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Couverture du roman Le lagon bleu

Le lagon bleu

Le lagon bleu dépeint une épopée humaine singulière et bouleversante. Touché par la souffrance de femmes aux destins brisés, un homme se donne pour mission de les soutenir dans leur reconstruction. À travers cet accompagnement, il déploie des trésors d'énergie pour leur redonner espoir et l'envie de vivre. Pour son premier roman, Gilles Vincent s'inspire de ses lectures variées, de Stendhal à Läckberg, afin de livrer un récit empreint de mystère et de résilience.
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Chapitre 2

Cette pièce où la lumière est tamisée comprend plusieurs box numérotés. Ils sont délimités par des parois de verre. Sorte de murs aquariums, ils sont composés de deux vitres espacées d’une vingtaine de centimètres entre lesquels circule un fluide transparent où des bulles de différents diamètres font leur ascension, le tout avec des sons de cascade d’eau. Les trois premiers box sont vides, les autres sont occupés par les fauteuils qui maintenant sont placés en position horizontale. Ils sont recouverts d’une cloche en verre.

On peut remarquer qu’à l’intérieur de ces cercueils de verre se trouvent d’autres hommes qui semblent dormir dans un apaisement total.Samedi, 8 heures

« Bonjour, Vincent.

— Bonjour, Marjorie, votre garde s’est bien passée ?

— Très bien merci, seul R4 est rentré, R1 est manifestement à Deauville et R2, R3 sont restés sur place.

— Bien, si Catherine est arrivée, veuillez lui demander de passer me voir, en attendant pouvez-vous, avant de partir, m’envoyer sur mon écran le rapport émotionnel de la soirée de R4. »

Comme tous les matins, je passe à la Demeure faire le point avec la collaboratrice de garde. Elles sont deux infirmières et travaillent par séquences de 24 h un jour sur deux. Elles sont d’anciennes protégées, parmi les premières à avoir testé et profité de nos services et nous avons une totale confiance en elles. Marjorie et Catherine connaissent parfaitement tout l’historique de notre fondation et tous les rouages de notre fonctionnement. Leur travail consiste d’une part, à gérer les déplacements et d’autre part, à surveiller le sommeil des pensionnaires.

« Bonjour, Catherine. Comme vous pouvez le constater, R1 est assez loin, mais les deux autres sont dans un périmètre assez proche, aussi il vous faudra porter attention à leurs déplacements respectifs jusqu’à leur retour. Il y a de fortes chances que R3 passe le week-end au haras de Marie, mais on ne sait jamais ! »

En semaine, je me rends à la Demeure à 7 heures du matin et à 8 heures, les week-ends. Une fois dans ma voiture électrique, il me suffit de taper le code D sur le GPS et mon véhicule se rend automatiquement devant la Demeure. C’est le nom que nous avons pris l’habitude de donner à cette grande maison. La reconnaissance du véhicule se fait dès l’entrée dans la rue, ainsi les grilles sont déjà ouvertes et je peux pénétrer dans le parc sans marquer de temps d’arrêt. La voiture se gare dans un parking couvert. J’accède à la bâtisse par une porte latérale. J’ai au préalable, face à un écran, présenté mon plus beau sourire, afin de déclencher son ouverture.

La Demeure est le premier investissement du groupe. Il fallait trouver un lieu à la fois central et discret, des locaux suffisamment grands avec un sol permettant d’aménager des locaux souterrains, le tout sur un terrain vaste et boisé afin de nous assurer l’isolement nécessaire.

Cette vieille maison ne manque pas de charme. Elle est envahie par une vigne vierge qui grimpe jusqu’à la sous-pente. Chaque fenêtre et porte sont ornées par de magnifiques rosiers anglais de différentes teintes ; rouges, roses et crèmes sélectionnés en fonction des expositions. De beaux massifs d’hortensias dégradés de rose pâle au rouge vif agrémentent les expositions ombragées. La maison par elle-même n’a pas beaucoup changé, nous avons respecté son âme et son authenticité. Un grand salon-bibliothèque, pourvu d’une cheminée en pierre en face de laquelle prennent place deux canapés Chesterfield marron foncé. La bibliothèque ainsi qu’une commode sont en acajou. Cette salle s’ouvre sur une autre aux dimensions généreuses où trône un superbe billard. Magnifique pièce 1erempire fin XVIIIe, en noyer et érable, avec aux angles des têtes de lion en bronze, le tapis est vert foncé comme il se doit. Il est éclairé par la classique suspension en laiton avec ses deux globes en verre de couleur verte. Les sols sont en parquet Versailles en vieux chêne, recouverts de tapis d’Iran Kashan et autres pays d’orient. Les anciens propriétaires étant décédés brutalement, les héritiers ont vendu cet hôtel particulier avec tout son mobilier, ce qui contribue à maintenir l’atmosphère et le charme de cette vieille maison. Il en va de même pour la cuisine, immense, occupée en son centre par une table de ferme de quatre mètres de long avec ses deux bancs de chaque côté. Les meubles sont en chêne, le plan de travail en faïence vert pâle. Les dimensions de ces pièces correspondent à la vocation de cette maison puisqu’elle a pour identité officielle d’être une fondation à but non lucratif de protection des femmes isolées. Il y a une plaque en cuivre à l’entrée, sur un des piliers du portail, « Fondation Greta ». Un large escalier en bois mène à l’étage où plusieurs bureaux sont distribués : un pour la présidente, un pour le secrétariat et le mien. Nous disposons aussi d’une grande salle de réunion équipée d’une table en verre et des chaises Eames en cuir et piétement métal. Toutes ces pièces, qui sont bien sûr équipées en informatique, peuvent fonctionner en réseau et notamment avec le laboratoire. Le deuxième étage comprend quelques chambres dont nous avons peu l’usage.

Samedi, 9 heures

Réveil dans des draps en soie dans un lit de deux mètres de large, dans une chambre de taille proportionnelle au lit ! Vue au travers du balcon avec son garde-corps en bois vert céladon, donnant sur un jardin type patio plein de charme ; quel luxe ! Nous sommes au Normandie, Christiane, nous offre généreusement un week-end dans ce magnifique endroit, véritable institution Deauvillaise. Hier soir, après le concert et un passage à la roulette du casino où Christiane s’est amusée à dépenser sans excès quelques euros, nous nous sommes déchaînés sur le dance floor du casino. Christiane adore le rock et je ne suis pas mauvais dans cette discipline. Il nous a fallu quelque temps avant d’être en phase. Accorder nos différentes manières d’appréhender cette danse, éduquer nos réflexes… J’apprécie que ma partenaire fasse corps et accepte de me suivre, ce qui n’a pas été simple pour celle qui a pour usage de diriger les autres. Elle est PDG jusqu’au bout des ongles, habituée à manager le personnel, y compris son mari dont elle est séparée, mais qui travaille toujours dans l’entreprise. Il l’aura trompée une fois de trop ! Nous formons maintenant un très beau duo et Christiane répond à la moindre impulsion de mes doigts. C’est chaque fois un grand plaisir que nous partageons. Nous avons réintégré l’hôtel. Un passage au bar de nuit où, un pianiste jouait de vieux morceaux de jazz. Nous nous sommes offert un moment de détente en dégustant deux cognacs. Christiane, les chaussures défaites, s’est allongée, le dos sur la banquette, sa tête reposant sur ma cuisse, gardant ma main dans la sienne le bras replié sur sa poitrine. Les yeux fermés, elle s’est abandonnée au rythme des morceaux de blues de Jonah Jones que l’excellent pianiste interprétait.

Un peu plus tard une fois dans la chambre.

« Vincent, comme à chaque fois je passe avec toi des moments merveilleux, cela me fait tellement de bien !

— Mais encore ?

— Tu le sais très bien…

— Oui, mais j’apprécie que tu l’exprimes…

— Avec toi, toute la pression s’échappe et s’envole, je me sens libérée du poids des responsabilités qui m’envahissent au fil des jours. Avec toi, je peux me laisser aller, je suis en confiance, petit à petit les tensions disparaissent, je n’ai qu’à me laisser guider. Tu sais à quel point l’entreprise m’accapare et m’absorbe. Ne pouvant déléguer et me reposer sur mon mari. Je ne peux compter sur personne, ne sachant jamais d’un jour sur l’autre si tous les employés seront présents, je dois jongler en permanence avec l’effectif, afin de satisfaire les clients et honorer leurs commandes. On travaille avec une matière vivante, ça n’est pas rien de transporter des veaux, des vaches ou des bœufs !

— Viens, allonge-toi, je vais te masser.

— Tu es un cœur, tu es irremplaçable… »

Effectivement, à mes côtés, Christiane respirait et progressivement au fil de la soirée, quittait cette rigueur apparente qui n’était que la traduction du stress et de sa volonté de paraître sans faille. Elle donnait toujours cette impression de gérer, de dominer en quelque sorte. Véritable machine d’action-réaction. Une femme forte, dont le mari n’avait pu suivre ni la rigueur ni sa volonté permanente d’avancer et de faire progresser l’entreprise. Ses deux filles n’avaient pas non plus été épargnées. Toutes les deux chez le psy : l’une est boulimique et instable à la fois dans sa vie professionnelle et amoureuse, l’autre la plus jeune, présente un retard scolaire, accusant un défaut de concentration. La représentation, l’image d’une mère belle et forte crée parfois quelques dommages dans l’entourage proche.

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