
Le Cadre du Mari, la Justice Féroce de l'Épouse
Chapitre 2
Alexandre n'avait pas changé. Son costume était impeccablement taillé, ses cheveux sombres parfaitement coiffés. Il se déplaçait avec la même confiance facile qui charmait les jurys et désarmait les adversaires. Il était le soleil, et tous les autres n'étaient que des planètes piégées dans son orbite.
J'ai senti un fantôme de tressaillement alors qu'il s'approchait de la voiture, mon corps se souvenant d'un temps où sa présence signifiait la sécurité. Maintenant, elle ne me semblait plus qu'une menace.
Il a ouvert ma portière, sa main se posant sur mon bras. Le contact se voulait rassurant, possessif. « Léna. Tu es à la maison. »
Avant que je puisse répondre, une autre voix a percé l'air, douce et écœurante. « Léna ! Oh, ma chérie, tu es enfin là ! »
Catherine.
La main d'Alexandre a immédiatement quitté mon bras comme si elle était brûlante. Il s'est tourné vers elle, un réflexe que je ne connaissais que trop bien.
Je n'ai rien dit. Je l'ai juste regardée. Elle était une vision dans une robe blanche, ses cheveux blonds captant la lumière de l'après-midi. Elle s'est précipitée en avant, les mains jointes dans une performance d'émotion débordante.
« Je suis tellement, tellement désolée pour tout », a-t-elle soufflé, ses yeux brillant de larmes non versées. « Tu n'as aucune idée à quel point j'ai prié pour ce jour. »
« Elle est sincère, Léna », a dit Alexandre, s'interposant entre nous. Son ton était ferme, un ordre subtil. « Catherine a été un roc. C'est elle qui a tout organisé, pour toi. »
Il me disait d'être reconnaissante. Il me disait que je lui devais quelque chose. L'injustice de la situation était une pression physique dans ma poitrine.
J'ai ouvert la bouche pour parler, pour dire quelque chose, n'importe quoi, mais Alexandre m'a pris le coude. « Viens, tout le monde attend. »
Il m'a guidée sur la terrasse, sa poigne inflexible. Le faible murmure de la conversation s'est arrêté. Tous les yeux se sont tournés vers moi. Je pouvais entendre leurs chuchotements, nets et cruels.
« C'est elle ? Elle a l'air... amochée. »
« Elle a tué son propre père. Vous imaginez ? »
« Qu'est-ce qu'Alexandre lui trouve ? Elle n'est rien comparée à Catherine. »
« J'ai entendu dire qu'elle venait d'une famille de prolos. Maltraitée ou quelque chose comme ça. »
« Alexandre et Catherine étaient ensemble à la fac de droit, vous savez. Ils ont toujours été faits l'un pour l'autre. »
J'ai vu la mâchoire d'Alexandre se contracter. Le sourire sur son visage est devenu forcé. Il m'a tirée plus près, son bras s'enroulant autour de mes épaules dans un geste protecteur qui arrivait des années trop tard.
« Ne les écoute pas », a-t-il murmuré à mon oreille, son souffle chaud contre ma peau.
Mais son étreinte n'offrait aucun réconfort. Mon corps était un bloc de glace. Je ne me suis pas appuyée contre lui. Je n'ai pas tremblé. Je suis juste restée là.
Doucement, délibérément, j'ai repoussé son bras.
Il m'a regardée, les yeux écarquillés de surprise. Une lueur de quelque chose – de la confusion, peut-être même de la peine – a traversé son visage avant qu'il ne la masque.
Je me suis souvenue des mille fois où il m'avait tenue comme ça. Après un cauchemar. Après une journée stressante. Il avait été mon bouclier. L'homme qui me protégeait du monde.
Mais tout n'était qu'un mensonge. La seule personne dont j'avais eu besoin de protection, c'était lui.
Je n'avais plus besoin de sa protection.
La frustration d'Alexandre était une chose palpable. Il ne pouvait pas contrôler ma réaction, et ça le dérangeait. Il a tourné son regard furieux vers les invités qui jacassaient.
Il s'est avancé au centre de la terrasse, sa voix tonnant avec autorité. « Silence ! »
Les chuchotements se sont tus instantanément.
« Je veux que quelque chose soit parfaitement clair », a-t-il dit, ses yeux balayant la foule. « Voici ma femme, Hélène Chevalier. Elle a traversé une épreuve qu'aucun d'entre vous ne pourrait imaginer. »
Sa défense était autant une performance que les larmes de Catherine.
« Quoi que vous pensiez savoir, vous avez tort. C'est la personne la plus forte que je connaisse, et elle est à la maison. Avec moi. Si quelqu'un a un problème avec ça, il peut venir me voir directement. »
Un silence tendu s'est abattu sur la terrasse. Les gens se sont agités, mal à l'aise, évitant son regard.
Du coin de l'œil, j'ai vu Catherine le regarder, un éclair de pure jalousie dans ses yeux avant qu'il ne soit remplacé par son regard habituel de vulnérabilité fragile. Elle a pris une flûte de champagne, sa main tremblant très légèrement.
Elle a pris une gorgée théâtrale.
Puis elle a levé son verre vers moi, sa voix résonnant d'une fausse sincérité. « À Hélène. Bon retour à la maison. »
Elle s'est avancée, ses yeux se fixant dans les miens. « S'il te plaît. Pourras-tu un jour me pardonner ? »
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