
L'Amour Après Les Larmes
Chapitre 2
Six ans. Six longues années que je n'avais pas remis les pieds dans ce salon parisien. L'air y était toujours le même, un mélange de parfums chers et d'ambition. Mon stand, un petit coin de Provence au milieu de l'agitation, sentait la lavande et l'immortelle. Mes créations de fleurs séchées, délicates et éternelles, attiraient les regards. J'étais sereine, fière de mon chemin. J'avais un mari, un fils, une vie. Une vie simple, heureuse, loin de tout ça.
Pourtant, une partie de moi savait qu'en revenant à Paris, même pour un salon professionnel, je prenais un risque. Le risque de le croiser.
Et bien sûr, il est apparu.
Marc Leclerc.
Il n'avait pas changé. Toujours ce charisme arrogant, ce sourire étudié qui avait fait fondre le tout-Paris et, autrefois, mon cœur naïf. Il était chef étoilé, une star. Il avançait dans l'allée comme s'il en était le propriétaire, suivi par un assistant qui prenait des notes.
Ses yeux ont balayé mon stand, sans me reconnaître d'abord. Puis, ils se sont arrêtés. Un éclair de surprise, vite masqué par cette assurance qui le caractérisait.
Il s'est approché, un léger sourire aux lèvres.
« Jeanne ? Jeanne Dubois ? C'est bien toi ? »
Sa voix, ce timbre grave que j'avais tant aimé, n'a provoqué en moi qu'un léger frisson désagréable.
« Marc. »
J'ai répondu froidement, sans quitter mon travail des yeux. Je nouais un ruban de soie autour d'un bouquet.
Il a ignoré ma froideur.
« Fleuriste, donc. C'est... inattendu. Toi qui avais tant de talent. »
Chaque mot était une pique. Il sous-entendait que j'avais gâché mon potentiel, que ma vie actuelle était un échec comparée à la sienne.
Autrefois, une telle remarque m'aurait anéantie. J'aurais cherché son approbation, j'aurais voulu lui prouver que j'étais toujours digne de lui. J'ai passé des années à vivre dans son ombre, à adapter mes rêves aux siens, à me modeler selon ses désirs. J'ai tout abandonné pour lui : mes études d'art, mes amis, ma famille. Je cuisinais pour lui, je gérais son agenda, j'étais son pilier, son ombre dévouée. Et pour tout ça, j'ai reçu la pire des trahisons.
La blessure était ancienne, mais la cicatrice était là.
Il a sorti quelque chose de la poche de sa veste. Une petite boîte en velours noir. Il l'a ouverte. Dedans, il y avait un bracelet fin en or, orné d'une seule fleur de lys, son emblème. Le même qu'il m'avait offert pour notre premier anniversaire, celui que j'avais laissé derrière moi en fuyant Paris.
« J'ai pensé que tu l'aimerais. Pour te souhaiter la bienvenue. »
Il a dit ça avec une arrogance tranquille, comme s'il m'offrait une aumône, comme si six ans de silence et de douleur pouvaient s'effacer avec un bijou. Il attendait que je sois flattée, que je rougisse de plaisir.
« On pourrait peut-être dîner ce soir. Rattraper le temps perdu. Je suis sûr que tu n'as rien de prévu. »
Il n'a même pas posé la question, il a affirmé. Il était persuadé que j'étais seule, que j'attendais son retour comme le messie. Que j'allais sauter sur l'occasion de réintégrer son monde brillant.
Je suis restée silencieuse. J'ai posé mon bouquet terminé sur le comptoir. J'ai levé les yeux vers lui, et pour la première fois depuis six ans, je l'ai vraiment regardé. J'ai vu l'homme égoïste, l'homme qui m'avait brisée. Et je n'ai rien ressenti. Ni amour, ni haine. Juste un vide immense.
Mon silence l'a décontenancé. Il a froncé les sourcils, une pointe d'impatience dans le regard.
« Alors, Jeanne ? »
Vous aimerez aussi





