
Le Collier de Saphirs Volé
Chapitre 3
Alise POV:
Le silence dans la voiture était plus pesant que n'importe quelle dispute. Thibault conduisait, les mains crispées sur le volant, son profil tendu. Moi, je regardais défiler le paysage parisien, un voile d'indifférence sur le visage. Nous nous rendions chez la styliste, pour ce qui était censé être mon dernier essayage de robe de mariée.
"Le Crillon est magnifique, tu sais," a brisé Thibault, sa voix trahissant une nervosité inhabituelle. Il a jeté un coup d'œil vers moi, cherchant une réaction, un signe. "C'est un lieu d'une élégance rare, chargé d'histoire. Un mariage là-bas, c'est... c'est une bénédiction."
Une bénédiction. J'ai réprimé un sourire amer. La bénédiction de qui ? De Tiffany ?
"Mhm," ai-je murmuré, sans le regarder. Ma voix était neutre, dénuée de toute émotion.
Il a froncé les sourcils, piqué par mon manque d'enthousiasme. "Tu ne trouves pas ? C'est tout de même une occasion unique. Un des plus beaux palaces de Paris."
J'ai tourné la tête vers lui, mes yeux vides de reproche, mais remplis d'une tristesse profonde. "La Chapelle de Grâce, à Honfleur, était unique aussi, Thibault. Elle était chargée de notre histoire. De notre histoire."
Il a serré la mâchoire. "Alise, s'il te plaît. On en a déjà parlé. Ce n'était pas pratique pour les invités. Et Tiffany, avec ses angoisses..."
Ses excuses sonnaient creux, un refrain usé. Ses angoisses. Toujours Tiffany.
"Y a-t-il autre chose que tu voudrais me dire, Thibault ?" ai-je demandé, ma voix douce, presque implorante. Une dernière chance. Une toute petite fissure pour la vérité.
Il a hésité, son regard fuyant. Puis il a secoué la tête. "Non, Alise. Rien du tout. Je... je te fais confiance. Je sais que tu feras le bon choix."
Le bon choix. Mes poings se sont serrés. Il ne dirait rien. Il ne s'excuserait pas. Il ne reconnaîtrait jamais sa trahison. À cet instant, la dernière étincelle d'espoir en moi s'est éteinte. Mon cœur était en ruines, mais mon esprit était clair.
Nous sommes arrivés à l'atelier de haute couture. L'air était empli de l'odeur du tissu précieux et des promesses brisées. La styliste, une femme élégante aux gestes précis, nous a accueillis avec un sourire professionnel.
"Alors, Mademoiselle Colas, j'ai préparé quelques options somptueuses, parfaites pour la grandeur du Crillon !" Elle a déployé des robes en soie, en dentelle, brodées de perles.
Thibault s'est penché vers moi, un sourire forcé. "Celle-ci serait magnifique, Alise. Elle mettrait en valeur ta silhouette, même avec... la discrétion que tu préfères."
Je n'ai pas eu le temps de répondre. La porte de l'atelier s'est ouverte et Tiffany Mandeville a fait une entrée spectaculaire, vêtue d'une robe de soirée vert émeraude, scintillante de mille feux.
"Oh, Thibault ! Quelle coïncidence !" Sa voix était un peu trop forte, ses yeus, un peu trop brillants. Son regard s'est posé sur moi, teinté d'une fausse surprise. "Alise ! Tu es là aussi ? Je ne m'y attendais pas !"
Puis, sa main s'est portée à son cou, où brillait le collier de saphirs. Mon collier. Mon sang s'est glacé.
"Thibault m'a offert ce rêve éveillé ! Le designer l'a incorporé directement à ma robe. N'est-ce pas merveilleux ? C'est tellement original, et ça met vraiment en valeur... le saphir." Elle s'est approchée, tournant légèrement sur elle-même, comme pour mieux exposer le bijou, ma bague de fiançailles, sur sa robe.
Thibault a toussé, mal à l'aise. Il a jeté un regard furtif vers moi, puis a tenté de changer de sujet. "Tiffany, ma chère, tu es splendide. Mais... Alise est là pour sa robe de mariée."
Je n'ai rien dit. J'ai gardé mon visage impassible. Mes yeux ont scanné les robes, puis j'ai pointé du doigt la plus simple, la moins ornée, une robe en satin blanc pur, sans fioritures. "Celle-ci. Je la prends."
La styliste a cligné des yeux, surprise. "Mais... Mademoiselle, vous ne voulez pas l'essayer ? Nous avons des ajustements à faire..."
"Non, ça ira," ai-je coupé court, ma voix ferme. "Je dois partir. Veuillez juste la préparer."
"Oh, Alise ! Tu es fâchée ?" a feint Tiffany, ses yeux de biche emplis d'une fausse contrition. "Je peux m'en aller, si cela te dérange tant..."
"Non, Tiffany, ne t'en va pas," a dit Thibault, sa voix empreinte d'une irritation à peine masquée. Il a posé une main sur le bras de Tiffany, son regard me fusillant. "Alise est juste... un peu sensible. Tu sais, elle est si fragile." Il m'a traitée de la même façon que les hommes qui l'entouraient, comme une enfant capricieuse.
Il a serré Tiffany contre lui, comme pour la protéger de ma supposée fureur. "Elle est un peu têtue, parfois. Mais elle passera outre, comme toujours."
Tiffany a levé les yeux vers Thibault, un petit sourire triomphant aux lèvres. "C'est vrai qu'Alise a été... beaucoup éprouvée. Et puis, avec toutes ses cicatrices, elle peut être un peu... difficile."
Thibault a regardé Tiffany, puis moi. Un long soupir a échappé de ses lèvres. "Elle a raison, Alise. Tu es difficile. Tu as des cicatrices, oui. Mais c'était il y a longtemps. Tu ne peux pas juste..." Il a fait un geste vague avec sa main. "Passer à autre chose ? Tu as eu de la chance. C'est moi qui ai failli y passer. Tu as survécu. C'est toi qui l'as voulu, après tout." Ses mots, lâchés avec dégoût, étaient un coup de poignard.
J'ai fermé les yeux un instant. Mes "particularités". Mon "choix". J'avais plongé dans les flammes pour lui. J'avais enduré la douleur, la honte, les regards, les moqueries, pour lui. Et il me disait que c'était mon choix, que j'étais difficile.
La douleur à ma poitrine était si intense qu'elle m'a coupé le souffle. Une douleur plus profonde, plus insidieuse que n'importe quelle brûlure physique. Mes cicatrices, qui témoignaient de ma survie et de mon amour, étaient devenues, à ses yeux, la preuve de ma faiblesse, de ma maladresse. Et mon "héritage" était une parure pour la femme qu'il protégeait et chérissait.
J'ai rouvert les yeux. Un calme étrange m'a envahie. La rage avait cédé la place à une froide détermination. J'ai tendu ma carte de crédit à la styliste. "Prenez ma bague de fiançailles. Le diamant est petit, mais il doit bien y avoir un peu de valeur. Pour couvrir le reste." Mon cœur était glacé.
Thibault m'a regardée, stupéfait par mon calme. "Alise... qu'est-ce que tu fais ?"
J'ai souri, un sourire qui n'a pas atteint mes yeux. "Je te fais confiance, Thibault. Je fais le bon choix."
J'ai pris la robe emballée, sans un regard en arrière. J'ai laissé Thibault et Tiffany dans l'atelier, la voix de Tiffany s'élevant, "Elle est vraiment fâchée, n'est-ce pas ? Tu penses qu'elle..."
"Elle ne fera rien," la voix de Thibault était emplie d'une certitude arrogante. "Alise est trop attachée à moi. Elle est comme ça, elle boude. Elle reviendra."
Je n'ai pas ralenti le pas. Je me suis dirigée vers ma voiture, mes pas résonnant dans le silence de ma propre décision. Je ne reviendrais pas. Jamais. Ma dignité, ma valeur, n'étaient pas à vendre, ni à piétiner. Et Thibault, il avait fait son choix. Il avait choisi Tiffany, les paillettes, le paraître. Et il avait choisi d'enterrer mon amour sous les cendres de sa propre arrogance.
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