pourriez ressentir une légère gêne, mais nous serons là pour vous accompagner."
J'étais figée, en état de choc. Je me suis tournée vers Raphaël, qui restait étrangement silencieux. "Raphaël... qu'est-ce qu'ils vont me faire ?" Ma voix était un filet.
Il a soupiré, impatient. "La FIV, Sophie ! La fécondation in vitro. Quoi d'autre ? Tu veux que je te touche pour avoir un enfant ? C'est ça que tu veux ?"
Son ton était acéré, rempli de mépris. Mon visage est devenu livide. La non-personnalisation de la procédure était une chose, mais l'entendre de sa bouche, comme une insulte, était insupportable. Lui, qui ne voulait pas de moi, voulait malgré tout une partie de moi. C'était une torture.
J'ai senti une pointe de colère monter. "Et pourquoi ne pas simplement divorcer ? Nous n'avons pas besoin de faire ça !"
Raphaël a froncé les sourcils. Il m'a regardée, une lueur de confusion dans ses yeux. Il semblait ne pas comprendre ma réaction. Après tout, j'avais toujours voulu des enfants. Je lui en avais parlé, avec des étoiles dans les yeux.
Mais maintenant, mon envie était morte. Mon utérus n'était qu'une écurie pour un cheval qu'il ne monterait jamais. La honte m'a submergée.
"Parce que ma mère veut un héritier," a-t-il dit, sa voix dure. "Le nom Martineau doit continuer. Et tes gènes sont assez bons pour ça. Mais pas assez pour me toucher."
Mes larmes ont coulé, silencieuses. Je me suis sentie vide. Totalement vidée. J'étais moins qu'un objet. J'étais une usine. Une chose.
"Et ma valeur ?" ai-je demandé, ma voix tremblante. "Je ne vaux rien de plus qu'un utérus pour toi ?"
Il a haussé les épaules. "Ne sois pas dramatique, Sophie. C'est la vie. Nous faisons ce qui est nécessaire."
"Et si je refuse ?" J'ai levé la tête, mes yeux brûlant de rage froide. "Et si je te dis non ?"
Raphaël a ri. Un rire sec, sans joie. "Tu refuserais ? Tu penses que tu as le choix ?"
Il a attrapé mon bras avec force. "Sophie, ne me force pas à te faire du mal. Tu vas faire cette FIV. Tu vas me donner un enfant. Et ensuite, on verra."
Je me suis débattue, mais il était trop fort. Il m'a poussée vers l'infirmière. "Faites votre travail."
Les infirmières m'ont emmenée de force, leurs visages masqués par un professionnalisme froid. J'ai hurlé. J'ai pleuré. Mais mes forces m'ont abandonnées. La douleur physique des aiguilles. La douleur émotionnelle de cette agression. Tout s'est mélangé. Je me suis évanouie.
Quand je me suis réveillée, la pièce était blanche. Une chambre d'hôpital. Une infirmière souriante était à mon chevet. Mon corps me faisait mal. Mon ventre était lourd.
"Madame Martineau, vous êtes réveillée," a-t-elle dit d'une voix douce. "La procédure s'est bien déroulée. Reposez-vous."
Mon premier réflexe a été de chercher Raphaël. "Raphaël... Il est là ?"
L'infirmière a baissé les yeux, gênée. "Monsieur Martineau... est parti. Il a dû accompagner Mademoiselle Guillet à l'hôpital. Elle s'est légèrement blessée au genou en faisant du shopping."
Mon cœur s'est brisé. Encore. Il était parti. Avec elle. Pendant que j'étais là, à moitié consciente, à faire ce qu'il exigeait.
Une nausée intense m'a envahie. Je me suis sentie sale. Souillée.
L'infirmière est revenue, tenant une petite boîte en verre. "Voici les embryons, Madame Martineau. Ils sont magnifiques. Nous les transférerons demain."
J'ai regardé la boîte. À l'intérieur, de minuscules points flottaient dans un liquide. Mes embryons. Ses embryons. Le fruit d'une union forcée, d'une humiliation.
Mon estomac s'est retourné. L'image de Raphaël, les yeux fixés sur Cynthia, est apparue dans mon esprit. Il n'avait jamais voulu me toucher. Mais il voulait ça. Il voulait ça de moi.
La rage que j'avais réprimée a explosé. Mes mains se sont tendues. J'ai attrapé la boîte.
"Madame Martineau, non !" a crié l'infirmière.
Mais il était trop tard. Mes doigts se sont refermés sur le verre. J'ai levé le bras. Et j'ai écrasé la boîte contre le mur.
Le son du verre brisé a retenti dans la pièce, suivi du silence. Les embryons, mes embryons, étaient réduits en miettes, un résidu sanglant sur le carrelage blanc.
"Je ne te dois plus rien."
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