
Le Poids du Passé
Chapitre 3
Le grenier était sombre et rempli de vieilles boîtes poussiéreuses. Pourtant, un détail attira immédiatement son attention : une armoire métallique fermée par un cadenas. Pourquoi quelqu'un aurait-il besoin de cacher quelque chose dans une maison qui leur appartenait ?
Elle chercha dans les boîtes voisines et trouva une petite clé enveloppée dans un chiffon. Son instinct lui disait qu'elle devait l'essayer. Avec un mélange d'appréhension et de curiosité, elle inséra la clé dans le cadenas. Celui-ci s'ouvrit avec un clic sonore.
À l'intérieur de l'armoire, elle découvrit plusieurs dossiers. En les feuilletant, elle sentit un frisson glacé parcourir son échine. Les documents semblaient liés à des transactions financières, des projets technologiques, et... des rapports détaillés sur elle. Son nom, sa date de naissance, des photos de ses parents, même des copies de ses relevés bancaires.
-**Qu'est-ce que c'est que ça ?** murmura-t-elle, les mains tremblantes.
Une feuille attira particulièrement son attention : c'était un contrat. Un contrat impliquant une entreprise inconnue, avec la signature de Caleb en bas de la page.
Avant qu'elle ne puisse en lire davantage, un bruit derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna brusquement et trouva Caleb debout dans l'encadrement de la porte.
-**Tu cherches quelque chose, Livia ?** demanda-t-il calmement, mais ses yeux trahissaient une colère froide.
Elle se redressa, serrant les documents contre elle comme un bouclier.
-**Qu'est-ce que c'est, Caleb ? Pourquoi as-tu ces informations sur moi ?**
Il avança lentement, ses pas résonnant sur le plancher grinçant.
-**Je crois que tu es entrée dans une pièce où tu n'avais rien à faire,** dit-il, sa voix basse mais chargée de tension.
-**Ne change pas de sujet !** s'écria-t-elle. **Tu me dois des explications ! Pourquoi tu as des dossiers sur ma vie personnelle ? Et ces transactions... qu'est-ce que tu mijotes ?**
Il s'arrêta à quelques pas d'elle, les mains dans les poches.
-**Écoute-moi bien, Livia. Ce mariage n'a jamais été une union normale. Nous le savons tous les deux. Mais il y a des choses que tu n'es pas prête à comprendre. Alors, je te conseille de ranger ces documents et d'oublier ce que tu as vu.**
Elle éclata de rire, un rire nerveux teinté de frustration.
-**Tu crois vraiment que je vais te laisser continuer à jouer avec moi comme ça ? Dis-moi la vérité, Caleb, ou je quitte cette maison.**
Son expression s'assombrit, et pour la première fois, elle crut voir une lueur de vulnérabilité dans ses yeux.
-**Ce n'est pas aussi simple que tu le crois,** murmura-t-il.
-**Alors explique-moi,** insista-t-elle, sa voix presque suppliante.
Il hésita, mais finit par détourner le regard.
-**Ce n'est pas le bon moment.**
-**Le bon moment ?** Elle secoua la tête avec incrédulité. **Et quand le sera-t-il ? Quand tu auras tout détruit ?**
Sans attendre sa réponse, elle passa à côté de lui, descendant les escaliers avec les documents en main.
Cette nuit-là, Livia s'enferma dans sa chambre, les documents étalés sur son lit. Plus elle les examinait, plus elle se sentait prise au piège. Qui était réellement Caleb ? Pourquoi semblait-il tout savoir d'elle alors qu'elle ne connaissait presque rien de lui ?
Elle trouva une mention récurrente dans les papiers : une entreprise appelée *Stone Enterprises*. Elle chercha rapidement des informations sur son téléphone et découvrit que c'était une société multimilliardaire spécialisée dans la technologie. Caleb était-il lié à cette entreprise ? Et si oui, pourquoi prétendait-il être un simple programmeur ?
Les questions tournaient en boucle dans sa tête, empêchant le sommeil de venir.
Au petit matin, elle prit une décision. Si Caleb refusait de lui dire la vérité, elle la découvrirait par elle-même. Elle savait maintenant qu'il y avait une pièce secrète dans leur maison. Et elle était déterminée à percer ses mystères, peu importe les conséquences.
Mais une chose était sûre : elle ne pouvait plus faire confiance à son mari.
La nuit était tombée sur la maison. Le silence enveloppait chaque pièce, à l'exception du léger bruissement des feuilles qui se frottaient contre les fenêtres sous l'effet du vent. Livia se tenait là, dans sa chambre, fixant le plafond, les bras croisés sous la tête. La lueur de la lune passait à peine à travers les rideaux épais, plongeant la pièce dans une obscurité paisible, mais cette tranquillité n'offrait aucun réconfort.
Elle ferma les yeux, mais dès qu'elle s'endormit, des images frappantes envahirent son esprit. Des souvenirs douloureux, des fragments de son passé, qu'elle avait cru avoir enfouis à tout jamais, ressurgirent.
Les visages de ses enfants, ou du moins, ce qu'elle se souvenait d'eux, dansaient devant ses yeux fermés. Des petites bouilles, des sourires innocents, et des rires cristallins. Mais tout cela se dissolvait comme de l'eau sous la chaleur, ne laissant que le vide d'un souvenir qu'elle ne pouvait tout à fait saisir.
Livia se retrouva dans une chambre d'hôpital. L'odeur de l'antiseptique, la lumière crue des néons au plafond, et le bruit insistant des appareils connectés à un cœur qui battait trop lentement. Les machines émettaient des bips réguliers, mais l'air était lourd. Une infirmière en blanc s'approcha, l'air désolé.
« Je suis désolée, mademoiselle. Il n'y a plus rien à faire... »
Ces mots résonnaient encore dans sa tête, des échos incessants, trop vifs pour qu'elle les ignore. Livia se redressa dans son lit, haletante, les mains tremblantes. Elle ouvrit les yeux, mais la pièce était plongée dans l'obscurité. Le rêve la hantait, lui bousillant le cœur. Ses triplés. Ses enfants. Combien de fois avait-elle pleuré leur perte ? Combien de fois avait-elle cherché à comprendre ce qui s'était réellement passé ce jour-là ? Les médecins lui avaient dit que seul un bébé survivrait. Mais et si ce n'était pas la vérité ? Et si... ?
Elle se leva brusquement du lit, son cœur battant à tout rompre. Elle sentit la sueur perler sur son front, le froid de la chambre l'enveloppant d'une froideur glaciale. Le vent soufflait à travers la fenêtre légèrement entrouverte, mais c'était la sensation du vide qui la glaçait. Un vide qu'elle n'arrivait plus à combler, un vide d'un passé qui n'avait jamais été aussi flou.
Elle n'était pas prête à laisser tout cela derrière elle. Pas tant qu'elle n'aurait pas la vérité.
Elle se tourna vers la commode, s'emparant du téléphone qu'elle avait posé là plus tôt. Ses doigts glissèrent sur l'écran, tremblants. Elle chercha dans ses contacts le numéro de la maternité où elle avait accouché. Cela faisait des années qu'elle n'avait pas cherché à savoir ce qu'il était advenu de ses enfants, mais la vérité la rongeait chaque jour un peu plus. Peut-être que quelque part, il y avait des réponses.
Son doigt hésita un moment avant d'appuyer sur le bouton « appel ». L'attente fut interminable, chaque sonnerie résonnant comme une torture. Enfin, une voix féminine se fit entendre.
« Clinique Saint-Marie, bonsoir, que puis-je faire pour vous ? »
Livia prit une grande inspiration, tentant de garder son calme.
« Bonjour, je voudrais obtenir des informations sur un accouchement qui a eu lieu il y a trois ans, à la clinique. J'ai perdu des triplés à ce moment-là, et je suis... j'aimerais savoir s'il y a des documents ou des informations que vous pourriez me fournir. »
La voix au bout du fil sembla hésiter. Il y eut un moment de silence, puis la réponse, bien plus sérieuse cette fois :
« Je vais devoir consulter nos archives. Mais il serait préférable que vous veniez sur place pour discuter de cela en personne. Certaines informations sont confidentielles. »
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