
Le Collier de Saphirs Volé
Chapitre 2
Alise POV:
La porte de notre appartement s' est refermée derrière moi avec un claquement sec, un son qui a résonné dans le vide de mon âme. J'ai laissé tomber mon sac, mes genoux ont cédé. Je me suis écroulée sur le sol froid, les mains sur mon visage, retenant un cri. Les larmes ont finalement trouvé leur chemin, brûlantes et amères, inondant mes joues. Mon corps entier tremblait, secoué par des hoquets incontrôlables.
La Chapelle de Grâce. Il y a un an, Thibault m'avait emmenée là-bas. Le soleil couchant peignait les murs de pierre d'une teinte dorée. Il avait mis un genou à terre, l'anneau discret brillant dans sa main. "Alise, ma survivante, mon amour. Épouse-moi dans ce lieu qui nous a vus renaître. Que notre mariage soit le symbole de notre force, de notre amour indéfectible." Ses mots avaient été un baume sur mes blessures, une promesse de renouveau.
J'avais risqué ma vie pour lui, trois ans plus tôt. C'était un soir d'été, un incendie dans la galerie où nous avions exposé nos projets d'architecture. Je l'avais vu piégé. Sans réfléchir, j'avais foncé dans les flammes, le traînant hors de l'enfer. Mes bras, mon cou, avaient payé le prix. Mes cicatrices, des rappels constants de ce jour. Dans les semaines qui avaient suivi, à l'hôpital, il avait été mon ombre. Ses mains n'avaient jamais reculé devant mes pansements, ses yeux n'avaient jamais cillé devant mes brûlures. "Tu es ma lumière, Alise. Je te serai éternellement reconnaissant. Je t'aimerai toujours."
Ces souvenirs, autrefois réconfortants, étaient maintenant des épines, me lacérant de l'intérieur. Ses promesses étaient creuses, ses mots, des mensonges.
Le téléphone a vibré dans ma poche. Je l'ai décroché, les doigts engourdis par le froid et le chagrin. C'était Thibault.
"Alise ? Je ne rentrerai pas ce soir. Tiffany a eu une crise d'angoisse. Il faut que je reste avec elle." Sa voix était hâtive, un mélange d'ennui et d'obligation. "Ne m'attends pas. À demain." Il a raccroché avant que je puisse articuler un mot.
Mon souffle s'est coupé. Une crise d'angoisse. Tiffany. Toujours Tiffany.
Je suis restée là, recroquevillée sur moi-même, le téléphone toujours à l'oreille, écoutant le silence. Les larmes avaient séché, laissant un goût salé et amer sur mes lèvres. Une carapace commençait à se former autour de mon cœur, dure et infranchissable.
Le lendemain matin, un appel de ma meilleure amie, Clara, m'a tirée de ma torpeur. "Alise ! Tu as vu ça ? C'est... c'est scandaleux !"
J'ai allumé mon téléphone, mon esprit embrumé. Clara m'a envoyé une capture d'écran. C'était une photo de Thibault et Tiffany, souriants, attablés dans un restaurant branché de Paris. Tiffany tenait un verre de champagne, sa robe scintillante, et à son cou... à son cou brillait le collier de saphirs. Mon collier.
La légende sous la photo disait : "Nuit magique avec mon protecteur préféré ! Thibault est le meilleur ! #GalaDeCharité #SoiréeParisienne #MerciThibault"
Les commentaires défilaient. "Oh mon dieu, le collier ! C'est la parure Bossard, non ? Incroyable !"
"Tiffany et Thibault forment un si beau couple ! La mariée sera jalouse !"
"Attendez, Thibault ne doit pas se marier la semaine prochaine ? C'est qui cette femme ?"
Puis, une réponse de Thibault lui-même, sous son compte vérifié : "Une femme qui ne comprend pas la valeur du sacrifice et de la loyauté ne mérite pas mon nom. La jalousie est la preuve de l'immaturité."
J'ai senti mon estomac se tordre. Le vomi m'est monté à la gorge. Il avait posté ça. Il avait osé. Et il m'avait bloquée pour que je ne le voie pas. Mais Clara, elle, l'avait vu.
"Alise, c'est un monstre !" la voix de Clara était pleine de rage. "Il faut que tu le quittes. Immédiatement. Tu n'es pas sa chose, tu n'es pas un trophée à exhiber quand ça l'arrange !"
Mon corps était froid, étrangement vide. "Je sais, Clara," ai-je murmuré. Ma voix était un filet presque inaudible. "Je sais."
Je n'avais pas besoin de plus de mots, pas plus de larmes. La décision était prise, gravée dans ma chair comme une nouvelle cicatrice.
Ce matin-là, j'avais un rendez-vous à l'hôpital. Un contrôle de routine pour mes cicatrices, une petite intervention pour examiner une zone qui me préoccupait. J'y suis allée seule, comme toujours. L'infirmière, une femme douce aux yeux bienveillants, a froncé les sourcils. "Votre fiancé n'est pas venu avec vous, mademoiselle Colas ?"
J'ai forcé un sourire. "Non, il est très occupé."
Puis, alors que je marchais dans le couloir après mon examen, la scène s'est déroulée devant moi, comme un mauvais film. Thibault. Il était là, son bras enroulé autour de Tiffany. Elle était pâle, ses yeux rouges. "Mon cœur, ça va aller. Ce n'était qu'un petit malaise. Je suis là." Ses mots étaient si doux, si emplis d'une attention que je n'avais pas vue depuis... depuis toujours. Il l'a embrassée sur le front. "Je vais annuler toutes mes réunions. Je reste avec toi, toute la journée."
J'ai ri, un rire sec et sans joie. L'ironie était si crue, si brutale. Il ne pouvait pas venir avec moi pour une simple consultation, mais il annulait tout pour une Tiffany en pleine crise d'angoisse médiatique.
J'ai évité leur regard, traversant le couloir comme une ombre, transparente. Arrivée à la maison, l'appartement était vide. Vide de sa présence, vide de son amour.
Trois jours plus tard, Thibault est rentré. Il a agi comme si de rien n'était, son visage impassible, ses manières hâtives. "Je suis débordé, Alise. Le mariage, le bureau..."
L'odeur de parfum de femme flottait autour de lui, un sillage doux et sucré que je connaissais trop bien.
J'ai posé le petit rapport médical sur la table. "Je suis allée à l'hôpital l'autre jour. Pour mes contrôles."
Il s'est figé. Son regard a balayé le rapport, puis mon visage. "Ah, oui. Comment ça s'est passé ? Tout va bien ?" Son ton était absent, forcé.
"J'y ai croisé Tiffany," ai-je continué, ma voix calme, presque détachée. "Elle était avec toi. Elle semblait avoir eu un petit malaise. Tu as l'air de t'être bien occupé d'elle."
Son visage s'est tordu de rage. "Tu me suis maintenant ? Tu me fliques ?"
"Non, Thibault. Je n'ai pas besoin de te suivre. J'étais là pour... mes propres raisons." J'ai marqué une pause. "Pour une petite intervention. Rien de grave."
Sa rage s'est estompée, remplacée par une expression de confusion. "Une intervention ? Quoi ? Quand ?" Il semblait sincèrement ne pas se souvenir.
"Il y a trois jours," ai-je répondu. "Le jour où tu es resté avec Tiffany pour sa crise d'angoisse."
Il a plissé les yeux, un éclair de colère rejaillissant. "Tu me fais des reproches maintenant ? Tu es si... vindicative, Alise. Et fragile. Tu ne peux pas te débrouiller seule ?"
Mon rire, cette fois, était encore plus amer. "Tu as raison, Thibault. Je suis sans défense." Le sarcasme n'a pas atteint ses oreilles.
Le téléphone a sonné à nouveau. C'était Tiffany. Sa voix perçait le combiné, des sanglots étouffés. "Thibault ! J'ai... j'ai encore des vertiges ! Je ne peux pas faire ça toute seule !"
Sans un mot, Thibault a attrapé ses clés. Il s'est tourné vers moi, le regard froid. "Ne fais pas de scène, Alise. Ne sois pas jalouse. Elle a besoin de moi."
J'ai regardé la porte se refermer derrière lui. Les larmes ne sont pas venues. Mon cœur était devenu un désert.
J'ai marché jusqu'à notre calendrier et j'ai barré d'un trait rageur la date de notre mariage. Puis, je me suis approchée du miroir, j'ai levé ma main et j'ai touché mes cicatrices. Mes "particularités".
Je n'étais plus la femme qui attendait, qui tolérait, qui espérait. J'étais la femme qui avait pris une décision. Le compte à rebours avait commencé. Non pas pour notre mariage, mais pour ma liberté.
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