
L'Amour Après Les Larmes
Chapitre 3
Je regardais le bracelet dans sa boîte. La fleur de lys. Son symbole. Le logo de son restaurant, brodé sur ses vestes de chef, gravé sur ses couteaux. Pendant des années, j'avais cru que ce symbole représentait notre amour, notre union. J'étais sa fleur, celle qu'il avait choisie. Quelle idiote j'avais été. Ce n'était que le symbole de sa possession, de sa marque sur moi.
« Marc, sérieusement, elle est de retour. Qu'est-ce que tu attends ? »
Une voix familière m'a tirée de mes pensées. Thomas, le meilleur ami de Marc, son manager, son complice de toujours. Il s'est approché, un grand sourire commercial aux lèvres.
« Jeanne, tu es magnifique. Les années te vont bien. Marc n'a pas arrêté de parler de toi. »
Un mensonge. Un mensonge si énorme que c'en était presque comique. Si Marc avait parlé de moi, c'était sûrement pour me dénigrer, pour raconter comment il s'était débarrassé de la petite provinciale collante.
« Il a gardé ce bracelet tout ce temps, tu sais. Il n'a jamais perdu espoir. » a continué Thomas, en me donnant un petit coup de coude complice.
Il jouait son rôle, celui du bon copain qui aide son ami à reconquérir son ex. Ils formaient une équipe bien rodée. Marc restait en retrait, l'air torturé et romantique, pendant que Thomas faisait le travail de persuasion.
J'ai fermé doucement la boîte en velours et je l'ai poussée vers Marc sur le comptoir.
« Non, merci. »
Ma voix était calme, posée.
Le sourire de Thomas s'est figé. Marc a cessé de jouer son rôle d'amoureux transi. Son visage s'est durci.
« Quoi ? » a-t-il lâché, incrédule.
« J'ai dit non, merci. Je n'ai pas besoin de ton bracelet. Et je ne dînerai pas avec toi ce soir. Ni un autre soir. »
Le silence est tombé sur notre petit espace. Les quelques clients qui admiraient mes fleurs se sont tournés vers nous, sentant la tension.
Marc me fixait, les yeux écarquillés. Il ne comprenait pas. Dans son monde, personne ne lui disait non. Surtout pas moi. Pas la petite Jeanne qui, pendant des années, buvait ses paroles et acceptait toutes ses humeurs.
« Tu plaisantes ? » a-t-il sifflé.
« Pas du tout. »
Sa mâchoire s'est contractée. Sa main, qui flottait au-dessus de la boîte, a tremblé de colère. D'un geste brusque, il a balayé l'objet du comptoir. La boîte a heurté le sol avec un bruit mat. Le bracelet a roulé sous une table.
« Tu te prends pour qui, maintenant ? » a-t-il craché.
Je me suis souvenue de toutes les fois où j'avais eu peur de cette colère. De toutes les fois où j'avais marché sur des œufs pour ne pas le contrarier. Je me suis souvenue de la jeune femme que j'étais, qui passait des heures à choisir une tenue juste pour lui plaire, qui apprenait par cœur les noms des critiques gastronomiques pour pouvoir participer à ses conversations, qui mettait sa propre vie en pause pour qu'il puisse briller.
Cette femme était morte. Morte le jour où il m'avait jetée dehors, sous la pluie, le ventre vide et le cœur en miettes.
Je l'ai regardé, sans ciller.
« Je me prends pour une femme qui a une vie. Une vie que tu ne connais pas. Et dans laquelle tu n'as pas ta place. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'ai des clients. »
Et je me suis détournée de lui, pour m'occuper d'une cliente qui me regardait avec un mélange de curiosité et de pitié.
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