
Le Compagnon de Seconde Chance
Chapitre 2
La nuit tombait sur Manhattan, teintant les rues de nuances profondes de bleu et de noir. Les lumières des enseignes clignotaient comme des étoiles artificielles, et le bourdonnement incessant de la ville était presque apaisant. Natalie marchait d'un pas rapide, ses talons résonnant sur le trottoir humide. Elle revenait d'une longue journée au bureau, fatiguée mais impatiente de retrouver la tranquillité de son appartement. Pourtant, une sensation étrange lui collait à la peau.
Elle avait cette impression persistante d'être observée. Ce n'était pas la première fois ces derniers jours, mais ce soir, c'était plus intense, presque palpable. Elle jeta un coup d'œil rapide par-dessus son épaule. Rien, seulement une rue bondée, des passants absorbés par leur propre vie.
« Tu te fais des idées, » murmura-t-elle pour se rassurer.
Pourtant, son instinct lui hurlait que quelque chose n'allait pas. Alors qu'elle traversait un carrefour, elle perçut un mouvement derrière elle. Un homme, vêtu d'un long manteau sombre, semblait marcher dans la même direction. Il gardait une distance respectable, mais quelque chose dans sa démarche éveillait en elle une alerte silencieuse.
Natalie accéléra le pas, se fondant dans la foule. Mais l'homme faisait de même. Elle sentit son cœur s'emballer, et ses doigts se crispèrent sur la bandoulière de son sac. Elle tourna brusquement à droite dans une rue moins fréquentée, espérant le semer.
Le silence de la ruelle était oppressant, seulement troublé par le bruit de ses talons. Elle se retourna une fois encore, mais cette fois, il était là, à une vingtaine de mètres d'elle.
« Qui êtes-vous ? » cria-t-elle, sa voix tremblante.
L'homme ne répondit pas. Il continua de marcher lentement vers elle. Elle recula instinctivement, mais son dos heurta le mur froid d'un immeuble. Elle fouilla frénétiquement dans son sac, cherchant son téléphone ou un quelconque objet pour se défendre.
« Restez où vous êtes ! » hurla-t-elle, espérant alerter quelqu'un.
Avant que la situation ne dégénère, une voiture passa à toute vitesse dans la rue principale, ses phares éclairant brièvement la ruelle. Natalie en profita pour s'élancer, courant sans se retourner jusqu'à ce qu'elle atteigne la porte sécurisée de son immeuble.
Une fois à l'intérieur, elle s'effondra contre le mur, tentant de calmer sa respiration haletante. Qui était cet homme ? Et pourquoi la suivait-il ?
Son téléphone vibra soudain dans sa poche, la faisant sursauter. Elle décrocha sans vérifier l'identifiant de l'appelant.
« Natalie ? »
La voix était familière, mais inattendue.
« Maman ? » souffla-t-elle, encore sous le choc.
« Écoute-moi bien, » dit Elizabeth Carter d'un ton pressant. « Tu es en danger. »
Natalie fronça les sourcils. Le mot « danger » fit remonter une vague de souvenirs désagréables.
« De quoi tu parles ? » demanda-t-elle, méfiante.
« Ce n'est pas le moment d'entrer dans les détails, mais cela concerne des choses que ton père et moi avons essayé de te protéger toutes ces années. Il se passe quelque chose, et tu dois être prudente. »
Natalie sentit une colère monter en elle. Sa mère n'avait pas cherché à la contacter depuis des années, depuis qu'elle avait quitté leur cercle familial après ce fiasco avec Alexander Drake.
« Et pourquoi maintenant, maman ? Pourquoi après tout ce temps ? »
« Parce que je n'ai pas le choix, Natalie. Les gens autour de toi disparaissent, et ce n'est pas une coïncidence. Clara... »
Natalie serra le téléphone plus fort.
« Qu'est-ce que tu sais sur Clara ? » demanda-t-elle.
Elizabeth hésita. « Juste... fais attention à qui tu fais confiance. Et si tu veux rester en sécurité, reviens à la maison. »
Avant que Natalie ne puisse répondre, la ligne coupa. Elle regarda son téléphone, incrédule, une boule d'émotions contradictoires formant un nœud dans son estomac.
Le lendemain, bien qu'elle n'ait pas fermé l'œil de la nuit, elle se força à aller travailler. La routine de la journée l'aida à repousser les pensées envahissantes. Ses collègues étaient tous excités à propos de la soirée d'entreprise qui se tenait ce soir-là dans un hôtel luxueux du centre-ville. Natalie hésita à y aller, mais son patron insista, arguant qu'elle devait représenter leur équipe.
En fin de journée, elle enfila une robe noire élégante, mais sobre. Elle se maquilla légèrement, évitant tout ce qui pourrait attirer trop d'attention.
L'hôtel était somptueux, tout en marbre et en dorures. La salle de réception débordait de monde, les rires et les conversations se mélangeant au cliquetis des verres de champagne. Natalie tenta de se mêler à la foule, participant distraitement à quelques discussions avec ses collègues. Mais elle ne pouvait s'empêcher de jeter des regards nerveux autour d'elle, cherchant une menace invisible.
Alors qu'elle s'éclipsait sur le balcon pour prendre l'air, elle sentit une présence derrière elle.
« Toujours aussi nerveuse, Natalie ? »
La voix, grave et douce à la fois, fit monter un frisson le long de sa colonne vertébrale. Elle se retourna lentement. Alexander Drake se tenait là, impeccablement vêtu, un verre de whisky à la main.
« Alexander, » murmura-t-elle, surprise et désorientée.
Il sourit légèrement, son regard perçant fixé sur elle.
« Cela fait longtemps, » dit-il, son ton presque moqueur.
Elle croisa les bras, essayant de masquer son malaise. « Qu'est-ce que tu fais ici ? »
« Je pourrais te poser la même question, » répliqua-t-il en s'approchant. « Mais pour être honnête, je savais que tu serais là. »
Natalie fronça les sourcils. « Tu me suis ? »
Il haussa les épaules avec nonchalance. « Appelle ça comme tu veux. Mais il fallait que je te parle. »
Elle recula légèrement, cherchant à maintenir une distance entre eux. « Je n'ai rien à te dire, Alexander. »
« Peut-être pas ce soir, » concéda-t-il, posant son verre sur la balustrade. « Mais tu voudras m'écouter. Crois-moi. »
Avant qu'elle ne puisse protester davantage, il sortit une carte de visite de la poche intérieure de son costume et la lui tendit.
« Demain, 15 heures. Cette adresse. »
Elle le fixa, hésitant à prendre la carte.
« Pourquoi je devrais te faire confiance ? » demanda-t-elle.
Son sourire s'effaça, laissant place à une expression plus grave. « Parce que ce qui arrive pourrait te coûter bien plus que tu ne l'imagines. »
Sur ces mots, il se détourna et disparut dans la foule, la laissant seule sur le balcon avec une myriade de questions et un nœud d'angoisse grandissant dans sa poitrine.
Cette nuit-là, alors qu'elle rentrait chez elle, la carte serrée dans sa main, Natalie savait qu'elle ne pourrait pas continuer à fuir son passé.
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