
La Revanche d'une Fille Trahie
Chapitre 3
« Maman, je crois qu'il y a un problème avec ta voiture. »
J'ai lancé ça au milieu du petit-déjeuner. Jean-Luc a failli s'étouffer avec son café.
« Quoi ? Mais non, je l'ai emmenée en révision la semaine dernière. Tout est parfait. »
Trop parfait, oui.
« J'ai entendu un bruit bizarre hier quand tu l'as garée. Un grincement au niveau des freins. On devrait appeler un dépanneur pour vérifier, juste par sécurité. »
Ma mère m'a regardée, l'air de dire que j'exagérais.
« Amélie, tu t'inquiètes pour rien. Ton père s'en est occupé. »
« S'il te plaît, Maman. Juste pour me rassurer. On appelle le garage du coin. Ça ne prendra que cinq minutes. »
Mon insistance a fini par la convaincre. Elle a soupiré et a attrapé le téléphone. Jean-Luc la regardait, le visage impassible, mais je voyais ses doigts taper nerveusement sur la table. Il ne pouvait pas s'y opposer ouvertement sans paraître suspect.
Le mécanicien est arrivé une demi-heure plus tard. Un homme corpulent en bleu de travail. Il s'est glissé sous la voiture. Quelques minutes ont passé dans un silence tendu.
Puis, on l'a entendu jurer.
« Putain de merde... »
Il est ressorti de sous la voiture, le visage blême, les mains couvertes de cambouis et d'un liquide huileux.
Il nous a regardés, l'air grave.
« Madame Dubois... N'utilisez surtout pas cette voiture. Appelez la police. »
Ma mère a froncé les sourcils.
« Qu'est-ce qui se passe ? »
« Les durites de frein. Elles ont été sectionnées. Proprement. Avec une pince coupante. Ce n'est pas de l'usure, ça. C'est un sabotage. Si vous aviez pris la route avec ça, à la première descente, vous ne vous seriez jamais arrêtée. »
Le monde de ma mère s'est écroulé. Son visage a perdu toutes ses couleurs. Elle s'est appuyée contre le mur pour ne pas tomber. Ses yeux se sont posés sur mon père.
Incrédule.
« Jean-Luc...? »
Il a levé les mains, jouant la surprise et l'indignation.
« C'est impossible ! Une plaisanterie de mauvais goût ! Un gamin du quartier, sans doute ! »
Mais son jeu sonnait faux. Terriblement faux. Ma mère le regardait, et pour la première fois, j'ai vu le doute dans ses yeux. Le doute que j'attendais. Elle a repensé à son insistance pour qu'elle prenne sa voiture, à sa "révision" opportune. Le puzzle commençait à s'assembler dans son esprit.
« C'est toi qui as emmené la voiture au garage... » a-t-elle murmuré, plus pour elle-même que pour lui.
Je n'ai pas eu le temps de savourer cette petite victoire. J'avais déjoué son plan A, mais je savais qu'il y en aurait un plan B. Ou plutôt, que sa complice, Sophie, n'allait pas laisser tomber.
Alors que ma mère était encore sous le choc et que mon père tentait de la rassurer avec des mensonges de plus en plus maladroits, j'ai entendu un bruit familier. Le son d'un moteur que je reconnaîtrais entre mille.
J'ai regardé par la fenêtre.
Une Peugeot 208 grise, celle de Sophie, venait de tourner au coin de la rue. Elle ralentissait devant notre maison.
Elle était venue voir si le travail avait été fait.
Ma mère, bouleversée, a ouvert la porte d'entrée.
« J'ai besoin de prendre l'air... »
Elle est sortie sur le trottoir, chancelante, se tenant la tête entre les mains.
J'ai vu le regard de Sophie se poser sur elle. J'ai vu son expression changer. La surprise, puis une détermination glaciale.
Elle a appuyé sur l'accélérateur.
La voiture a bondi en avant.
« MAMAN, ATTENTION ! »
J'ai hurlé. Je me suis précipitée vers la porte, mais c'était trop tard.
Le choc a été brutal, horrible. Le bruit sourd de l'impact, le cri de ma mère étouffé, le verre qui explose.
Je l'ai vue projetée en l'air, comme une poupée de chiffon, avant de s'écraser lourdement sur le bitume.
La voiture grise a continué sa course sur quelques mètres avant de piler et de faire demi-tour en crissant des pneus, disparaissant au coin de la rue.
Tout s'est passé en quelques secondes.
Je suis restée figée sur le seuil, le cri coincé dans ma gorge. Le corps de ma mère gisait dans une position anormale, une flaque de sang commençant à s'étendre sous sa tête.
Non. Non, non, non. J'avais échoué.
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