
L'Appel Qui Brise Tout
Chapitre 3
Le téléphone a sonné de nouveau. Le même numéro inconnu. Marc s'est jeté dessus comme sur une bouée de sauvetage.
« Allô ? Oui ! On cherche l'argent, je vous jure ! Donnez-nous un peu plus de temps, s'il vous plaît ! »
La voix métallique a répondu, sans aucune inflexion. « Pas de temps. Midi. C'est tout. »
Puis, on a entendu un bruit de fond. Un sanglot. La petite voix de Léo.
« Maman... Papa... J'ai peur... »
C'était à peine un murmure, brisé par les larmes, mais chaque syllabe a été comme un coup porté directement à ma poitrine. J'ai fermé les yeux une seconde. L'image de son visage terrifié sur la photo, le son de sa voix... C'était presque insupportable. Mais je devais tenir. Pour lui.
Marc s'est effondré. « Léo ! Léo, mon fils, ça va aller ! Papa va trouver l'argent, je te le promets ! Ne lui faites pas de mal ! Je vous en supplie ! »
Il pleurait maintenant, de grosses larmes coulant sur ses joues. Il était pathétique. Mais sa douleur ne m'atteignait plus. C'était du bruit de fond. Le seul son qui comptait était le sanglot de mon fils. Un son que Marc avait provoqué.
La voix à l'autre bout du fil a continué, imperturbable. « On dirait qu'il vous manque. Dommage s'il devait lui arriver quelque chose. Midi. »
J'ai tendu la main et j'ai pris le téléphone des mains tremblantes de Marc. Il m'a regardée, les yeux pleins d'un espoir confus. Peut-être pensait-il que j'allais supplier, négocier.
J'ai porté le téléphone à mon oreille. J'ai entendu la respiration de l'homme, le pleur étouffé de Léo en arrière-plan.
Puis, d'un geste sec, j'ai appuyé sur le bouton rouge.
J'ai raccroché.
Marc a mis une seconde à comprendre. Son visage est passé de l'espoir à l'incrédulité, puis à une horreur absolue.
« Qu'est-ce que tu as fait ? » a-t-il hurlé, la voix cassée. « MAIS QU'EST-CE QUE TU AS FAIT ? TU AS RACCROCHÉ ? ILS VONT LE TUER ! »
Il s'est avancé vers moi, menaçant, mais s'est arrêté net. Il a semblé réaliser la futilité de la violence. Il a changé de tactique. Il s'est laissé glisser à genoux devant moi.
« Amélie, je t'en supplie... Reviens à la raison. C'est notre enfant. Notre Léo. Oublie l'argent, oublie Claire, oublie tout... Pensons juste à lui. S'il te plaît. »
Il essayait d'attraper mes mains, mais je les ai retirées.
« C'est toi qui l'as oublié, Marc, » ai-je dit, ma voix tranchante comme du verre brisé. « Tu l'as oublié quand tu as vidé nos comptes. Tu l'as oublié quand tu as décidé qu'un autre enfant, un enfant né d'un mensonge, était plus important. C'est toi qui as raccroché le premier, bien avant moi. »
Il secouait la tête, sanglotant. « Non... Non... Ce n'est pas pareil... Je peux tout arranger ! J'appellerai mon père, il nous prêtera l'argent, on paiera la rançon et après... après on parlera. »
« Il n'y aura pas d'après, Marc. »
Il s'est relevé, le désespoir se lisant sur son visage. Il a attrapé son propre téléphone, les doigts glissant sur l'écran à cause de la sueur.
« Maman ? Papa ? C'est Marc... Il faut que vous veniez. Tout de suite. C'est... C'est à propos de Léo. »
Il a raccroché et m'a regardée avec un mélange de colère et de supplication. « Ils arrivent. Ils vont te faire entendre raison. »
Je n'ai pas répondu. Je suis allée dans la chambre de Léo. Son lit était défait. Sa peluche préférée, un lion nommé Simba, était tombée par terre. Je l'ai ramassée et je l'ai serrée contre moi. L'odeur de mon fils.
J'ai ouvert son armoire. J'ai sorti un petit sac à dos. J'ai commencé à y mettre quelques-uns de ses vêtements. Un pyjama, un pull, des chaussettes. Des choses simples, des choses pour un voyage.
Marc est apparu dans l'encadrement de la porte. « Qu'est-ce que tu fais ? »
« Je prépare ses affaires, » ai-je répondu sans le regarder.
« Mais... pourquoi ? »
« Parce que quand il reviendra, nous partirons. Loin de toi. »
Ma réponse était un verdict. Il n'y avait plus de place pour la discussion. La guerre avait commencé.
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