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Couverture du roman La revanche de la minorité silencieuse

La revanche de la minorité silencieuse

Au cœur d'une région ensoleillée, un hôtel familial lutte contre la faillite tandis que la crise économique fait rage. Dans cet établissement singulier, clients et employés évoluent au milieu de multiples références culturelles et de situations absurdes. Cependant, une simple bouteille de soda vient briser cette harmonie débridée. Face aux quiproquos et au chaos grandissant, le retour du pragmatique Théodore suffira-t-il à dévoiler la vérité ? Le pire semble pourtant inévitable.
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Chapitre 2

Une mouche volait.

— Une chambre double avec deux lits séparés, annonça froidement le quidam en sortant, gage de pacifiques et honnêtes intentions, le portefeuille de sa poche.

Entre carte vitale, carte de mutuelle, et une tripotée d’autres cartes (quel arsenal !), celui-ci opta pour une American Express Platinium.

Mazette ! se dit Théodore… le gars ne rigole pas, il fait péter l’artillerie lourde.

Les mains posées bien en vue sur le comptoir, l’homme caressait d’un doigt fébrile la tranche de sa carte bancaire. Ça le démangeait. Il avait de toute évidence le code facile. Son « Amex », abréviation bien connue des amateurs de gros calibres, fumait encore. Il n’hésiterait pas à s’en resservir, c’est sûr. Comme une atmosphère de saloon flottait dans l’air. Ne manquait que la musique lancinante d’Ennio Moriccone2. Le veilleur énonça le prix. Un silence pesant s’ensuivit, de ceux qui précèdent généralement le règlement du compte.

La mouche se rapprochait.

— Ok Biscotte ? demanda l’étranger à son compagnon dont le rasage laissait à désirer.

Biscotte haussa les épaules.

— Ok Cortal ! concéda-t-il, mâchoires serrées.

L’insecte se posait.

— Banco ! confirma le client.

L’employé n’eut pas le temps d’enregistrer la transaction que la sonnette retentissait à nouveau. Quand, profitant soudain de la diversion, l’homme plaqua en un rapide et habile tour de main, sinon de carte, le diptère indélicat contre le comptoir, et l’écrasa, triomphe aux lèvres, sous l’œil complice du compère guetteur redoublant d’excitation.

Inquiétude ou impatience ? Théodore n’aurait su le dire. Le veilleur rouvrit. Lorsqu’il aperçut à travers la baie le singulier équipage accoster, l’escogriffe se rapprocha de son partenaire et lui glissa, à grand renfort de coups de coude virils dans les côtes, quelques mots au creux de l’oreille, sans plus de réaction. La mine approximativ(r)e, la bobine de travers et les yeux dans les coins façon portrait de Picasso3, un troisième larron s’amenait. Avisant la carte de crédit que son prédécesseur remettait à l’employé afin que ce dernier procède à l’encaissement, l’inconnu s’empressa de brandir à son tour une American Express tout aussi brûlante que la précédente qu’il se mit à balader sans vergogne sous le nez du veilleur.

— Bataille ! laissa échapper Théodore, pas plus rassuré que ça.

L’incorrigible romanesque se voyait déjà accroupi sous le comptoir…

Quel plus sûr moyen de se garder des vilains jeux de cartes et autres mauvaises mains ! Indépendamment des noms d’oiseaux et objets divers qui ne tarderaient pas à voler. C’est du moins toujours ainsi que cela se passait dans les westerns.

Le bon sens reprit malgré tout rapidement le dessus. N’écoutant que son devoir, le réceptionniste invita poliment, mais fermement, le nouveau venu à plus de modération. Si l’on pouvait éviter que l’ambiance ne dégénère. Aucun risque cependant, le climat était plutôt bon enfant. Et, tandis que le ténébreux persistait à faire fi du casse-pieds, son camarade, au comble de l’amusement, ne se lassait pas d’observer l’ectoplasme, aux trois-quarts avachi à l’extrémité du comptoir, tentant désespérément d’assembler les pièces du puzzle dans le bon ordre…

L’opération effectuée, l’homme récupéra sa carte et se dirigea vers l’ascenseur en priant son coéquipier, lequel avait décidément beaucoup de mal à se détacher du spectacle, de l’accompagner. Le comparse se laissant finalement convaincre, les chalands de laisser alors le night aux prises avec l’intempérant. L’employé ne fit pas traîner l’affaire. Il avait du pain sur la planche, notamment celui des petits déjeuners dont la mise en place ne pouvait attendre. Le client régla sa chambre, prit l’ascenseur, et disparut... trois minutes, pas une de plus, soit le temps, montre en main, qu’il lui fallut pour reparaître. Figurez-vous que le bougre désirait de la compagnie... Autre que celle de Théodore, rassurons-le. C’est alors que le veilleur comprit. Les joyeux fêtards avaient dû se croiser dans un bar à filles en Espagne et, de fil en aiguille (on peut dire chas comme chat), ou de chopines en cho...pines (moins de 18 ans s’abstenir), le « chô » lapin (nous y revoilà !) avait suivi ses compagnons de débauche, pensant que les réjouissances continuaient de plus belle(s). D’où sa grôsse frustration. Lui rabâcher que nous étions en France, que la maison ne tolérait pas ce genre de pratiques, qu’il était vain d’insister et, dans tous les cas de figure, préférable d’aller se reposer, rien n’y faisait. Le gugusse ne voulait rien entendre… autant pisser dans un violon ! menaçant de plier bagage (mais de quoi parlait-il au juste ?) si satisfaction ne lui était pas donnée. Devant son entêtement, Théodore décida de le laisser en plan pour aller dresser le buffet des petits déjeuners. Livré à lui-même, celui-ci finirait bien par se rendre à l’évidence, et monter se coucher, escomptait le veilleur. Mais il était dit que, ce soir-là, rien ne se passerait comme prévu. L’individu, le pied vasouillard et l’esprit titubant (ayez la bonté de remettre les choses à leur place), lui emboîta le pas, l’abreuvant… le soûlant pour être exact, de propos aussi futiles qu’incohérents. Avec le recul, l’olibrius ressemblait plus à un ridicule hidalgo endimanché en quête de moulins à vent, parce que question paroles… qu’à un impitoyable desperado. Au bord de la crise de nerfs (hé, pas si vite ! la partie de rigolade ne fait que commencer), l’employé consentit à son départ, à la condition expresse (mais non, rangez-moi cette carte, voyons !) que cela se fasse par l’entremise d’un taxi. Dans son état, il aurait été irresponsable, pour ne pas dire criminel, de l’autoriser à prendre le volant, et cela même si l’immatriculation de son véhicule laissait à penser que le pied-tendre créchait dans une bourgade voisine. Un coup de fil, un remboursement, et l’enquiquineur quittait bientôt l’hôtel, au grand soulagement de Théodore, lequel réalisa, mais un peu tard, qu’il avait oublié de lui remettre une carte (on avait dit « pas de carte ! »)… de l’établissement (autant pour moi !). Récupérer sa chariotte risquait de se révéler problématique. Pour la première fois de la nuit, notre homme souriait. Cependant, les émotions lui avaient donné la pépie. Eau minérale, lait, jus d’orange ou de pamplemousse : rien, dans le frigo de l’office des petits déjeuners, ne le séduisait vraiment. Restait le bar...

Mais, stop ! Arrêt sur image !

Ne mettons pas la charrue avant les bœufs et déroulons, si vous le voulez bien, le fil(m) de l’histoire par le bon bout.

Petit résumé : au commencement, et plus encore, était un homme resté trop longtemps sans travailler pour continuer à pointer au chômage. Aujourd’hui, Théodore sait que pour rattraper le temps perdu mieux vaut être bien chaussé, qu’après les rires viendront les tensions, puis les larmes, et qu’il lui faut convaincre les lièvres (attention, il y a un piège...) que le sprint a d’ores et déjà été lancé.

Et, maintenant, lecture !

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