Couverture du roman Îles d'idylles

Îles d'idylles

8.0 / 10.0
Augustin et Augusta partagent bien plus qu'une racine de prénom. Lorsqu'elle s'éteint par un beau jour de décembre, il entreprend de célébrer son souvenir. Il retrace alors le destin d'une femme indépendante et d'une aïeule dévouée. À travers un siècle d'histoire et d'humanisme, le récit explore l'héritage d'une vie jalonnée de voyages maritimes et de rencontres marquantes. Entre larmes et espérance, cette quête rend hommage à un parcours fertile et riche de liberté.

Îles d'idylles Chapitre 1

À ma grand-mère Augusta,

qui m’a transmis le vrai goût de la liberté !

À ma fille Madeline,

qui a repris le flambeau !

À ma femme Pascale,

qui a su tout comprendre…

À mes parents Liliane et Yvon,

traits d’union sensibles.

And from that moment,

I dreamed I could fly,

And from that mountain I reached for the sky

Through tears and good times, I found my way

Those years are calling me again

Then I hear footsteps echoing along the winding road,

I can hear voices singing all the songs I have known,

And I see faces,

All the ones I've loved along the way,

People and places,

They're here again, they're here again.

Chris de Burgh, Footsteps, 2008

Le déchirement…

Je refuse la chimio de l’oubli.

Mieux vaut mourir de ce qu’on aime, en connaissance de cause, que de survivre pour rien.

Didier van Cauwelaert, La maison des lumières, 2009

I

Légère comme une méridienne

Le tourne-disque distillait pour la énième fois les notes magiques du « Prélude à l’Après-midi d’un faune ». Augusta fermait les yeux et s’en délectait, confortablement assise dans son fauteuil de velours grège aux motifs floraux. Sur ce fond blanc crème, les tons pastel lui composaient un jardin d’hiver des plus chaleureux, elle qui aimait tant passer ses journées au grand air, dans le verger clos par une haie de sa propriété des Hauts de Namur. Sur ses genoux, ses fines mains de centenaire, aux veines saillantes, bleuies par le temps qui passe et gagnées peu à peu par l’arthrose, semblaient retrouver une prime jeunesse. Sans avoir besoin de sa version papier, elle accompagnait la partition comme si Claude Debussy la dirigeait au moment même de la création de son grand œuvre… Ses doigts, véloces, parcouraient l’espace comme s’ils ensemençaient les touches d’ivoire et d’ébène du plus beau piano de concert.

Le décor sonore venait de camper les arbres de la forêt, mystérieuse, envoûtante. La flûte traversière faisait vibrer les feuilles et les herbes hautes qui dansaient au vent coulis. Soudain, l’orchestre tout entier annonça l’arrivée du faune, comme une révélation. Le visage d’Augusta s’en éclaira davantage tandis que son œil droit versa une larme d’aise, l’émotion étant maintenant parvenue à son comble.

Que le temps avait passé depuis l’enfance à Laeken, l’école de musique de Bruxelles, la grande rue au Bois, le tram 33 et la douceur des terrasses de la place de Brouckère, l’éducation sentimentale volée à la surveillance parentale, les concerts de jazz improvisés, les rencontres au café de la Mort Subite, son mariage avec Victor, la naissance de leurs enfants, les premiers congés payés à la mer…

D’aucuns affirment qu’au moment de mourir, un être humain revoit en une seconde tous les grands moments de sa vie. C’est exactement ce qu’était en train de vivre Augusta. Elle n’était pas malade, seulement un peu lasse des années qui s’étaient écoulées si vite et qui l’éloignaient peu à peu de son autonomie, condition sine qua nonde sa liberté de vivre, mieux, de sa dignité profonde. Aujourd’hui, 8 décembre 2012, elle avait décidé de s’en aller comme elle avait vécu : discrètement, sur la pointe des pieds, sans faire de bruit. Sa cécité grandissante l’empêchant de lire et d’écrire l’entravait, sa mobilité de plus en plus réduite lui pesait. Et puis, cela faisait trente-cinq ans que son Victor avait été emporté, après deux ans de lutte acharnée, par un œdème pulmonaire. Il était temps de le rejoindre, dans cet au-delà qu’elle espérait. Augusta n’était pas croyante mais son agnosticisme se teintait d’espérance solaire. Elle savait au fond d’elle-même qu’elle retrouverait celui qu’elle avait toujours aimé et auquel elle était restée fidèle durant tout son veuvage, malgré les tentatives parfois lourdes des membres de la famille pour briser cette solitude dont elle s’accommodait !

Augusta s’endormit paisiblement pour toujours. Son nez se pinça doucement, ses mains se raidirent avec grâce, ses yeux se fermèrent, son cœur s’arrêta progressivement de battre mais son sourire resta gravé sur son visage. Décidément, jusqu’au moment choisi du trépas, elle avait vécu comme elle l’entendait : libre, entourée de l’amour des siens, farouchement autonome. Il était temps de tourner la page !

Continuer la lecture

Table des matières de Îles d'idylles

Ch. 1 Ch. 2 Ch. 3
Ch. 4
Ch. 5
Ch. 6
Ch. 7
Ch. 8
Ch. 9
Ch. 10
Ch. 11
all

Vous aimerez aussi

Romans Nouvellement Sortis

Couverture du roman À LA RECHERCHE DE MA COMPAGNE
8.4
À trente et un ans, l'Alpha Kane Locus Black a perdu tout espoir de trouver son âme sœur. Depuis ses dix-huit ans, cette quête était sa seule priorité, mais l'échec l'a transformé en un chef de meute glacial, redouté et solitaire. Son cœur s'est fermé au monde jusqu'à sa rencontre imprévue avec Sora. Cette jeune humaine, fragile et délicate, s'avère être la compagne tant attendue, bouleversant alors l'existence de ce loup puissant et autrefois sans pitié.
Couverture du roman Chant d'un cœur brisé
9.0
Rachel a longtemps cru que son dévouement finirait par toucher Brian. Pourtant, le retour du premier amour de ce dernier brise ses espoirs. Malgré l'humiliation à l'autel et ses graves soucis de santé, elle a tout sacrifié pour cet homme indifférent. Quand Brian découvre enfin qu'elle est condamnée par la maladie, son monde s'écroule. Il la supplie de rester, mais il est trop tard. Désormais détachée, Rachel accueille la fin avec sérénité, prête à être libre.
Couverture du roman Haine ou Amour, il n'y a qu'un pas
8.4
Brook Carson, une étudiante provinciale discrète, quitte sa campagne pour l'effervescence de l'université. Elle se plonge alors dans une enquête mystérieuse sur un crime vieux de vingt-cinq ans. Son destin croise celui de Jasper Wallace, un riche et arrogant sportif promis à une brillante carrière juridique. Cependant, un événement imprévu menace son avenir tracé. Entre chantage, meurtres et jeux d'argent, leur rencontre au cœur de la ville pourrait bien tout bouleverser.
Couverture du roman Le jour où mon amour a volé en éclats
8.0
Abandonnée sous la pluie à son retour de voyage, l'héroïne découvre la trahison d'Antoine. Alors qu'il prétexte une panne, son fiancé fête l'anniversaire de sa protégée, Candice. Ce mensonge, confirmé par une photo provocante, marque la fin de trois ans de manipulation et de violences émotionnelles. Brisée par cette cruauté constante, elle décide de ne plus subir. Elle contacte alors son employeur pour accepter une mission de cinq ans à Londres, tournant définitivement le dos à ce passé toxique.
Couverture du roman Le monde d'après
7.8
La Terre a fini par se soulever contre l'humanité après des siècles de pillage et de pollution. Ce réveil brutal a engendré des catastrophes naturelles majeures, anéantissant presque toute vie. Dans ce chaos sauvage dépourvu de lois, Pauline lutte quotidiennement pour sa survie. Son périple au cœur de ce monde dévasté est marqué par des confrontations périlleuses et des rencontres imprévisibles, où la nature humaine révèle ses aspects les plus sombres comme les plus nobles.
Couverture du roman Le saut de ma vie
8.1
Elena ne jure que par l'insouciance des soirées festives et l'ivresse des sorties entre amis. Pour elle, l'amour n'a aucune place dans un quotidien dédié au plaisir immédiat. Pourtant, un simple échange de regards avec un parfait inconnu bouleverse ses certitudes. Ce croisement inattendu réveille en elle une vitalité oubliée et la mène vers un bonheur inédit. Sera-t-elle capable de bousculer ses principes pour laisser ce sentiment transformer son univers ?
Chapitres
Lire
Partager