
Le Pianiste Brisé, l'Esprit Indomptable Revient
Chapitre 3
Maxime était là, sur l'écran vacillant, rayonnant de pouvoir et de confiance. À ses côtés, Gisèle Caron, élégante et posée, ses yeux brillant d'une satisfaction presque prédatrice. Ils étaient une vision de succès, un front uni, célébrant un triomphe bâti sur les fondations de mon désespoir. Le présentateur du journal s'extasiait, détaillant l'acquisition révolutionnaire qui venait de cimenter la position de Maxime comme un titan dans le monde de la tech.
Cinquante millions d'euros. La somme exacte de ma rançon. Mon sang se glaça, la peur et une terrible prise de conscience naissante se livrant bataille dans ma poitrine. Non. Ce n'était pas possible. Pas Maxime. Pas ma famille.
La main lourde du ravisseur agrippa mon bras, me traînant vers le téléphone. « Appelle-le », siffla-t-il, poussant l'appareil dans ma main tremblante. « Une dernière chance. Dis-lui de payer. »
Je composai le numéro, les doigts engourdis, un espoir désespéré flottant dans ma poitrine. C'était peut-être un malentendu. Peut-être.
Le téléphone sonna deux fois, puis un déclic. Mais ce n'était pas la voix de Maxime qui répondit. C'était Gisèle. Sa voix, douce et confiante, emplit la petite pièce crasseuse.
« Maxime est dans une réunion très importante en ce moment, Éléonore », dit-elle, son ton teinté d'un amusement subtil qui me crispa les nerfs. « Il ne peut pas venir au téléphone. »
« Gisèle, s'il te plaît », m'étranglai-je, la voix rauque, « dis-lui que c'est moi. Dis-lui qu'ils vont me faire du mal s'il ne... »
« Ma chérie », interrompit Gisèle, un rire doux et intime flottant sur la ligne, « il est vraiment très occupé. Nous le sommes tous les deux. Tu n'imaginerais pas la charge de travail depuis l'acquisition. Et, eh bien, certaines choses sont plus importantes que d'autres, n'est-ce pas ? »
Puis je l'entendis. Un petit rire en arrière-plan, sans équivoque celui de Maxime. La voix de Gisèle s'adoucit, presque un ronronnement. « Maxime, chéri, c'est juste Éléonore. Elle veut discuter. »
Un autre petit rire, puis la voix de Maxime, lointaine, étouffée, mais assez claire. « Dis-lui que je suis occupé. Et qu'elle arrête de... faire des histoires. »
La ligne se coupa.
Ma main tomba à mon côté, le téléphone cliquetant contre le sol en béton. Des histoires. C'est ce que j'étais. Une perturbation. Un inconvénient.
Maxime avait choisi. Il avait choisi les cinquante millions d'euros, l'empire corporatif, l'avenir éblouissant avec Gisèle à ses côtés. Plutôt que moi. Plutôt que sa fiancée. Plutôt que la femme qu'il prétendait aimer. Il me voyait comme une transaction, et apparemment, je ne valais pas l'investissement.
Je reculai en titubant, l'esprit en plein désarroi. Les ravisseurs, leurs visages maintenant tordus de rage, me fixaient comme si j'étais un fantôme. Ils savaient. Ils comprenaient ce qu'on venait de me dire.
C'était le huitième jour. Toujours pas de rançon. La patience des ravisseurs était à bout. Ils agirent avec une efficacité glaçante, plus prudents, plus hésitants. Ils commencèrent à me faire du mal, pas seulement physiquement, mais de manière à briser mon esprit. Ils envoyèrent des vidéos, des preuves horribles et dégradantes de ma souffrance, à Maxime, espérant susciter une réaction.
Il n'y en eut aucune. Seulement un communiqué de presse générique de la société de Maxime, une déclaration froide et corporative sur le fait de ne pas négocier avec les terroristes et de ne pas céder à l'extorsion. C'était une déclaration publique que j'étais sacrifiable.
Le neuvième jour. Les vidéos s'intensifièrent. Ils me forcèrent à prendre des positions d'humiliation abjecte, menaçant de les diffuser au monde entier. N'importe quoi pour le faire payer.
Toujours rien. Seulement plus d'articles sur l'ascension fulgurante de Maxime, sa détermination inébranlable, sa « position courageuse contre le terrorisme ».
Puis vint le dixième jour. Un autre reportage. Mes parents. Miriam et Robert de Valois. Ils faisaient une annonce conjointe, leurs visages sombres, mais composés. Ils retiraient officiellement tous leurs investissements de la société de Maxime. Et ils déménageaient. Définitivement. Hors du pays. Pour des « raisons de santé ».
Je regardai, engourdie, alors qu'ils cédaient leurs actifs à une œuvre de charité, me déshéritant de fait. Ils m'abandonnaient. Ma famille, les gens qui étaient censés m'aimer inconditionnellement, avaient choisi leur réputation, leur liberté, plutôt que leur propre fille. Je n'étais pas seulement abandonnée par mon fiancé ; j'étais rejetée par mon propre sang. Je n'étais plus une fille chérie, une fiancée aimée. J'étais un passif. Un pion dans un jeu dont j'ignorais même l'existence, jeté de côté par tous ceux que j'avais jamais aimés.
La rage des ravisseurs, autrefois dirigée contre ma valeur perçue, se transforma en quelque chose de purement vindicatif. On leur avait menti, on les avait méprisés. Leur prix, moi, ne valait rien. Et ils passèrent leurs frustrations sur mon corps, mon esprit.
J'ai enduré quinze jours d'horreurs indicibles. Chaque jour était une nouvelle couche de tourment, une nouvelle blessure gravée dans ma chair, mon âme. J'étais affamée, battue, humiliée. Ils m'ont brûlée avec des cigarettes, gravé des mots sur ma peau. Ils m'ont cassé les doigts, un par un, s'assurant que mon avenir artistique, ma passion, soit volé pour toujours. J'ai crié jusqu'à ce que ma voix soit rauque, jusqu'à ce qu'aucun son ne sorte. J'ai supplié pour la mort, pour une fin à l'agonie, mais même cette pitié m'a été refusée. Ils voulaient que je souffre. Et j'ai souffert. Chaque instant.
Mais le coup le plus atroce était encore à venir, quelque chose que je ne comprendrais pleinement que bien plus tard, après m'être échappée de l'enfer vivant où ils m'avaient piégée. Une vie, une minuscule et précieuse étincelle de vie, éteinte avant même que je sache qu'elle existait. Mon enfant à naître, un secret que j'avais prévu de partager avec Maxime le soir de notre mariage, fut perdu au milieu de la violence, de la terreur, de la trahison.
Maxime, pendant ce temps, s'envolait. Sa société devint un nom familier. Il fut salué comme un visionnaire, un homme qui avait bâti un empire à partir de rien, sans être freiné par la sentimentalité. Gisèle était toujours à ses côtés, son ombre, sa confidente. Leurs apparitions publiques devinrent de plus en plus intimes, leur lien indéniable. Le monde célébrait leur ascension, ignorant le coût humain de leur ambition. Ils étaient l'histoire à succès. J'étais juste le détail malheureux et oublié.
Ils avaient tout. Je n'avais rien. Seulement les cicatrices, visibles et invisibles, qui couvraient chaque centimètre de mon être. Et une rage brûlante et silencieuse qui exigerait un jour son dû.
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