
La Muse Trahie du Chorégraphe
Chapitre 2
Les lumières de la salle de réception scintillaient sur les coupes de champagne, les flashs des photographes crépitaient sans relâche. J'étais debout à côté de Marc Leclerc, le chorégraphe le plus en vue de Paris, mon mentor, mon amant. Ce soir, c'était notre soir. Le lancement de sa nouvelle création, « L'Écho », dont il m'avait promis le rôle principal. J'étais Léa Dubois, sa muse, son étoile. C'est du moins ce que je croyais.
« Tu es magnifique, Léa. Le monde est à tes pieds. »
La voix de Marc était un murmure chaud près de mon oreille, mais ses yeux balayaient déjà la foule, avides de reconnaissance. Je lui souris, une confiance un peu naïve flottant dans mon cœur.
C'est alors qu'un silence s'est fait dans la foule. Une vague a semblé se propager depuis l'entrée. Chloé Martin venait d'arriver. Ma rivale de toujours, celle que j'avais éclipsée il y a des années, était là, vêtue d'une robe rouge sang qui semblait dévorer toute la lumière. Elle a avancé droit vers nous, son regard fixé sur Marc.
Je sentis la main de Marc se crisper sur ma taille.
« Marc, mon amour. »
La voix de Chloé était tremblante, pleine de larmes contenues. Elle s'est arrêtée devant lui, ignorant complètement ma présence.
« Comment as-tu pu me faire ça ? Après toutes ces années... Après tout ce qu'on a partagé. C'est notre histoire, Marc. "L'Écho", c'était nous. »
Elle pleurait maintenant, de vraies larmes qui coulaient sur ses joues parfaites. Elle parlait assez fort pour que les journalistes les plus proches puissent entendre. Elle se présentait comme la victime, l'amante abandonnée, la véritable source d'inspiration spoliée. C'était une performance magistrale.
Marc a blêmi. Il m'a lâchée comme si je brûlais et a fait un pas vers Chloé. Il était piégé, et il a choisi la sortie la plus facile. Il a choisi de me sacrifier.
Il s'est tourné vers moi, et son visage était méconnaissable. La chaleur avait disparu, remplacée par un mépris glacial.
« Léa », a-t-il dit d'une voix forte et claire pour que tout le monde entende. « Je crois qu'il y a eu un malentendu. »
Mon souffle s'est coupé.
« Tu n'as jamais été la muse. Tu n'étais qu'une distraction. Une danseuse talentueuse, certes, mais superficielle. Tu ne comprends rien à la profondeur de l'art. »
Chaque mot était une claque en public. Les murmures se sont transformés en ricanements étouffés. Les caméras, qui quelques minutes plus tôt me flattaient, se sont tournées vers moi comme des armes, capturant mon humiliation.
« Chloé est l'âme de ce ballet, » a continué Marc, posant un bras protecteur autour des épaules de Chloé, qui sanglotait doucement contre lui. « Toi, tu auras un rôle plus adapté à ta... légèreté. Tu seras une figurante. »
Chloé a relevé la tête, un éclair de triomphe dans ses yeux humides. Elle a murmuré quelque chose à l'oreille de Marc. Il a hoché la tête, son regard sur moi se durcissant encore.
« Et tu porteras le costume du bouffon. Ça t'ira à ravir. »
Le monde s'est effondré. Ce n'était pas seulement une trahison professionnelle, c'était une exécution publique. Ils ne se contentaient pas de me prendre mon rôle, ils voulaient me briser, m'humilier jusqu'à la moelle.
Je le regardais, lui, l'homme que j'avais admiré, que j'avais aimé. Il n'était qu'un lâche, un manipulateur pathétique qui se laissait mener par le bout du nez par la première comédienne venue. Une vague de mépris a balayé mon chagrin. C'était tellement prévisible. Il avait toujours été faible, toujours eu besoin de l'adulation des autres. Chloé lui offrait une excuse parfaite pour sa propre médiocrité.
Il a vu le défi dans mes yeux et s'est approché, son visage à quelques centimètres du mien. Il m'a attrapée par le bras, sa poigne de fer.
« Ne fais pas de scène, » a-t-il sifflé, son sourire public toujours en place. « Tu vas aller en coulisses, mettre ce costume, et monter sur cette scène. Si tu refuses, je m'assurerai personnellement que tu ne danses plus jamais. Nulle part. Compris ? »
Je suis restée silencieuse.
Le voir si près, sentir son haleine de champagne, ne me provoquait plus que du dégoût. J'ai pensé à toutes les heures passées à répéter jusqu'à l'épuisement pour lui, tous les sacrifices que j'avais faits pour sa "vision". Il m'avait sortie d'une petite troupe de province, c'est vrai. Il me l'avait assez répété.
« Je t'ai créée, Léa. Je t'ai sortie de la boue pour te mettre sous les projecteurs. Ne l'oublie jamais. Ce que je donne, je peux le reprendre. »
C'était sa phrase fétiche, son arme pour me garder sous son contrôle.
Chloé s'est approchée, son visage débordant d'une fausse compassion.
« Marc a raison, chérie. Ce n'est qu'un petit rôle. C'est pour le bien du spectacle. Pour notre art. »
Le mot "notre" était un poison.
Le silence de ma part semblait l'énerver encore plus que des cris. Le masque de Marc s'est fissuré. Sa prise sur mon bras est devenue douloureuse.
« Tu m'as entendu ? » a-t-il grondé.
Il a fait un signe de tête à deux de ses assistants qui se tenaient derrière lui comme des molosses.
« Emmenez-la. Et faites-lui enfiler ce costume. De force, s'il le faut. »
Les deux hommes se sont avancés. L'un m'a saisie par l'autre bras. Ils étaient grands, massifs. J'étais prise au piège. Mon cœur battait la chamade, non pas de peur, mais d'une rage froide et pure. C'était loin d'être fini.
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