
Le Poids du Passé
Chapitre 2
Elle serra les poings, frustrée.
-**Ce n'est pas un mariage, Caleb, c'est une mascarade.**
Il s'approcha doucement, réduisant la distance entre eux.
-**Peut-être. Mais une mascarade peut être utile, non ? À condition de jouer son rôle correctement.**
Livia détourna les yeux, refusant de céder à l'intensité de son regard.
-**Bonne nuit, Caleb,** déclara-t-elle avec froideur avant de quitter la pièce.
Le lendemain matin, Livia se rendit à une réunion avec son notaire, Monsieur Grayson, pour finaliser certains documents relatifs à l'héritage. La grande salle de réunion du cabinet juridique était austère, et les rayons du soleil pénétrant par les grandes fenêtres ajoutaient une lumière crue à l'atmosphère déjà tendue.
-**Félicitations pour votre mariage, Mademoiselle Holloway,** dit Grayson en refermant un dossier.
-**C'est Madame Stone, maintenant,** répondit-elle sèchement.
Le notaire sourit doucement, mais il semblait nerveux, comme s'il pesait chaque mot avec soin.
-**Je dois dire, votre mari, Caleb Stone, est... un choix intéressant.**
Livia leva un sourcil.
-**Intéressant ? Que voulez-vous dire par là ?**
Il hésita un instant avant de répondre.
-**Disons simplement que monsieur Stone est... imprévisible. Il a une façon de négocier qui déstabilise même les plus aguerris.**
-**Négocier ?** Livia se redressa, soudainement intriguée. **Que voulez-vous dire ?**
Grayson sembla regretter d'avoir parlé.
-**Rien qui ne soit pertinent pour le moment. Mais soyez prudente, Madame Stone. Votre héritage est en jeu, et il serait dommage que quelqu'un d'autre en profite à votre détriment.**
Ces paroles résonnèrent dans l'esprit de Livia bien après qu'elle ait quitté le cabinet. Qu'insinuait-il ? Que Caleb avait des motivations cachées ?
De retour à la maison, Livia trouva Caleb dans le bureau, une pièce qu'il semblait déjà avoir revendiquée comme sienne. Il était assis derrière le large bureau en acajou, les yeux rivés sur l'écran de son ordinateur portable.
-**Je peux entrer ?** demanda-t-elle depuis la porte.
Il releva les yeux, un instant surpris, puis hocha la tête.
-**Bien sûr. Après tout, c'est votre maison.**
Elle entra lentement, observant les murs déjà parsemés de quelques livres et dossiers qu'il avait apportés.
-**Vous semblez très à l'aise ici,** dit-elle, son ton légèrement sarcastique.
-**C'est là où je travaillerai,** répondit-il simplement. **Pourquoi ? Ça vous dérange ?**
-**Non. Mais j'aimerais savoir... de quoi vous travaillez exactement ? Vous semblez avoir des projets assez... sérieux pour quelqu'un qui n'a soi-disant pas un sou.**
Il se renfonça dans son fauteuil, un léger sourire apparaissant sur ses lèvres.
-**Je programme. Des algorithmes, des solutions complexes, ce genre de choses. Vous n'avez pas besoin de comprendre les détails.**
-**Et cela vous suffit pour vivre ?** demanda-t-elle, sceptique.
Son sourire s'élargit, mais il ne répondit pas immédiatement.
-**Disons simplement que je suis très doué pour ce que je fais. Mais assez parlé de moi. Comment s'est passé votre rendez-vous avec le notaire ?**
Elle plissa les yeux, méfiante.
-**Comment savez-vous que j'y suis allée ?**
-**J'ai mes sources.**
Sa réponse énigmatique la mit encore plus mal à l'aise.
-**Vous jouez à un jeu dangereux, Caleb. Je ne sais pas ce que vous cachez, mais je finirai par le découvrir.**
Il éclata de rire, mais ce n'était pas un rire chaleureux.
-**J'ai hâte de voir ça, Livia.**
Elle quitta la pièce, le cœur lourd. Caleb était un mystère qu'elle n'était pas sûre de vouloir résoudre, mais elle n'avait pas le choix.
Ce soir-là, Livia ne parvint pas à trouver le sommeil. Elle repassait en boucle les mots de son notaire et les échanges tendus avec Caleb. Tout cela semblait trop beau pour être vrai. Pourquoi un homme comme lui accepterait-il si facilement un mariage arrangé ?
Elle se leva et se dirigea vers la bibliothèque du rez-de-chaussée, espérant trouver quelque chose pour occuper son esprit. À sa grande surprise, elle y trouva Caleb, assis dans l'obscurité, un verre de whisky à la main.
-**Vous ne dormez pas non plus ?** demanda-t-il sans se retourner.
-**Non. Trop de choses en tête,** répondit-elle en s'approchant.
Il lui jeta un regard par-dessus son épaule, ses yeux gris brillant faiblement sous la lumière tamisée.
-**Laissez-moi deviner : vous essayez encore de comprendre qui je suis et pourquoi je suis ici.**
Elle s'assit sur un fauteuil voisin, croisant les bras.
-**Peut-être. Vous êtes un mystère, Caleb. Et je n'aime pas les mystères.**
Il haussa les épaules, prenant une gorgée de son verre.
-**Parfois, les mystères sont plus intéressants que les vérités.**
-**Et parfois, ils sont dangereux,** rétorqua-t-elle.
Il sourit légèrement, un sourire qui ne révélait rien mais qui semblait pourtant tout savoir.
-**Bonne nuit, Livia.**
Elle le fixa un moment avant de se lever et de retourner dans sa chambre. Une chose était sûre : Caleb Stone était bien plus qu'un simple programmeur pauvre.
La maison qu'ils partageaient depuis quelques jours ressemblait davantage à une cage dorée qu'à un foyer. Livia se réveilla ce matin-là, envahie par un malaise inexplicable. Chaque coin de cette demeure semblait renfermer des secrets. Et Caleb... cet homme qu'elle était censée appeler « son mari » était le plus grand mystère de tous.
Alors qu'elle descendait les escaliers pour prendre son petit-déjeuner, elle l'aperçut dans la cuisine, vêtu d'un simple pull gris et d'un jean sombre. Il était penché au-dessus de la table, une tasse de café à la main, et ses yeux fixaient intensément quelque chose sur l'écran de son ordinateur portable.
-**Tu travailles déjà si tôt ?** demanda Livia en entrant dans la pièce.
Il leva brièvement les yeux vers elle, un sourire poli flottant sur ses lèvres.
-**Le monde ne s'arrête jamais, surtout dans mon domaine.**
-**Ton domaine ?** Elle s'assit en face de lui, saisissant une tasse pour se servir du café. **Je ne sais toujours pas exactement ce que tu fais, Caleb. Tout ce que je sais, c'est que tu es programmeur. Mais programmer quoi ?**
Il referma son ordinateur d'un geste calme, mais calculé.
-**Des choses techniques qui t'ennuieraient probablement,** répondit-il avec une légèreté déconcertante.
Livia fronça les sourcils.
-**Et pourquoi pas me laisser décider de ce qui m'ennuie ou non ?**
-**Parce que parfois, moins tu en sais, mieux tu te portes,** rétorqua-t-il, son ton teinté d'une pointe d'avertissement.
Elle choisit de ne pas répondre, mais l'inquiétude continua de grandir en elle. Caleb semblait toujours avoir une longueur d'avance, comme s'il jouait un jeu dont elle ignorait les règles.
Plus tard dans la journée, Livia décida de s'occuper en explorant la maison. C'était une demeure ancienne mais magnifiquement rénovée, avec des plafonds hauts, des moulures élégantes et des planchers en bois massif qui grinçaient légèrement sous ses pas. Pourtant, elle ne pouvait s'empêcher de remarquer certaines anomalies : des pièces verrouillées, des objets déplacés, des recoins étrangement vides.
Elle passa devant le bureau de Caleb, la porte légèrement entrouverte. Elle jeta un coup d'œil à l'intérieur et vit qu'il était au téléphone.
-**Je ne peux pas en parler maintenant,** disait-il à voix basse, son dos tourné à la porte. **Non, ça doit rester entre nous. Pas de traces écrites, compris ?**
Livia se figea. À qui parlait-il ? Pourquoi un tel secret ?
Elle recula discrètement avant qu'il ne la remarque, mais son cœur battait la chamade. Ses soupçons s'intensifiaient, et elle sentait que Caleb ne lui disait pas tout.
Ce soir-là, alors que Caleb s'était enfermé dans son bureau, Livia décida d'explorer le grenier. C'était une pièce qu'elle avait repérée plus tôt mais qu'elle n'avait pas encore osé visiter. Elle grimpa les escaliers étroits menant à la petite trappe au plafond, une lampe torche à la main.
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