
Le prix de son amer regret
Chapitre 3
CAROLINE POV :
Il y a cinq ans. Les mots avaient encore le goût de l'acide dans mes entrailles. Ce jour-là se rejouait dans mon esprit, une bobine de film cassée que je ne pouvais pas arrêter.
Tout a commencé avec la montre Cartier vintage de Maman. Un héritage familial, inestimable, non seulement en valeur monétaire, mais aussi par les souvenirs qu'elle renfermait. Elle a disparu du coffre-fort.
Camille Dubois, alors la nouvelle et brillante petite amie de Damien, a été celle qui l'a « trouvée ». Ou plutôt, qui a trouvé des preuves que je l'avais vendue. Des preuves fabriquées, une piste papier conçue pour me condamner. Une signature falsifiée, un faux virement bancaire. Tout était si méticuleusement planifié, si cruel.
Damien, aveuglé par son nouvel amour et son sens rigide de l'honneur familial, n'a pas écouté mes dénégations frénétiques. Il est resté là, son visage un masque de fureur froide, ses yeux me brûlant.
« Comment as-tu pu ? » avait-il rugi, sa voix faisant trembler les fondations mêmes du vieil hôtel particulier. « La montre de notre mère ? Tu l'as vendue pour de la petite monnaie ? Pour tes caprices stupides ? »
Il m'a traînée dehors sous une pluie battante, me laissant dehors pendant des heures, me hurlant de confesser. Le tonnerre craquait au-dessus de nos têtes, reflétant mon cœur qui se brisait. Je suis restée là, tremblante, engourdie, ne comprenant pas comment cela pouvait arriver.
Je n'arrêtais pas de répéter : « Ce n'est pas moi ! C'est Camille qui a fait ça ! Elle me déteste ! »
Il a ri, un son dur et sans humour. « Camille ? Ne sois pas ridicule. Elle aime cette famille. Contrairement à toi, la voleuse. »
Il m'a accusée d'être ingrate, égoïste, une tache sur le nom des Fournier. Camille, debout sous la grande arche, une image d'innocence et d'inquiétude, offrait de temps en temps un doux : « Damien, chéri, ne sois pas trop dur avec elle. Peut-être qu'elle ne savait pas ce qu'elle faisait. » Ses mots étaient de l'huile sur le feu, alimentant sa rage.
Puis est venue la sentence. « Tu n'es plus une Fournier. Tu es déshéritée. Dépouillée de tout. » Sa voix était de fer.
Il a jeté mes maigres affaires sur la pelouse mouillée. Mes fonds en fiducie ont disparu. Mon accès aux comptes familiaux, supprimé. Il a utilisé l'immense influence de la famille pour me mettre sur liste noire de toutes les entreprises réputées, de tous les emplois décents. C'était un démantèlement systématique de ma vie, une dure leçon, avait-il appelé ça, pour briser mon esprit, pour forcer des excuses que je ne pourrais jamais donner.
Je me suis précipitée pour ramasser mes affaires, la pluie plaquant mes cheveux sur mon visage. J'ai levé les yeux une dernière fois, croisant le regard glacial de Damien. Il n'y avait plus d'amour. Seulement du mépris.
Je suis partie cette nuit-là, avec rien d'autre que les vêtements que je portais et un sentiment brûlant d'injustice.
Les premiers mois ont été un flou de motels bon marché et de pâtes premier prix. J'ai trouvé un poste de réceptionniste, une petite victoire, une parcelle de normalité.
Puis l'appel est arrivé, quatre ans plus tard. C'était Damien. Sa voix, autrefois si familière, semblait maintenant étrangère, froide.
« Es-tu prête à t'excuser, Caroline ? » a-t-il demandé, sans préambule. « Prête à admettre ta culpabilité et à rentrer à la maison ? »
Mon sang s'est glacé. « M'excuser ? Pour quoi ? Pour avoir été piégée par ta précieuse Camille ? »
« Toujours aussi provocante », a-t-il soupiré, un son de profonde déception. « Dis juste les mots, Caroline. Admets ton erreur. Je pourrais envisager de te laisser revenir. »
« Mon erreur a été de te faire confiance ! » ai-je crié dans le téléphone, les larmes me piquant les yeux. « Mon erreur a été de penser que tu me croirais un jour plutôt que cette vipère ! »
« Ça suffit », sa voix est devenue glaciale. « N'insulte pas Camille. Elle n'a fait que tenter de t'aider. »
« Elle a volé la montre de Maman ! » ai-je pleuré, les mots à vif avec cinq ans de colère refoulée. « Elle l'a vendue ! Pas moi ! »
Il a raccroché. La tonalité a bourdonné, une coupure finale et définitive.
Deux jours plus tard, mon poste de réceptionniste avait disparu. Ma responsable, une femme gentille nommée Sarah, avait l'air navrée. « Je suis tellement désolée, Caroline. C'est... ça ne dépend pas de moi. Des ordres venus d'en haut. »
Et juste comme ça, j'étais de nouveau sur la liste noire. Toute la ville, semblait-il, était sous la coupe de Damien. Il n'y avait aucune échappatoire.
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