
Le Dernier Acte De Son Amour
Chapitre 3
Alexandre ne partit pas. Il s'assit sur un pouf dans un coin moins bruyant de la pièce, sortit un petit carnet Moleskine et un crayon de sa poche. C'était son refuge, son monde. Il se mit à dessiner, ignorant délibérément le tourbillon social autour de lui. Les lignes prenaient forme sur le papier, une silhouette de robe, un détail de col. Pour la première fois de la soirée, il se sentit ancré. Il n'était plus la victime passive, il était un créateur absorbé par son art.
Son attitude ne manqua pas d'intriguer. Les gens le regardaient du coin de l'œil. L'homme trompé qui dessinait tranquillement pendant que sa copine flirtait ouvertement. C'était une scène surréaliste.
Sophie et Marc, après avoir échangé un regard exaspéré, poussèrent leur provocation plus loin. Ils se dirigèrent vers le couloir menant aux chambres, et disparurent derrière une porte. Le message était clair, brutal. Un murmure parcourut la foule, suivi de rires étouffés. Tous les regards convergèrent à nouveau vers Alexandre.
Un jeune homme, un blogueur mode qu'Alexandre connaissait vaguement, s'approcha de lui avec un air suffisant.
« Alors, ça ne te fait rien ? Ta meuf est partie s'envoyer en l'air avec Marc Lambert et toi, tu dessines des robes ? T'as pas de couilles ou quoi ? »
Alexandre leva lentement la tête de son carnet. Son regard était froid, dénué de toute émotion.
« Mon travail est plus intéressant que ce qui se passe dans cette chambre. Et certainement plus intéressant que ta vie, si tu as besoin de te préoccuper de la mienne pour te sentir exister. »
Le blogueur rougit, attrapé au dépourvu par la violence tranquille de la répartie. Il bafouilla quelque chose d'inintelligible et s'éloigna, penaud. Un petit silence se fit autour d'Alexandre. Il venait de montrer les dents. C'était nouveau.
Quelques minutes plus tard, Marc ressortit de la chambre, l'air triomphant, réajustant son T-shirt. Il s'approcha d'Alexandre, se penchant vers lui comme pour lui confier un secret.
« Elle est incroyable au lit, ta meuf. Tu devrais prendre des notes. »
Alexandre ne cilla pas. Il releva les yeux de son dessin, un sourire presque bienveillant sur les lèvres.
« Je suis content pour vous. Vraiment. Si ça peut la rendre heureuse, je suis ravi. C'est tout ce qui compte, non ? Le bonheur de Sophie. »
Le visage de Marc se décomposa. Il s'attendait à de la rage, des larmes, un poing dans la figure. Pas à cette approbation polie et détachée. C'était comme frapper dans du vide. Toute sa provocation tombait à plat, le faisant paraître ridicule. Il resta un instant sans voix, avant de tourner les talons, visiblement frustré.
Alexandre reporta son attention sur son carnet. Et il comprit quelque chose d'essentiel. La douleur était toujours là, quelque part au fond, mais pour la première fois, elle était moins importante que la satisfaction qu'il tirait de son crayon sur le papier. Il redécouvrait sa propre valeur, une valeur qui n'avait rien à voir avec Sophie, rien à voir avec leur relation.
Sophie sortit à son tour de la chambre. En voyant Alexandre, calme et concentré sur son dessin, une vague de colère la submergea. L'indifférence de son petit ami était une insulte bien plus grande que n'importe quelle crise de jalousie. Elle marcha vers lui, le visage fermé.
« C'est ça, ton grand numéro ? Tu fais semblant que tout va bien ? Tu te fiches de moi, c'est ça ? »
Sa voix était forte, attirant de nouveau l'attention. Elle voulait une scène. Elle avait besoin qu'il réagisse, qu'il souffre visiblement, pour valider son pouvoir sur lui. Mais l'homme qui lui faisait face n'était plus le même que celui d'il y a une heure.
---
Vous aimerez aussi





