
L'amour vaut cinq euros
Chapitre 3
Brocante de Saint-Jean Lac
En arrivant dans la commune de la brocante, les installations des brocanteurs s’étaient faites relativement tôt, les stands étaient déjà presque tous montés aux alentours dès 7 h 30 – 8 h.
Des affaires d’enfants s’exposaient à la vue des potentiels acheteurs et pour les plus antiquaires, on avait vidé les maisons dans l’espoir de vendre des objets anciens et de valeur qui pourraient éventuellement les intéresser.
Les cassettes vidéo… Ah les cassettes vidéo ! Le Roi Lion, La Belle et la Bête, Mulanet bien d’autres. Toute une enfance retracée. Évidemment, les cassettes n’étaient plus à la mode, mais il paraissait que celles-ci étaient encore recherchées par certaines personnes. Et puis, tant pis. J’avais décidé de vendre les affaires qui ne m’étaient plus utiles, autant tout exposer.
Je commençai à décharger ma voiture qui était remplie tel un départ en vacances. Il était déjà 8 h 30 et j’avais l’impression que j’étais le dernier à ne pas être en place. Je déballai mes affaires qui peut-être n’allaient plus être miennes dans quelques heures et m’installai.
Je m’assis pour me reposer cinq minutes, attendant mes potentiels clients quand j’entendis la voix d’un de mes collègues de boulot devenu bon copain me dire :
« Alors ça vend ? »
« Tiens mon pote, mais qu’est-ce que tu fais là Marc ? »
« C’est plutôt à toi qu’il faudrait poser la question ! Ça y est, en étant ici tu es rentré dans le clan des sexagénaires tiens ! Il ne manquait plus qu’une bonne petite brocante de campagne pour refaire ton statut cher Antoine. »
« Qu’est-ce que tu peux être nul mais toujours aussi drôle quand même ! Je repars à zéro. Je m’étonne surtout de te voir aussi matinal, même au boulot tu n’y es pas si tôt ! D’ailleurs, tu tombes très bien ici. Je peux te demander de surveiller mon stand deux minutes, je vais voir ce qu’il y’a de pas mal car avec mes voisins d’à côté… Je ne risque pas de remplir ma baraque de trucs chics. Je te le confie la caisse est là, OK ? Merci tu es cool ! Allez à tout de suite. »
Connaissant le personnage, je ne lui avais pas vraiment laissé le choix. Et puis c’était de bonne guerre, nous nous balancions des petits pics régulièrement mais nous étions toujours présents l’un pour l’autre pour nous dépanner. Bon bien évidemment, Marc n’avait ni connaissance des prix, ni des objets. Quoi, un body pour enfant en vente ? Il fallait espérer qu’une maman ne débarque pas avec ses 4 enfants et demande la taille de ce… morceau de tissu tout doux.
Les stands étaient remplis, à travers ce que je voyais, je pouvais alors déterminer le mode de vie des gens, déterminer à quelle génération ils appartenaient. Parfois, je pouvais me tromper mais généralement je disais vrai en relevant la tête et en leur attribuant un âge à leur visage
La rue était calme, les anciens discutaient entre eux et je crois que les jeunes étaient en ce moment en train de décuver de la soirée de la veille. À part moi qui traînais à chercher un je ne sais quoi je ne sais où afin de donner une âme à ma nouvelle habitation.
Des bibelots, des meubles anciens, des livres de tous les rois possibles allant de Louis VIII à Louis XVII. Des livres politiques, des livres d’enfants. Décidément, l’écriture avait vraiment tous les styles possibles. Quelques verres, des assiettes, de la grosse porcelaine. Des collections de CD, de DVD, quelques vinyles également… J’étais dans une parfaite brocante d’antiquaire. Mon stand exposé pouvait-il peut-être faire tache parmi tous ceux-là ? On retrouvait dans la majorité des emplacements une ressemblance d’objets, des vases opalines, des verres à whisky ayant je pense enivré plus d’un, des meubles anciens, des livres de guerre et de châteaux sentant le renfermé, le reste vous l’imaginez.
Je parcourus plusieurs mètres, m’égarant de mon stand. J’aimais me balader, partir à la découverte. Mon sens de la curiosité était, je crois, le plus ressortissant de ma personnalité. Les boulangeries étaient ouvertes dès 7 h, si ce n’est pas même plus tôt. J’ai eu la bonne idée de chercher le petit déjeuner pour remercier Marc qui me gardait ma place de vendeur, à peine arrivé pour me saluer.
Je sentais l’odeur du pain cuisant dans les fours, le beurre et les barres de chocolat fondre petit à petit sur les pains au chocolat. Et j’entends d’ici les sudistes dire « non, c’est chocolatine ». Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas fait de petit déjeuner croissant pain aux chocolatines (comme ça tout le monde est content). Alors aujourd’hui c’était l’occasion.
C’était une petite boulangerie mais une grande baie vitrée représentait toute la façade, laissant place de loin au comptoir de présentations de gâteaux pâtissiers, quiches, plats du jour, pizzas, tourtous ; et de gourmandises telles que brioches et mes fameux croissants et pain-chocolatine. Juste derrière et si on s’approchait bien de la vitre, on pouvait y voir s’il restait encore quelques baguettes, bien utile en fin de journée. Cela évitait de rentrer dans la boutique, de saluer et de resaluer, rien dans les mains, avec le risque de passer pour un nigaud qui n’avait justement pas regardé par la baie vitrée pour voir s’il restait du pain !
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