
L'Amour Fou du Roi
Chapitre 2
La galerie était silencieuse. La lumière crue du néon illuminait la poussière flottant dans l'air, révélant la négligence des lieux. Autrefois, cet espace m'appartenait, chaque tableau exposé était une partie de mon âme. Aujourd'hui, ce n'était plus qu'une prison dorée où j'étais la seule captive.
Mon nom est Adèle Dubois. J'étais une artiste, une étoile montante sur la scène parisienne. Maintenant, je ne suis plus rien.
Marc Lefevre, l'homme que j'ai aimé plus que ma propre vie, a tout détruit.
Il était le roi des galeries d'art parisiennes, un homme dont le nom seul faisait trembler le milieu. Après notre rupture, il a orchestré ma chute avec une précision chirurgicale. Il m'a accusée de plagiat, présentant de fausses preuves lors d'une conférence de presse bondée. Du jour au lendemain, mon nom est devenu synonyme de honte. Mes œuvres ont été retirées, mes contrats annulés. J'étais ruinée, humiliée publiquement.
Pourtant, chaque nuit, sans exception, il venait. Un passage secret, dissimulé derrière une fausse bibliothèque dans son bureau, menait directement à ma petite chambre de bonne au-dessus de la galerie. Il se glissait dans mon lit, son corps puissant contre le mien, sa voix un murmure rauque contre ma peau.
« Adèle, reviens-moi. »
Ses mots étaient un poison doux, une torture renouvelée. Le jour, il était mon bourreau ; la nuit, il se transformait en un amant désespéré, un homme obsédé.
Il n'a pas seulement détruit ma vie. Il s'en est pris à toute ma famille. Mon père, un architecte de renommée mondiale, a vu sa carrière s'effondrer après que Marc l'a faussement accusé de corruption, utilisant son influence pour fabriquer un scandale qui a anéanti des décennies de travail acharné. Mon frère, un jeune chef au talent immense, venait d'ouvrir son premier restaurant. Marc a saboté son établissement, organisant des intoxications alimentaires et de fausses critiques, jusqu'à ce que la réputation de mon frère soit en lambeaux et qu'il doive fermer boutique.
Chaque jour, Marc trouvait une nouvelle façon de me tourmenter, de me rappeler ma dette.
« Mes dix années de travail acharné ont été réduites à néant par la jalousie de ton père, ma famille a tout perdu à cause de lui. »
« Mon exposition la plus importante a été sabotée par l'incompétence crasse de ton frère, ma réputation a été détruite ce jour-là. »
Sa voix était froide, chargée d'une haine qui semblait sans fond.
« Adèle Dubois, je ferai de ta vie un enfer. »
Le pire était encore à venir. J'étais enceinte de sept mois. Notre enfant. Un petit garçon. Chloé Girard, sa nouvelle compagne, une femme dont la jalousie était aussi évidente que son ambition, a murmuré à l'oreille de Marc que cet enfant n'était pas de lui. Que je l'avais trompé.
Aveuglé par la rage, il a cru à ce mensonge.
Il a fait irruption dans ma chambre, tenant un verre rempli d'un liquide sombre. Ses yeux, autrefois pleins d'amour pour moi, brillaient d'une fureur glaciale.
« Ce fœtus est le fruit d'une union maudite, il ne mérite pas de vivre ! »
J'ai supplié, je me suis accrochée à ses jambes, le sol froid sous mes genoux. Mais il était sourd à mes prières. Il m'a forcée à avaler le médicament abortif, tenant ma mâchoire jusqu'à ce que je n'aie plus d'autre choix que d'avaler. La douleur a été immédiate, insoutenable.
Plus tard, alors que je gisais dans mon sang, il a ramassé les restes de mon bébé, un petit corps déjà formé, et les a jetés dans les égouts, comme de vulgaires ordures.
Ce jour-là, une partie de moi est morte avec mon fils.
Le cœur brisé, vidée de toute volonté de vivre, j'ai avalé une dose de poison à action lente. Un poison discret, qui me tuerait doucement, sans bruit.
Il me restait dix jours à vivre.
Dix jours pour voir la fin de cette mascarade.
Pourtant, une image me hantait. Une vision du futur, un murmure du destin. Cet homme arrogant, ce roi impitoyable, je le voyais, agenouillé dans la neige, le visage baigné de larmes, suppliant le ciel de lui rendre sa bien-aimée. Mais il serait trop tard.
Un bruit sec à la porte me tira de mes sombres pensées.
Chloé Girard se tenait sur le seuil, un sourire suffisant aux lèvres. Elle portait une robe de créateur qui devait coûter plus que ce que je gagnerais en dix ans, si j'avais encore une carrière.
« Alors, la grande artiste déchue, toujours en train de te morfondre ? Marc en a assez de voir ta mine pitoyable. Il a dit que tu devais au moins gagner ta croûte. »
Elle posa un bol en fer blanc sur le sol, près de la porte, comme on le ferait pour un chien. À l'intérieur, des restes de repas, un mélange informe de légumes et de viande.
« Mange. C'est un ordre. »
Son regard était plein de mépris. Elle était la nouvelle favorite, et elle prenait un plaisir sadique à me le rappeler à chaque instant.
« Tu sais, Adèle, tu étais une princesse. Tout Paris était à tes pieds. Regarde-toi maintenant. Tu manges les restes de ma table. C'est presque poétique, non ? »
Je la fixai, le silence était ma seule arme. Mais à l'intérieur, une étincelle de rébellion, que je croyais éteinte depuis longtemps, commençait à crépiter. Dix jours. Je n'avais plus rien à perdre.
Lentement, je me levai. Mes mouvements étaient raides, douloureux. Je m'approchai du bol. Chloé sourit, triomphante, pensant que j'allais obéir.
Je pris le bol. Et d'un geste calme et délibéré, je le renversai sur ses chaussures en daim hors de prix.
Le silence qui suivit fut plus violent qu'un cri. Le visage de Chloé se décomposa, passant de la surprise à une fureur pure.
« Espèce de garce ! Tu vas me le payer ! »
Je la regardai droit dans les yeux, pour la première fois depuis des mois, sans baisser le regard.
« J'ai déjà tout payé, Chloé. »
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