
La Muse Trahie du Chorégraphe
Chapitre 3
Les assistants de Marc m'ont traînée loin des regards, dans les couloirs froids des coulisses. L'un d'eux, un homme au visage ingrat, a ricané.
« Alors, la petite étoile est tombée de son piédestal ? Faut pas se prendre pour ce qu'on n'est pas, ma jolie. »
Sa main moite serrait mon bras, me laissant des marques. Une colère brute a monté en moi. J'ai tenté de me dégager, de lui donner un coup de pied.
« Lâchez-moi ! »
Mon mouvement a été inutile. Marc est arrivé derrière nous, son visage déformé par la fureur. Il a attrapé mes cheveux et a tiré ma tête en arrière, me forçant à le regarder. La douleur était vive, fulgurante.
« Tu vas te calmer, maintenant. »
Sa voix était un grondement sourd. Il a levé la main et m'a giflée. La claque a résonné dans le couloir silencieux. Ma joue a brûlé instantanément.
C'est à ce moment que Chloé est apparue, comme par magie.
« Oh, Marc, mon Dieu ! Ne sois pas si dur avec elle. Elle est juste sous le choc. »
Elle a posé une main apaisante sur son bras, le regardant avec des yeux de biche effarouchée. C'était une performance parfaite de douceur et de sollicitude, une façade qui cachait un venin pur.
Marc, visiblement flatté par son intervention, a relâché mes cheveux. Je suis tombée à genoux, la tête bourdonnante.
« Elle doit apprendre sa place, » a-t-il dit à Chloé, comme pour se justifier. « Sa place est ici, à nos pieds. »
Chloé s'est accroupie devant moi, son visage débordant d'une pitié feinte. Elle a fait mine de m'aider à me relever, sa main se posant sur mon épaule.
« Pauvre petite chose, » a-t-elle murmuré pour que je sois la seule à entendre. « Tu vois ? Tu n'es rien sans lui. Juste une marionnette cassée. »
Son ongle s'est enfoncé dans ma peau. Dans un réflexe de douleur et de rage, j'ai repoussé sa main.
« Ne me touchez pas ! »
Chloé a poussé un petit cri et s'est laissée tomber en arrière, comme si je l'avais frappée avec une force surhumaine.
« Elle m'a attaquée ! Marc, elle m'a griffée ! »
C'était un mensonge grotesque, mais Marc n'a rien voulu voir. La colère a de nouveau envahi son visage. Il m'a vue comme une menace pour sa précieuse Chloé.
Il s'est jeté sur moi. Il ne m'a pas seulement giflée cette fois. Il m'a frappée avec le plat de la main, encore et encore, sur le visage, sur les épaules. Je me suis recroquevillée au sol pour me protéger, le goût du sang dans la bouche.
« Tu oses toucher à Chloé ? Toi ? Espèce de petite garce ingrate ! »
La douleur était intense, mais l'humiliation l'était encore plus. Les deux assistants regardaient la scène sans bouger, avec un air de satisfaction malsaine.
À travers le brouillard de la douleur, j'ai trouvé la force de parler.
« Non. »
Ma voix était faible, rauque, mais ferme.
« Je ne monterai pas sur scène. Jamais. »
Marc s'est arrêté, surpris par ma résistance. Puis il a éclaté d'un rire cruel.
« Tu crois que tu as le choix ? »
Il m'a attrapée par le col de ma robe de soirée, me soulevant à moitié du sol.
« Tu n'es rien. Tu n'as rien. Si je claque des doigts, ta carrière est terminée. Ta vie est terminée. Alors tu vas faire exactement ce que je te dis. »
Chloé s'est relevée, se frottant le poignet comme si elle était gravement blessée.
« Marc, elle a raison. Ne la forçons pas. Mais... il faut bien que quelqu'un porte le costume du bouffon. C'est un élément clé. Et... il faut l'amener dans la loge. »
Son sourire était venimeux.
« Et je pense qu'il serait préférable qu'elle y aille... sans ses vêtements. Pour qu'elle ne soit pas tentée de s'enfuir. »
Marc a regardé ma robe de créateur, maintenant froissée et tachée. Un sourire mauvais s'est dessiné sur ses lèvres.
« Bonne idée, mon amour. »
Il a fait un signe de tête à ses hommes.
« Déshabillez-la. »
J'ai crié, je me suis débattue, mais ils étaient trop forts. Ils ont déchiré la soie délicate de ma robe. Le bruit du tissu qui se déchire a été le son de ma dernière once de dignité qui volait en éclats. Ils m'ont laissée là, en sous-vêtements, tremblante de froid, de choc et de rage, sur le sol glacial du couloir.
« Mettez-la dans le chariot à costumes et amenez-la à la loge numéro 12, » a ordonné Marc. « Et fermez la porte à clé. »
Ils m'ont soulevée sans ménagement et m'ont jetée dans un grand chariot en osier rempli de tissus poussiéreux. Le couvercle s'est refermé sur moi, me plongeant dans une obscurité suffocante. J'entendais leurs pas s'éloigner, et les rires de Chloé et Marc qui se fondaient en un écho monstrueux.
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