
L'amour vaut cinq euros
Chapitre 2
Cet oiseau-là posé sur la branche, juste à proximité d’une chambre. Un animal inoffensif qui réveille en sifflant et chantant sa joie de vivre. L’une des plus belles choses de la vie. Un échange entre l’animal et l’homme, un réveil aussi naturel qui puisse l’être.
Mes yeux bleus couleur ciel et océan, ce mélange des deux en même temps, tentaient de se refermer mais je résistais. 24 années de fatigue, 24 années pourtant de jeunesse. Je m’appelle Antoine et je me réservais aujourd’hui à une journée qui sortait de mes habitudes. En ce matin d’avril, il faisait doux, la saison printanière arrivait et se faisait ressentir. L’orée du matin laissait un air pur que j’inhalais fortement dans mes poumons. À peine réveillé avant la sonnerie de mon réveil, il fallait que je trouve motivation à me lever. J’étais dans mes pensées nostalgiques matinales mais j’appréciais mon quotidien et le calme de ma campagne.
Enfin je me levai, mes cheveux blonds ébouriffés comme chaque matin, le soleil venait se montrer sur la devanture de ma maison ornée de pierres claires et sur la cour à graviers blancs. Tous les matins, j’admirais le pin dans le jardin où les repas de famille avant s’éternisaient, me laissant nostalgique de ces moments. Je sortis prendre une bouffée d’air frais sur la terrasse déjà ensoleillée, il faisait souvent beau ici en Corrèze, ni trop dans le nord ni trop dans le sud.
L’intérieur de la maison était spacieux, composé d’un étage et plusieurs pièces que j’avais rénovées avec l’aide de certains copains qui s’y connaissaient un peu en bricole. La maison était un héritage de mes grands-parents. L’intérieur était assez récent et ne ressemblait pas aux anciennes maisons où le papier peint est ancien, où les commodes en bois ramènent aux années 40 et où réside une odeur ancienne dans toute la maison.
J’avais racheté quelques meubles pour mon propre style de vie et mon confort mais le reste était intact. J’avais pu faire un peu de place, physiquement et émotionnellement afin de pouvoir passer à autre chose et faire le deuil.
Je me suis fait couler un café, préparant mon petit-déjeuner, je me suis assis près du piano sur lequel glissaient les doigts de mon grand-père auparavant. Maintenant, j’avais pris sa place et j’avais appris l’instrument, en sa mémoire. C’était un artiste, un musicien hors pair et un peintre avec beaucoup de talent. Il avait cette soif d’apprendre, cette facilité de pouvoir créer et de partager tout ce qu’il avait appris. C’était son monde créatif, j’aurais dû lui dire plusieurs fois que j’admirais ce qu’il faisait et malheureusement je regrette de ne pas avoir eu ce temps-là.
Ma grand-mère, elle, avait un goût prononcé pour la mode et le design. Elle aimait les belles choses, les beaux meubles, les beaux buffets et j’en avais hérité, autant que de sa belle déco au goût sobre et prononcé à la fois. Elle passait son temps à jardiner, ou bien à assembler les puzzles des applications dédiées sur sa tablette Apple qu’elle avait appris à découvrir. Elle s’était également mise aux réseaux sociaux tout du moins Facebook qu’elle utilisait régulièrement pour espionner ma vie et me redire gentiment mes actes de la semaine pendant qu’on dégustait un repas qu’elle avait préparé. Il fallait donc faire attention à ce qu’on écrivait et aux photos compromettantes des copains. Elle restait exceptionnelle, avec une fierté monstrueuse mais un amour démesuré. Elle était autoritaire pour les choses qui lui tenaient à cœur mais dévouée et très sentimentale pour sa famille.
De leur vivant, la donation était le meilleur cadeau qu’ils aient pu m’offrir. Enfin, je respectais surtout leur volonté et leur amour.
Aujourd’hui, décidé à me séparer d’objets dignes de l’antiquité et de valeur sentimentale également à mes yeux, je m’étais inscrit pour un emplacement au sein de la brocante du village. Le début d’une vie nouvelle et nous sommes ici : dans une pièce remplie de cartons et de vieux souvenirs. Du haut de mes 1 mètre 77, il était temps de laisser partir ces objets et de construire ma vraie vie. Les photos n’étaient pas à vendre mais les cadres en revanche l’étaient. Je ne vendrais pas ma vie aujourd’hui, mais j’en vendrais le contour.
Je pris une douche express, celle qui vous remet les idées en place après quelques secondes passées sous l’eau tiède devenant chaude petit à petit. Le café que je m’étais servi commençait à agir et m’apporta le reste de mes idées claires puis je partis.
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