
L'Amour Brûlant d'une Seconde Chance
Chapitre 2
Je sentais l'odeur de ma propre peau qui brûlait.
C'est une odeur qu'on n'oublie jamais.
Le bip-bip régulier des machines à côté de mon lit était le seul son qui me disait que j'étais encore en vie, mais chaque bip était une torture, un rappel de la douleur qui parcourait chaque centimètre de mon corps.
J'étais un morceau de chair calcinée, à peine reconnaissable.
Mes parents étaient morts.
L'incendie avait tout pris. Notre maison, nos souvenirs, ma famille.
Tout, sauf moi. Et ma cousine, Manon.
Elle était là, debout près de mon lit. Je ne pouvais pas tourner la tête pour la voir, mes paupières étaient soudées par les brûlures, mais je sentais sa présence.
Elle s'est penchée. Je pouvais sentir son souffle près de mon oreille, un souffle calme, sans aucune panique.
J' ai entendu sa voix, un murmure à peine audible pour les médecins qui s'agitaient autour de moi.
« Elle souffre trop. Regardez-la. Ce n'est plus une vie. »
Sa voix était douce, pleine d'une fausse compassion.
« Laissez-la partir en paix, docteur. C'est ce qu'elle aurait voulu. Arrêtez les soins. »
Mon cœur a tenté de s'emballer, un tambour fou dans une poitrine détruite. Je voulais crier, leur dire qu'elle mentait, que je voulais vivre, mais aucun son ne sortait de ma gorge brûlée. J'étais prisonnière de mon propre corps.
Les médecins ont hésité, leurs voix sont devenues des murmures lointains.
Puis, j' ai senti une main, celle de Manon, se poser sur le tube qui m'aidait à respirer. Une main délicate, presque tendre.
Elle s'est penchée encore plus près, sa voix n'était plus qu'un chuchotement pour moi seule.
« C'est dommage, Léa. Tu avais tout. Une belle maison, des parents qui t'aimaient... tout ce qui aurait dû être à moi. Maintenant, ce sera à moi. Adieu, ma chère cousine. »
La main a tiré.
L'air a quitté mes poumons. Le monde est devenu noir.
Et puis…
Je me suis réveillée en sursaut, le souffle court, le cœur battant à tout rompre. J'ai touché mon visage, mes bras, mes jambes. Ma peau était lisse, intacte. Aucune douleur. Aucune brûlure.
J'étais assise sur le canapé de notre salon. Le soleil de fin d'après-midi filtrait à travers les grandes fenêtres, illuminant la pièce familière. L'odeur du café flottait dans l'air.
Ma mère était assise en face de moi, une tasse à la main, son visage empreint d'une tristesse profonde. Mon père se tenait près de la fenêtre, le dos tourné, mais je pouvais voir la tension dans ses épaules.
Leurs voix m'ont ramenée à la réalité.
« Je n'arrive pas à y croire, » disait maman, les larmes aux yeux. « Un incendie… toute sa famille… C'est terrible. La pauvre petite Manon se retrouve toute seule. »
Mon père s'est retourné. « C'est une tragédie, chérie. Mais l'adopter ? C'est une décision énorme. »
Mon sang s'est glacé.
Je connaissais cette conversation. Je l'avais déjà vécue. C'était il y a un mois. Le jour où mes parents avaient décidé de recueillir ma cousine Manon, après que sa propre famille ait péri dans un "mystérieux" incendie.
Ce n'était pas un rêve. J'étais revenue. Revenue au moment précis où le cauchemar avait commencé.
La sonnette a retenti.
Le cœur de ma mère a semblé faire un bond. « C'est elle. »
Elle s'est levée et a couru vers la porte. Mon père a soupiré, passant une main sur son visage fatigué. Il m'a regardée.
« Léa, ça va ? Tu es toute pâle. »
Je ne pouvais pas répondre. J'étais figée, l'oreille tendue vers le bruit dans l'entrée.
J'ai entendu des sanglots, la voix brisée de Manon.
« Oh, ma tante, mon oncle… je n'ai plus personne… »
Puis, ils sont entrés dans le salon. Manon, ma cousine. Petite, frêle, avec de grands yeux innocents noyés de larmes. Elle portait des vêtements simples, un peu usés, et se tenait recroquevillée comme un oiseau blessé. Ma mère la tenait par les épaules, la protégeant.
Le loup dans la bergerie.
Elle a levé les yeux et m'a vue. Un éclair fugace a traversé son regard, une lueur que personne d'autre n'a remarquée. Une lueur de calcul.
Puis, son visage s'est à nouveau effondré dans le chagrin. Elle a lâché ma mère et s'est littéralement jetée à genoux devant mon père et moi.
« S'il vous plaît, » a-t-elle pleuré, s'agrippant au pantalon de mon père. « Ne me laissez pas seule. Je n'ai nulle part où aller. Je ferai n'importe quoi. Je serai sage, je ne vous dérangerai pas. S'il vous plaît, adoptez-moi. »
Le spectacle était parfait. Digne d'une actrice oscarisée.
Ma mère était déjà conquise. Ses yeux brillaient de pitié.
« Regarde-la, Jean. On ne peut pas la laisser comme ça. C'est la fille de ma sœur. C'est notre famille. »
Mon père, toujours plus pragmatique, semblait mal à l'aise. Il a posé une main sur la tête de Manon, hésitant.
« Nous en discuterons, Manon. Lève-toi, s'il te plaît. »
Il s'est tourné vers moi. La décision finale, comme toujours dans notre famille, reposait sur un consensus. Il valorisait mon opinion.
« Et toi, Léa ? Qu'en penses-tu ? Manon est ta cousine. Ce serait comme avoir une sœur. »
Dans ma vie précédente, j'avais dit oui. J'avais eu pitié. J'avais pensé que c'était la bonne chose à faire. Cette pitié nous avait tous tués.
Cette fois, les choses seraient différentes.
J'ai regardé Manon, toujours à genoux, son visage suppliant tourné vers moi. J'ai vu au-delà des larmes. J'ai vu le feu. J'ai entendu son murmure à mon oreille. J'ai senti le tube respiratoire être arraché.
J'ai pris une grande inspiration, ma voix était froide, plus dure que je ne l'avais jamais entendue.
« Non. »
Le mot est tombé dans le silence du salon comme une pierre.
Ma mère a eu un hoquet de surprise. Mon père a froncé les sourcils, confus.
Manon a arrêté de pleurer. Ses yeux se sont fixés sur moi, et pour la première fois, la surprise a fendu son masque de chagrin. Une surprise pure, non feinte.
« Je ne veux pas d'elle ici, » ai-je continué, ma voix ne tremblant pas. « Elle ne vivra pas avec nous. »
C'était une déclaration de guerre. Et je venais de tirer la première.
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