
Le Compagnon de Seconde Chance
Chapitre 3
La pluie tombait drue sur Manhattan ce matin-là, un rideau gris qui semblait vouloir effacer toute trace de ce qui s'était passé la veille. Natalie se tenait devant la fenêtre de son appartement, les bras croisés, fixant la rue en contrebas sans réellement la voir. Ses pensées tourbillonnaient, aussi sombres que les nuages qui noyaient la ville.
Elle avait passé la nuit à réfléchir à l'offre d'Alexander, se battant avec ses propres démons. Refuser ou accepter ? Pourquoi maintenant ? Après tant d'années de silence, de douleur, d'efforts pour effacer son passé, Alexander réapparaissait avec des mots énigmatiques, des promesses non dites, des menaces à peine voilées. Elle ne pouvait pas le laisser entrer à nouveau dans sa vie. Pas après tout ce qui s'était passé entre eux.
La sonnerie de son téléphone brisa le silence. Elle jeta un coup d'œil à l'écran, une sensation d'inquiétude traversant son esprit. C'était un numéro inconnu. Elle hésita un instant avant de décrocher.
« Natalie, » dit la voix au bout du fil. « C'est Alexander. »
Elle sentit une boule se former dans sa gorge, mais elle répondit avec calme, peut-être plus qu'elle ne l'aurait cru possible.
« Je ne veux pas de ce rendez-vous, Alexander, » dit-elle, son ton plus froid qu'elle ne l'aurait souhaité. « Tu sais très bien ce que tu fais. »
Il rit, mais ce n'était pas un rire léger, c'était un rire sombre, presque amusé.
« Tu sais très bien que ce n'est pas si simple. Je ne te demande pas de revenir en arrière, Natalie, je te demande juste d'écouter. Nous avons un passé commun, un passé qui pourrait bien te coûter ta liberté si tu n'y prêtes pas attention. »
Elle serra les dents, la tentation de raccrocher presque irrépressible. Mais il avait raison. Ils avaient un passé, un passé qui la hantait chaque nuit depuis sa fuite. Ce n'était pas aussi simple que de le couper, de l'oublier.
« Je ne suis pas celle que j'étais, » murmura-t-elle enfin.
« Et pourtant, tu es toujours la même, » répondit-il, sa voix plus douce, presque trop calme. « Rappelle-toi ce que tu as voulu, ce que nous avons voulu ensemble. Et maintenant, rappelle-toi pourquoi nous devons en parler. »
Elle sentit son cœur accélérer. Ce qu'ils avaient voulu ensemble ? Les rêves qu'ils avaient partagés, avant que tout ne s'effondre sous le poids des secrets, des trahisons. Elle se mordit la lèvre inférieure, le souvenir de ses rêves brisés, de sa fuite, tout revenant en un torrent d'émotions contradictoires.
« Je vais réfléchir, » dit-elle enfin, ne sachant pas si elle mentait à lui ou à elle-même.
Elle raccrocha avant qu'il puisse répondre, son esprit déjà envahi par les pensées sombres. Peut-être qu'elle pouvait encore fuir. Peut-être qu'elle pourrait simplement ignorer ce qu'il lui disait, tout cela ne la concernait plus. Mais au fond d'elle, elle savait que ce n'était pas aussi simple.
L'après-midi passa lentement, entre appels sans réponse, mails sans intérêt, et une énième tasse de café qui ne parvenait pas à calmer ses nerfs. Quand elle se rendit enfin chez Clara, pour faire un peu de rangement dans son appartement abandonné, l'air dans la pièce était lourd, comme si le lieu elle-même portait le poids d'un secret qu'elle n'était pas prête à entendre.
Clara n'était pas une amie proche, mais une connaissance de longue date. Elles s'étaient croisées souvent dans ce quartier calme, deux âmes solitaires cherchant à éviter le tumulte de la ville. Mais Clara avait disparu, et Natalie n'avait toujours pas la moindre idée de pourquoi.
En entrant dans l'appartement, un frisson la parcourut. L'appartement était étrangement en ordre, comme si Clara n'était jamais partie. Les meubles étaient légèrement déplacés, mais rien ne semblait réellement détonner. Cependant, quelque chose n'allait pas. Il y avait des papiers éparpillés sur la table, des documents soigneusement pliés mais qui semblaient avoir été laissés là à la hâte. Un frisson parcourut l'échine de Natalie. Elle s'approcha, écartant les papiers pour découvrir des contrats, des lettres, des documents de société. Et au milieu de tout cela, une lettre manuscrite.
Les mots étaient clairs, directs, presque menaçants : « Si tu n'agis pas maintenant, tout est fini. Le temps est compté. »
Elle se sentit envahie par une sensation de malaise, ses mains tremblant légèrement. Qui avait écrit cela ? Et à qui cela s'adressait-il ? Clara était-elle en danger à cause de quelque chose qu'elle ignorait ?
Soudain, un bruit sourd derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna brusquement, s'attendant à voir une silhouette surgir de l'ombre. Mais il n'y avait personne. Seulement l'écho de ses propres battements de cœur, résonnant dans ses oreilles.
Elle quitta précipitamment l'appartement, son esprit en effervescence. Les pièces du puzzle se mettaient en place lentement, mais de manière inquiétante. Clara, les documents, cette lettre. Un danger imminent. Un danger dont elle ne savait pas encore l'ampleur, mais qui semblait profondément lié à sa propre famille.
Ce soir-là, la nouvelle tomba. Un meurtre avait été commis. Mais ce n'était pas n'importe quel meurtre. Il s'agissait d'un ancien associé de Charles Carter, le père de Natalie. Un homme dont le nom avait été associé à des transactions douteuses dans le passé. Natalie se sentit soudain prise au piège dans une toile d'araignée qu'elle n'avait pas tissée, mais qui la prisonnière dans ses fils invisibles. Pourquoi cet homme ? Et pourquoi maintenant ?
Le lendemain matin, un homme se présenta à son appartement. Il portait un costume sombre, son regard perçant et professionnel. Il se tenait là, immobile, attendant qu'elle le reconnaisse.
« Alexander m'a envoyé. Je suis là pour vous protéger, » dit-il d'une voix calme mais autoritaire.
Natalie se figea, prise au dépourvu.
« Vous êtes ? »
« Daniel. Je serai votre garde du corps pendant un certain temps. »
Elle ne dit rien, mais l'inquiétude monta en elle. Elle n'avait pas demandé de protection. Et pourtant, avec les événements qui se succédaient, elle comprenait que la situation avait échappé à tout contrôle. Alexander avait encore une emprise sur elle, même à distance.
« Vous pouvez entrer, » dit-elle finalement, d'un ton plus sec qu'elle ne l'avait prévu.
Daniel s'installa dans le salon, observant chaque détail de la pièce comme s'il attendait un signal invisible. Natalie se demanda s'il avait déjà été dans des situations aussi tendues que celle-ci. Tout autour d'elle semblait se désintégrer lentement, et chaque nouvel élément ne faisait qu'ajouter au chaos.
Les pièces du puzzle se resserraient autour d'elle, et elle ne pouvait plus fuir.
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