Couverture du roman Le feu à l'âme

Le feu à l'âme

7.9 / 10.0
Dans Le feu à l'âme, une jeune Congolaise fuit la guerre pour la France. Ce modern adventure suit son odyssée entre tragédie et résilience. Découvrez cette fiction fantasy novels poignante, véritable free online novel sur la survie et la reconstruction face aux épreuves du destin.
Résumé de Le feu à l'âme
Esther, fille unique d'une famille congolaise aimante, voit son destin basculer après une hospitalisation marquante et l'éclatement d'une guerre civile brutale. Contrainte à l'exil vers la France, cette jeune femme au tempérament doux affronte une succession d'épreuves cruelles. Pourtant, sa fragilité apparente dissimule une résilience hors du commun. Entre larmes et autodérision, elle raconte son odyssée avec une espérance inébranlable malgré les coups du sort.
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Le feu à l'âme Chapitre 1

À mon amie B…

qui, en évoquant son enfance au Congo, m’a permis de puiser dans le décor de ses réalités…

Partie I

Elle tape au carreau de la fenêtre fermée.

En vain.

Elle recommence ses « tac-tac », une fois, deux fois, dix fois, sans plus de résultat : on ne traverse pas une fenêtre close, même celle d’une chambre d’hôpital.

J’ai mal, par instants. Entre deux élancements, son petit bruit m’exaspère : le supplice de la goutte d’eau, version mouche en quête de liberté.

Que sait-elle de la liberté, de son ivresse et de ses dangers ? De guerre lasse, elle est venue se poser sur mon drap, à quelques centimètres de mon visage de gamine. « Tu veux quoi ? De l’aide ? OK ! Je vais voir ce que je peux faire… Mais je te préviens : ici, tu ne risques rien ou pas grand-chose. Dehors, c’est l’inconnu et le risque de mourir à chaque instant, celui de finir en petit déjeuner du premier oiseau qui passe… »

Rien qu’évoquer le petit déjeuner me donne envie de vomir.

J’ai mal.

La mouche, sourde à mes conseils, indifférente à mes souffrances, a repris son combat, inutile et têtu, contre la vitre. L’aube paresseuse repeint le ciel. Le jour se lève sur Brazzaville.

« Ça va, petite mademoiselle ? »

— Ou… oui…

Elle a l’âge et la bienveillance d’une maman. Je tente : « Il fait trop chaud… Vous voulez bien ouvrir la fenêtre ? »

— Ouvrir la fenêtre ! Vous n’y pensez pas ! À cette heure-ci, vous allez prendre froid… Ce n’est pas le moment !

— Oh… S’il vous plaît…

Un spasme me crispe le visage. Pour une fois, je ne vais pas me plaindre : c’est un avocat aussi efficace qu’inattendu. Le meilleur !

« Bon… J’ouvre mais un petit peu… et pas trop longtemps… » La douleur n’atténue en rien mon triomphe mais elle m’exonère de répondre et de remercier. La mouche ne peut invoquer une quelconque excuse à sa propre ingratitude. L’appel du destin a été le plus fort. Elle m’a abandonnée à mon sort sans le moindre remords : elle apprend vite la Loi du

Il est trop tôt pour que l’agitation de l’hôpital gagne le couloir du Service. Par la porte de la chambre restée entrouverte me parvient le bruit d’un pas que je connais trop bien : maman !

Elle est entrée sans frapper, sans la moindre appréhension, comme si elle avait fait ça toute sa vie.

Normal. Elle a fait ça toute sa vie. Enfin presque, depuis qu’elle a commencé ses études de médecine. Elle est pédiatre. Je ne me souviens pas l’avoir déjà vue en blouse blanche, stéthoscope autour du cou. Ou alors, il y a longtemps. À moins que les spasmes vicieux aient fermé provisoirement les portes de ma mémoire.

D’un coup d’œil circulaire, elle repère tout de suite ce qui cloche : « Qui a bien pu laisser cette fenêtre ouverte ? » La question n’est adressée à personne et l’incongruité est vite réparée. Trop tard ! Le forfait est accompli depuis longtemps, l’évasion a réussi mais si je ne proteste pas c’est surtout parce que je… commence à avoir froid !

— Ça va ?

— Oui, maman, à peu près…

Parce que sa silhouette est en contre-jour, j’ai l’impression que son visage reste impassible. Le son de sa voix me semble dénué de chaleur affectueuse, comme si j’étais une patiente ordinaire. Sa main tiède glisse le long de ma joue sans vraiment apaiser mes tourments…

Papa ! Papa ! Oh ! Comme je voudrais que tu sois là. Toi aussi, tu es médecin, gastro-entérologue renommé, au Congo et à l’étranger. Mais voilà : tu travailles dans un autre hôpital de Brazzaville et tu n’es pas homme à laisser les malades qui t’attendent, même pour accompagner ta fille chérie, ton enfant unique. Tu sais que maman est près de moi, que le personnel et tes confrères sont compétents et que je ne risque rien.

Non… Je ne t’en veux pas. Je me demande si ce n’est pas ton magnifique amour, tes torrents de tendresse, ta vigilante protection dont je suis la seule bénéficiaire qui t’ont fait préférer te noyer dans le travail pour ces quelques heures. Pour ne pas ajouter ton inquiétude à mon angoisse.

Maman n’est pas maman. Enfin, je veux dire que ce n’est pas celle qui m’a mise au monde. Cette maman-là, je ne l’ai pas connue. Lorsque mes parents se sont séparés, je n’avais que huit mois. D’aussi loin que les souvenirs explorent mon passé d’adolescente, un brouillard épais s’oppose à leurs investigations.

J’ai mal. Une fois de plus. Et ça dure depuis cette nuit.

C’est la douleur qui m’a réveillée. Pas véritablement une surprise. Je sais depuis des semaines que ça se terminera à l’hôpital. Maman m’avait prévenue : « Si tu ressens des douleurs insupportables, tu le dis. Si c’est la nuit, tu nous réveilles… » Ils dormaient et ce n’était pas « insupportable ». Alors, je suis allée aux toilettes et je me suis recouchée. Le manège s’est reproduit plusieurs fois. Douloureux, oui, mais pas « insupportable ». Jusqu’à la dernière, alors que je savais qu’à cette heure-là, mes parents sont debout.

Je crois que, rien qu’à ma tête, ils ont compris : « pourquoi tu ne nous as rien dit ? ».

— Ce n’était pas insupportable…

Le soupir d’exaspération de maman se noie dans le tourbillon : retour dans ma chambre, auscultation et verdict : « On part tout de suite ! »

Les vingt minutes séparant la maison de l’hôpital ne m’ont jamais paru aussi courtes. Logique : parce qu’il faisait encore nuit et les rues désertes, maman a battu tous les records au volant de son 4x4. Pas le temps d’avoir peur, d’avoir mal, de penser au collège et à mes amis qui vont s’inquiéter de mon absence. Tout va très vite, trop vite.

On arrive.

Tout le monde connaît maman. Le sommeil qui pouvait s’insinuer sournoisement chez le personnel en fin de garde de nuit observe un repli stratégique en urgence. Je m’abandonne dans le brouhaha des voix, des ordres, des bras qui se tendent et me soulèvent. Puis, soudain, le silence de la chambre, la demi-obscurité vaguement contestée par une veilleuse faiblarde dans le couloir et la solitude.

Enfin presque. Des « tac-tac » répétés se succèdent en provenance de la fenêtre… Vous connaissez la suite… Mais pas la fin : je m’appelle Esther, tout juste 16 ans, collégienne en 3e et, d’ici peu, je vais être maman.

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Table des matières de Le feu à l'âme

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