
Le prix de son amer regret
Chapitre 2
CAROLINE POV :
Ses mots, « Je me fiche que tu crèves », m'ont frappée comme un coup physique, me coupant le souffle. Mais je ne suis pas tombée. Je ne pouvais pas. Pas tant que cet argent était encore sur la table.
Il a lâché mon bras, sa main tremblant encore légèrement. Il m'a observée, son expression indéchiffrable.
« Tu es vraiment tombée au plus bas », a roucoulé Camille, son bras maintenant enroulé autour de celui de Damien. Ses yeux, brillants de satisfaction, m'ont balayée du regard. « Imagine, Damien, ta propre sœur, en train de mendier des miettes. »
Mon regard est resté fixé sur l'argent. C'était tout. C'était ma dernière chance.
« Tu vas me donner l'argent ou pas ? » ai-je demandé, ma voix dénuée d'émotion.
Damien a tressailli, comme s'il me voyait vraiment pour la première fois depuis des années. Ses yeux se sont plissés. Il a fouillé dans sa poche et en a sorti une liasse de billets, la jetant sur la table d'un coup de poignet. Elle a atterri avec un bruit sourd, un paiement froid et dur pour mon humiliation.
« Heureuse maintenant ? » a-t-il ricané.
« Presque », ai-je répondu, ramassant les billets, mes doigts effleurant le papier froid et craquant. « Juste besoin du reste pour le dernier versement de l'urne. » Ma voix était à peine plus qu'un murmure, mais elle a semblé résonner dans le silence soudain du club.
Un rire unique et amer m'a échappé. C'était ma vie maintenant. Mon avenir. Ma fin.
La pièce a semblé rétrécir autour de moi. Les visages se sont brouillés. Tout ce que je voyais, c'était l'expression stupéfaite de Damien, puis la lente prise de conscience de la confusion.
« Une urne ? » a-t-il raillé, se reprenant rapidement. « À quel jeu tu joues maintenant, Caroline ? »
Il ne savait pas. Il ne savait vraiment pas. J'y ai trouvé un amusement étrange et sombre.
« Pas de jeu », ai-je dit, le regardant droit dans les yeux. « Je m'assure juste que ma dernière demeure soit payée. On ne peut pas vraiment compter sur la famille, n'est-ce pas ? »
Camille a laissé échapper un faux hoquet. « Damien, elle essaie de te manipuler ! Ne tombe pas dans ses pièges. Elle a toujours été si dramatique. »
Le regard de Damien s'est durci. « Ne te fatigue pas, Caroline. Je ne marche pas. »
J'ai haussé les épaules, le mouvement étant une tension pour mes muscles endoloris. « Crois ce que tu veux. »
J'ai glissé l'argent dans ma poche, le froissement des billets un petit réconfort. Ce n'était toujours pas assez. Pas tout à fait.
« Je dois y aller », ai-je dit en me tournant pour partir. Le directeur du club, M. Leroy, observait de loin, son visage un mélange de pitié et de peur.
« Attends », a crié Damien, sa voix tranchante. « Tu es virée. »
Mes pas ont vacillé. Je me suis retournée lentement. « Virée ? »
« Oui, virée », a-t-il craché. « Tu crois que tu peux m'embarrasser, embarrasser le nom des Fournier, et garder ton travail ? Tu es dehors. »
Mon cœur battait la chamade contre mes côtes. Dehors. Encore.
« Et ne pense même pas à trouver un autre travail dans cette ville », a-t-il ajouté, sa voix basse et menaçante. « Toutes les portes te seront fermées. Considère ça comme une autre leçon. »
Mes ongles se sont enfoncés dans mes paumes. Une autre leçon. Cinq ans de leçons n'avaient pas suffi ?
J'ai voulu crier, me déchaîner, mais les mots sont morts dans ma gorge. À quoi bon ? Il n'écouterait pas. Il ne l'avait jamais fait.
J'ai juste hoché la tête, un mouvement lent et délibéré. « Compris. »
J'ai quitté le club, l'air froid de la nuit un choc sur mon visage. C'était mieux ainsi. Plus d'humiliations publiques, du moins pas ici. Mon corps me semblait lourd, chaque pas un effort monumental. Mon estomac s'est retourné, et je savais ce qui allait arriver.
J'ai trébuché dans la ruelle la plus proche, la puanteur des ordures rances remplissant mes narines. Je me suis appuyée contre un mur de briques humides, vomissant jusqu'à ce que ma gorge me brûle et que mon estomac soit vide. C'était un rituel familier maintenant, le rejet brutal du peu de nourriture que je parvenais à manger.
Mon corps me lâchait, lentement mais sûrement. Les mots du médecin résonnaient dans ma tête : « Phase terminale. »
De retour dans ma minuscule chambre louée, le silence était assourdissant. J'ai regardé le téléphone. Un autre appel manqué de la boutique d'urnes. Le gérant, M. Gauthier, devenait impatient. Le dernier paiement était en retard.
J'avais besoin de cet argent. Pas pour la vie, mais pour la mort. Pour une parcelle de paix, un coin tranquille dans la terre, acheté avec mon propre sang et mes larmes.
Le téléphone a de nouveau sonné. M. Gauthier. Je me suis préparée.
« Mlle Daniels », sa voix, habituellement joviale, était tendue d'agacement. « Allez-vous faire ce paiement ou non ? J'ai d'autres clients, vous savez. Cette urne est populaire. »
« J'ai... j'ai perdu mon travail », ai-je murmuré, les mots s'accrochant dans ma gorge sèche. « Je l'aurai. Juste quelques jours de plus. »
Il a ricané. « Quelques jours de plus ? Vous avez dit ça la semaine dernière ! Écoutez, je ne suis pas une œuvre de charité. Si vous ne pouvez pas payer, je devrai la vendre à quelqu'un d'autre. »
Mon cœur a fait un bond. « Non ! S'il vous plaît. C'est... c'est important pour moi. »
« Assez important pour payer, alors », a-t-il rétorqué. « Je vous donne jusqu'à demain matin. C'est tout. Sinon, elle est partie. » Il a raccroché avant que je puisse argumenter davantage.
La ligne est devenue silencieuse. Mon dernier espoir, s'amenuisant.
Une notification de SMS est apparue sur mon vieux téléphone fissuré. C'était du directeur du club, M. Leroy. « Votre contrat de travail est résilié, avec effet immédiat. Votre dernier salaire sera retenu pour les dommages causés lors de votre dernière soirée. »
Dommages. Bien sûr. Le dernier coup de couteau cruel de Damien. Il ne se contentait pas de me virer ; il s'assurait que je n'aie absolument rien. Pas même la somme dérisoire que j'avais gagnée.
Ma vision s'est brouillée. Il se fiche vraiment que je crève. Les mots résonnaient, une prophétie glaçante.
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