
L'Amour Brûlant d'une Seconde Chance
Chapitre 3
« Léa ! »
La voix de ma mère était un mélange de choc et de réprobation. Elle m'a regardée comme si je venais de proférer une insulte horrible.
« Comment peux-tu dire une chose pareille ? Regarde-la ! Elle a tout perdu ! »
Elle s'est précipitée vers Manon, la relevant doucement comme si elle était en porcelaine.
« Ne l'écoute pas, ma chérie. Elle ne le pense pas. Elle est juste sous le choc. »
Manon a recommencé à pleurer, cette fois en enfouissant son visage dans l'épaule de ma mère. C'était un coup de maître. Elle me faisait passer pour la méchante, la fille sans cœur.
« Mais, maman... » a sangloté Manon. « Si Léa ne veut pas de moi... je ne veux pas m'imposer... »
Mon père s'est approché, le visage grave.
« Léa, explique-toi. Ce n'est pas ton genre d'être si... dure. Qu'est-ce qui ne va pas ? »
Comment leur expliquer ? Comment leur dire que j'avais vécu notre mort ? Que cette fille en larmes était un monstre qui allait tous nous brûler vifs pour de l'argent ? Ils me prendraient pour une folle.
Je devais trouver une autre approche.
« Je ne la sens pas, » ai-je dit simplement. « Il y a quelque chose qui ne va pas chez elle. C'est un sentiment. Je ne veux pas d'elle dans notre maison. »
Ma mère a secoué la tête, exaspérée.
« Un sentiment ? Léa, ce n'est pas une raison ! C'est ta cousine ! Nous parlons de lui offrir un foyer, pas de choisir un nouveau canapé ! »
La sonnette a retenti de nouveau, coupant court à sa tirade. Mon père est allé ouvrir. C'était l'oncle et la tante de Manon, les parents de sa mère. Des gens que nous voyions rarement. L'oncle Robert était un homme petit et trapu avec un air avare, et la tante Hélène, une femme sèche qui semblait toujours juger tout le monde.
Ils sont entrés dans le salon, leurs visages affichant une tristesse de circonstance.
« Ah, vous êtes là, » a dit l'oncle Robert en voyant Manon dans les bras de ma mère. « Pauvre petite. Quelle tragédie. »
Tante Hélène a reniflé bruyamment. « Nous sommes venus voir ce qu'on pouvait faire. Évidemment, nous ne pouvons pas la prendre. Notre appartement est minuscule, vous savez. À peine de la place pour nous deux. »
Son regard a balayé notre grand salon avec une pointe d'envie mal dissimulée.
« Mais vous, » a-t-elle continué en regardant mes parents, « vous avez de la place. Et les moyens. C'est votre devoir de l'accueillir. C'est la famille, après tout. »
Le piège social se refermait. La pression du "qu'en-dira-t-on".
Ma mère a hoché la tête vigoureusement. « Bien sûr que c'est notre devoir. Nous en discutions justement. »
Elle m'a lancé un regard noir, un avertissement silencieux pour que je me taise.
Mais mon père a vu mon expression. Il était tiraillé. Il aimait ma mère et sa nature généreuse, mais il me faisait aussi confiance. Mon opposition catégorique le troublait.
« Hélène, Robert, » a-t-il dit calmement. « Ce n'est pas si simple. C'est une décision qui change une vie. Pour tout le monde. »
Il s'est tourné vers moi, me redonnant la parole.
« Léa a des réserves. »
Tous les regards se sont tournés vers moi. Ceux de mes parents, pleins d'interrogation. Ceux de l'oncle et la tante, pleins de jugement. Et celui de Manon, caché derrière ses mains, mais je le sentais, perçant, plein d'une haine froide.
C'était le moment. Tout se jouait maintenant.
« Je maintiens ce que j'ai dit, » ai-je déclaré, en regardant mes parents droit dans les yeux. « La sécurité de notre famille passe avant tout. Avant ce que les autres peuvent penser, avant le "devoir" familial. Et je ne me sens pas en sécurité avec elle ici. Ma réponse est non. »
Le silence était glacial. Ma mère avait les larmes aux yeux, blessée par ma froideur apparente. Mon père avait l'air profondément troublé.
L'oncle Robert a toussoté, mal à l'aise. « Bon, eh bien... si la jeune fille ne veut pas... qu'est-ce qu'on fait ? On ne va pas la laisser à la rue. »
C'est là que j'ai joué ma carte maîtresse. Une idée qui m'était venue dans la panique de mon réveil. Une idée basée sur ce que je savais de l'oncle et de la tante.
Je me suis tournée vers eux.
« Vous ne pouvez pas la prendre parce que votre appartement est trop petit et que vous n'avez pas les moyens, c'est bien ça ? »
Tante Hélène a reniflé. « Évidemment. Nous ne roulons pas sur l'or, nous. »
« Très bien, » ai-je dit. « Papa, Maman. Au lieu de l'adopter, pourquoi ne pas aider financièrement Oncle Robert et Tante Hélène pour qu'ils puissent s'occuper de Manon ? »
J'ai vu une lueur s'allumer dans les yeux de l'oncle Robert. Tante Hélène a cessé de paraître offensée et a semblé soudain très intéressée.
« Une aide financière ? » a-t-elle demandé, essayant de ne pas paraître trop avide. « Quel genre d'aide ? »
Mon père m'a regardée, une lueur de compréhension dans les yeux. Il commençait à voir où je voulais en venir. Il a compris que ce n'était pas de la cruauté, mais une stratégie.
Il a pris le relais, sa voix devenant celle de l'homme d'affaires pragmatique.
« Nous pourrions vous verser une pension mensuelle généreuse. Assez pour couvrir toutes les dépenses de Manon, et même plus. Assez pour que vous puissiez peut-être même déménager dans un appartement plus grand. Nous prendrions en charge tous ses frais de scolarité et de santé. »
Le visage de l'oncle et de la tante s'est transformé. La fausse tristesse a été remplacée par un calcul rapide. La tragédie venait de se transformer en une opportunité commerciale.
Manon, qui avait écouté tout l'échange, a relevé la tête. Son masque de petite fille perdue avait disparu. Son visage était fermé, ses yeux vides de larmes. Elle comprenait qu'elle était en train de perdre la partie.
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