Couverture du roman Bangkok à ma table

Bangkok à ma table

9.8 / 10.0
Dans Bangkok à ma table, une voyageuse explore une cité bipolaire entre jazz et gastronomie. Ce modern adventure dévoile des rencontres percutantes et des destins croisés. Lisez ce web novel pour découvrir une aventure story unique, mêlant rires et drames au cœur de la Thaïlande.
Résumé de Bangkok à ma table
Fraîchement établie à Bangkok, une voyageuse relate ses péripéties au cœur d'une métropole aux multiples visages. Ce récit d'aventures modernes explore les rencontres marquantes avec des expatriés égarés et des locaux passionnés. Entre sessions de jazz et secrets culinaires, le quotidien oscille sans cesse entre éclats de rire et moments tragiques. C'est une immersion vibrante où les trajectoires humaines se percutent dans l'effervescence de la capitale thaïlandaise.
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Bangkok à ma table Chapitre 1

Celui qui voit le ciel dans l’eau voit les poissons dans les arbres.

Proverbes chinois

Le lézard bleu

La chaleur était lourde, ce qui m’empêchait de faire tout mouvement. Allongée, je scrutais le plafond où un lézard, tout aussi ébahi que moi, prenait la pause. Il portait sur son dos des reflets bleutés. Cela faisait bien deux mois que je traînais en Asie, de Bangkok à Chiang-Maï et le Cambodge aussi.

J’adorais ce que je voyais… je ne parlais pas le thaï. Je trouvais les gens plutôt sympathiques même si j’appris par la suite le dégoût qu’ils portaient pour certains Farangset je compris aussi beaucoup plus tard que bien souvent, ils se moquaient de moi.

Je pris la décision de m’installer à Bangkok dans le quartier japonais sur « Sukhumvit Soï 28 ». Après 3 mois de voyage de rencontres et de fatigues aussi, je posais bagages dans un petit hôtel très discret où je louais une chambre au mois.

Le propriétaire, un vieux japonais du nom de Monsieur Irézumi Takeshi accompagné deson fils, qui s’était acoquiné à une jeune Thaïlandaise au physique incroyable, à l’esthétique presque Cubiste, Mia, que j’appelais foune » car dès qu’elle me voyait, ne pouvait s’empêcher de me lancer de mielleux « you aaa beautifoune... » en traînant sur le « foune ». Ce qui me donnait envie sans vous le cacher, de la prendre par les cheveux et de lui éclater la tête sur le pavé. Elle me faisait penser à ce tableau de Picasso « femme au chapeau assise dans un fauteuil ».

« Foune » était, elle aussi, assise mais derrière son bureau à faire et refaire des comptes et donner des directives en Thaïlandais aux personnels du petit Hôtel.

Les Japonais avaient de drôle de critère concernant la beauté des filles Thaïlandaises. Très vite, j’allais témoigner de la sympathiepour monsieur Irézumi le beau-père de « Foune ».

Mais revenons à mon plafond, je portais un paréo Thaïlandais imprimé noir et blanc et cette année-là le roi Rama 9 mourut le treize octobre 2016. Tous les imprimés de tissu traditionnel furent vendus de la couleur du deuil.

Le pays entier pleurait son Roi mort à quatre-vingt-huit ans.

Ma chambre était assez spacieuse, il y avait suspendu au mur deux ventilateurs qui faisaient des ronronnements légers, mon lézard y restait accroché comme une note de musique.

Un air musical Thaï traditionnel se faisait entendre en bruit de fond, le lézard ne bougeait toujours pas. En rythme, la cuisinière de mon petit hôtel battait ses cuillères contre les poêles, ce qui donnait à entendre une musique d’un genre contemporain tout à fait charmant, ensorcelant et à l’écho naturel.

Les meubles étaient en teck (Malayalam tecku) un bois magnifique de couleur sombre avec reflets acajou, la chaleur les faisait vivre et parfois même, j’avais comme l’impression d’être dans une cité amovible. Ce que j’aimais le plus en vérité était la concoction du bois et de la chaleur humide, cela parfumait l’espace magnifiquement.

Je fixais le lézard sous les 35 degrés journaliers. Comme tous les jours depuis deux mois, je ne sortais que le soir. Je faisais la tournée des bars, espionnais la vie des Thaïlandais, goûtais à toutes les cuisines. Je passais beaucoup de temps seule jamais très longtemps, il y avait toujours des gens, des voyageurs pour m’inviter à les rejoindre à leur table et de là, nous échangions nos impressions sur le pays, on ne restait jamais longtemps seule en Asie… je devais me battre pour retrouver ma solitude et la garder précieusement comme une relique.

Ma chambre était au-dessus d’un restaurant tenu par « Mama »… une Thaïlandaise de soixante-dix ans mais qui en paraissait cinquante. Elle avait un sens de l’hygiène propre à elle mais réussissait à attirer les quelques Farangsqui traînaient par là. La crasse ne les repoussait pas et certains même en redemandaient, ils revenaient très souvent manger à n’importe quelle heure de la journée comme du soir. Mama se distinguait par de longues« Dread-Locks »noires et portait uniquement des robes de plage.

Du reggae en musique de fond jouait la plupart du temps.

Dans mon hôtel, j’allais sympathiser avec toute sorte de gens venus d’horizons divers. Des hommes, des femmes, des loosers, des winners qui ne voulaient plus, pour la plupart d’entre eux « winner », des putes, des Katoeys, des Japonais de la pègre, des noirs, des blancs, le monde entier se trouvait ici et les environs. Bangkok se trouvait à ma table et je regardais ce monde tourner devant moi comme dans un « Kaizenzushi ».

Il n’y avait plus qu’à choisir, se servir, piocher dans toutes ces perceptions colorées, des sentiments crus aux rencontres souvent abruptes, des fumets d’illusions et ce large éventail d’émotions était à ma disposition, que je regardais passer sous mon nez.

Je scrutais Bangkok qui à son tour me transperçait le corps et l’esprit.

Voyager, n’est-ce pas se transformer un peu en un fantôme inquiétant ? Accepter que les autres vous traversent ?

Un combat fatal entre eux et vous, sans rien leur laisser vous prendre pour autant ?

Je ne souhaite pas abuser de cynisme mais le voyageur est un spécimen ou tout est quasiment à jeter, il n’y a rien à lui prendre. Malgré sa joie excessive ou sa danse macabre à toujours feinter une fausse générosité, il ne veut rien donner mais tout s’approprier, vampiriser.

Certains autochtones ne lui pardonneront jamais cet état d’esprit étriqué. Nous en paierions tous le prix tôt ou tard.

Les erreurs des uns faisaient le malheur des autres.

Bangkok était à ma table et j’avais en main une fourchette aux dents bien aiguisées, l’extension de mon appétit cannibale. Je transpercerais la ville toute entière, les êtres avec.

La bête gisait devant moi en émoi, cela gigotait là-dedans, un mets extra exotique aux mille saveurs, pétillait, s’agitait sous mes yeux que je voulais dans ma bouche et glisser dans la gorge.

J’avais l’appétit juste et précis pour n’en faire qu’une bouchée de ce plat de « Résistance », ma résidence.

Recette : « Kuaytiaw khii Mao »

(littéralement, les nouilles frittes de l’ivrogne.)

Ceci est un plat conseillé pour les lendemains de cuite.

4 cuillères à thé de sauce soja ;

4 gousses d’ails émincés,

Poitrine de poulet ;

Sauce poisson ;

Basilic Thaï

Nouille ou spaghetti.

L’hôtel s’appelait Flower cards, nom tiré d’un jeu de cartes très prisé des Yakuzas, cela se dit Hanafuda en Japonais. Il y avait très peu de clients en cette période de l’année. Comment en avais-je entendu parler ? Eh bien, mon attraction préférée à Bangkok était de me balader et de traîner ma carcasse partout sans restriction.

En flânant de la sorte, j’ai découvert des milliers de petites boutiques secrètes, de cuisines de rues orgasmiques et colorées, de boutiques de vêtements ringards et invendus à des prix ridicules, de disques poussiéreux et de poupées.

Je collectionnais les poupées, surtout les poupées étranges, celles-ci étaient mes préférées, particulièrement celles à qui il manquait un bras, des yeux, sans mains aussi. Les petites estropiées. Celles qui me ressemblaient.

L’hôtel « Flower cards » se trouvait à côté d’un onsen, les Onsen étaient des bains de type Thermal Japonais Alternant grand et différent bain chaud, des bains à remous ou des bains très froids. J’y restais des heures, parfois jusqu’à cinq ce qui n’était pas à recommandé. Malgré l’humidité, je prenais très souvent un livre à lire avec moi, trempé, je lisais toujours le même, un livre de poésie, des haïkus…

Le serpent s’esquiva et laissa son regard dans l’herbe.

Aratika Moritake (1452 – 1549)

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Table des matières de Bangkok à ma table

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