
Le Dernier Acte De Son Amour
Chapitre 2
La musique pulsait, assourdissante, et les basses faisaient vibrer le plancher de l'appartement haussmannien. C'était une de ces soirées typiques organisées par Sophie, où le tout-Paris des influenceurs se pressait pour voir et être vu. Alexandre Dubois se sentait, comme d'habitude, complètement déplacé. Il se tenait près du buffet, un verre d'eau à la main, observant la scène.
Sophie, sa petite amie depuis sept ans, était le soleil de cette soirée, et tout le monde semblait orbiter autour d'elle. Elle riait fort, sa robe à paillettes scintillant sous les lumières tamisées. Mais ce n'était pas son rire qui dérangeait Alexandre, c'était la personne qui le provoquait.
Marc Lambert, le rappeur du moment, celui dont les clips passaient en boucle sur toutes les chaînes. Il était aussi l'ex de Sophie, son amour de jeunesse, et il avait une main posée un peu trop bas sur sa hanche.
Alexandre sentait les regards des autres invités se poser sur lui. Des regards chargés de pitié, de moquerie, ou d'une curiosité malsaine. Il connaissait ce sentiment par cœur. C'était la bande-son de sa vie depuis que Marc était revenu dans le tableau.
Marc se pencha vers l'oreille de Sophie, lui chuchota quelque chose qui la fit éclater de rire à nouveau, puis il tourna la tête vers Alexandre, un sourire arrogant aux lèvres.
« Alors, le couturier, on ne dit rien ? Tu n'as pas peur que je te vole ta copine ? »
La musique sembla baisser d'un ton. Le petit groupe autour d'eux se tut, attendant la réaction. Ils s'attendaient à ce qu'Alexandre baisse les yeux, murmure une excuse, ou quitte la pièce, comme il le faisait si souvent.
Mais ce soir, quelque chose était différent. Une sorte de calme glacial s'était emparé de lui. Il leva les yeux, soutint le regard de Marc, et esquissa un léger sourire.
« Pourquoi aurais-je peur ? Vous avez l'air de si bien vous amuser tous les deux. Continuez, ne vous gênez surtout pas pour moi. »
Un silence gêné s'installa. La réponse était si inattendue, si dénuée de la colère ou de la tristesse attendues, que personne ne sut comment réagir. Marc fronça les sourcils, décontenancé. Sophie, elle, arrêta de rire et lança un regard noir à Alexandre.
Les invités se remirent à chuchoter, mais cette fois, les murmures étaient confus. Chloé Martin, la meilleure amie de Sophie et elle-même influenceuse, observait la scène avec un intérêt nouveau, un petit sourire en coin. Elle semblait savourer le drame.
Alexandre but une gorgée d'eau, le liquide frais descendant dans sa gorge nouée. Il se sentait vide. Il se rappelait les premières années avec Sophie, quand elle l'admirait, quand elle parlait de ses créations avec des étoiles dans les yeux. Il avait tout sacrifié pour elle, mis sa propre carrière en veilleuse pour la soutenir, pour être le petit ami parfait, toujours là, toujours compréhensif. Et en retour, il avait eu droit à ça. Un mépris public, une humiliation constante. Il était devenu son accessoire, une chose qu'on garde par habitude mais qu'on n'hésite pas à piétiner. La douleur était là, mais ce soir, elle était recouverte par une épaisse couche de lassitude. Il était fatigué d'avoir mal.
Sophie s'approcha de lui, le tirant par le bras pour l'éloigner du groupe. Son visage était dur.
« C'est quoi ton problème, Alex ? Tu essaies de me faire passer pour quoi, là ? »
« Je n'essaie rien du tout, Sophie. Je constate. »
« Tu gâches la soirée ! Tout le monde nous regarde à cause de toi. Tu ne pouvais pas juste ignorer, comme d'habitude ? »
Comme d'habitude. Ces mots résonnèrent en lui. C'était donc ça, son rôle. L'homme qui ignore. L'homme qui accepte.
« J'ai peut-être mieux à faire, » dit-il calmement. « Je pense que je vais rentrer. »
« Quoi ? Tu vas partir et me laisser seule ? » s'indigna-t-elle, comme si l'idée était absurde. « Encore une fois, tu gâches tout. Tu es vraiment un rabat-joie. »
Il la regarda, vraiment, pour la première fois depuis des mois. Il ne voyait plus la femme qu'il aimait, mais une étrangère narcissique qui le tenait en otage. Il sentit le dernier fil qui le retenait à elle s'effilocher.
« Tu as raison, » dit-il avec un calme qui la surprit. « Je suis un rabat-joie. Alors je vais arrêter de gâcher ta soirée. »
Il se détourna, la laissant plantée là, bouche bée. Mais au lieu de se diriger vers la porte, il retourna à sa place près du buffet. Il n'allait pas fuir. Pas ce soir.
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