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Couverture du roman L'Écho de la Pluie Brisée

L'Écho de la Pluie Brisée

Sous une pluie torrentielle à Paris, Lucie chute gravement le jour de son anniversaire de mariage. Enceinte, elle appelle Antoine à l'aide, mais il l'éconduit froidement pour une fête. Seule à l'hôpital, elle perd leur bébé. Son mari reste injoignable jusqu'à ce qu'elle découvre sur Instagram sa complicité avec Chloé, son amie d'enfance. Trahie par leur liaison secrète et l'indifférence d'Antoine, Lucie décide de mettre fin à cette mascarade pour se reconstruire seule.
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Chapitre 2

C'était notre anniversaire de mariage. La pluie tombait à verse sur Paris, une pluie violente qui transformait les rues en miroirs sombres. Je tenais un sac de courses dans chaque main, le gâteau préféré d'Antoine calé sous mon bras. J'avais hâte de rentrer, de préparer une soirée spéciale pour nous deux.

En traversant la rue près de chez nous, mon pied a glissé sur une plaque d'égout mouillée. Je suis tombée lourdement. Une douleur aiguë a traversé mon ventre. Les sacs se sont éventrés sur le trottoir, le gâteau s'est écrasé dans une flaque d'eau.

Allongée sur le sol froid et humide, la douleur est devenue insupportable. J'ai attrapé mon téléphone avec des mains tremblantes. J'ai appelé Antoine.

« Allô ? »

Sa voix était lointaine, noyée dans un brouhaha de musique et de rires.

« Antoine, j'ai besoin de toi. Je suis tombée, juste en bas de l'immeuble. J'ai très mal au ventre. Viens me chercher, s'il te plaît. »

Un silence. Puis un soupir agacé.

« Lucie, je ne peux pas maintenant. Je suis à une soirée entre amis, c'est important. Tu ne peux pas te relever seule ? Appelle un taxi. »

« Non, tu ne comprends pas, c'est… c'est grave. J'ai peur. »

« Arrête de faire ton cinéma, Lucie. On se voit tout à l'heure. »

Et il a raccroché.

La pluie continuait de me glacer. La douleur était une lame brûlante. J'ai réussi à appeler une ambulance moi-même, entre deux vagues de souffrance. À l'hôpital, le verdict est tombé, froid et clinique. Fausse couche. Notre bébé, celui que nous attendions depuis si longtemps, était parti.

Les infirmières étaient professionnelles, distantes. Elles faisaient leur travail. Je leur ai demandé mon téléphone. Je devais prévenir Antoine. Peut-être qu'il n'avait pas compris. Peut-être qu'en apprenant la nouvelle, il laisserait tout tomber pour venir. Je lui ai envoyé un message : « J'ai perdu le bébé. Je suis à l'hôpital Saint-Louis. »

Pas de réponse.

Pendant des heures, j'ai fixé le plafond blanc de la chambre d'hôpital, seule. Je me repassais sa voix au téléphone, son indifférence. Je lui trouvais des excuses : il était occupé, il ne voulait pas inquiéter ses amis, il n'avait pas mesuré la gravité de la situation. Mais au fond de moi, une fissure commençait à apparaître.

Par ennui et pour chasser les idées noires, j'ai ouvert Instagram. La première story qui est apparue était celle d'un des amis d'Antoine. Une vidéo. On y voyait un groupe de personnes riant aux éclats dans un bar chic. Et au centre de l'image, il y avait Antoine. Il avait un bras passé autour des épaules d'une femme. Il penchait la tête vers elle, lui murmurant quelque chose à l'oreille. Elle riait, la tête renversée en arrière, sa main posée familièrement sur sa poitrine.

Cette femme, c'était Chloé Martin. L'amie d'enfance d'Antoine. Mon amie.

Mon pouce a gelé sur l'écran. La douleur dans mon ventre n'était plus rien comparée à celle qui venait de me saisir le cœur. Ce n'était pas une simple « soirée entre amis ». C'était une célébration, et j'en étais exclue. La photo suivante était un selfie de groupe. Chloé était blottie contre Antoine, son sourire éclatant. La légende disait : « Soirée de lancement réussie ! Tellement fiers de toi, Antoine ! »

Lancement ? De quoi ? Je n'étais au courant de rien.

Plus tard dans la nuit, Antoine a fini par appeler. Sa voix était pâteuse, trahissant l'alcool.

« Alors, ça va mieux ? Tu es rentrée ? »

Ma propre voix était un souffle glacé.

« Je suis à l'hôpital. Je te l'ai dit. »

« Ah oui, c'est vrai. Bon, les médecins ont dit quoi ? Ce n'est rien de grave, j'espère. Je suis épuisé, la soirée a été un marathon. »

« J'ai fait une fausse couche, Antoine. »

Un long silence a pesé à l'autre bout du fil. Puis, il a dit d'un ton plat :

« Oh. Merde. Écoute, je suis désolé. Vraiment. J'arrive dès que je peux. »

Il n'est pas venu cette nuit-là.

Le lendemain matin, quand il est enfin apparu dans la chambre, il avait les traits tirés et les yeux cernés. Il sentait encore l'alcool et le parfum de Chloé, un parfum que je connaissais trop bien. Il a posé un bouquet de fleurs sans âme sur la table de chevet.

« Je suis vraiment désolé, Lucie. Hier soir, c'était compliqué. On fêtait le lancement de la boîte. »

« Quelle boîte ? » ai-je demandé, ma voix vide de toute émotion.

Il a eu un mouvement de recul, mal à l'aise.

« Oh, juste un petit projet avec des amis. Je ne voulais pas t'embêter avec ça, tu étais déjà tellement fatiguée avec la grossesse. »

Le mensonge était si flagrant, si insultant. Chloé était au courant. Ses amis étaient au courant. Tout le monde était au courant, sauf moi, sa femme, la mère de l'enfant qu'il venait de perdre.

Chloé et Antoine avaient grandi ensemble. Madame Leclerc, la mère d'Antoine, n'avait jamais caché sa préférence pour elle. Elle la considérait comme la belle-fille idéale, une fille de bonne famille, contrairement à moi, une simple architecte issue d'une famille modeste.

Pour Antoine et son cercle d'amis, j'étais la pièce rapportée, la femme un peu naïve et trop sérieuse qui avait réussi à lui mettre le grappin dessus. Ils me toléraient, mais je sentais leur mépris poli à chaque dîner, à chaque réunion de famille. Antoine, lâche, ne m'a jamais défendue. Il préférait la paix sociale, sa popularité auprès de ses amis, à mon bien-être.

Il s'est assis sur le bord du lit, a tenté de me prendre la main. Je l'ai retirée.

« Chloé était là, hier soir ? »

Il a hésité une seconde de trop.

« Oui, elle fait partie du projet. Tu sais bien qu'elle est comme ma sœur. »

« Ta sœur ne te regarde pas comme ça, » ai-je lâché, la voix tremblante de rage contenue.

Il a soupiré, se passant une main sur le visage.

« Lucie, ne commence pas. Je suis fatigué. Tu es fatiguée. On n'a pas besoin d'une dispute maintenant. »

Il ne comprenait pas. Ou il ne voulait pas comprendre. Notre enfant était mort. Notre mariage était en train de mourir. Et tout ce qui l'inquiétait, c'était d'éviter une dispute.

Il est reparti peu de temps après, prétextant une réunion importante pour sa nouvelle entreprise. Je suis restée seule, avec le bouquet de fleurs qui embaumait la pièce d'une odeur écœurante de mensonge. J'ai regardé par la fenêtre. Paris était grise, indifférente. Comme mon mari.

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