
La fiancée sous contrat du magnat
Chapitre 2
Julien ne semblait pas affecté. Il avançait avec assurance, saluant les uns et les autres d'un hochement de tête.
- Souriyez, murmura-t-il à Élise.
Elle s'exécuta, bien que son sourire soit un peu crispé.
- Julien ! s'exclama un homme d'une cinquantaine d'années, vêtu d'un costume gris. Voilà donc votre fameuse fiancée.
- Philippe, je te présente Élise, répondit Julien avec aisance. Élise, voici Philippe Armand, un de mes principaux partenaires.
Élise tendit une main tremblante.
- Enchantée.
Philippe lui lança un sourire chaleureux, mais elle sentit une pointe de curiosité dans son regard.
- Julien ne parle jamais de sa vie privée. Vous devez être quelqu'un de très spécial pour qu'il vous présente.
- Oh, euh... c'est très gentil, répondit-elle maladroitement.
Julien posa une main légère sur son dos, un geste qui se voulait rassurant.
- Élise préfère rester discrète, dit-il avec un sourire. C'est l'une des nombreuses raisons pour lesquelles je l'adore.
Elle sentit son cœur rater un battement. Ses mots sonnaient tellement naturels qu'elle en oublia presque qu'il jouait un rôle.
La soirée se poursuivit dans une ambiance feutrée, mais Élise eut du mal à se détendre. Les conversations étaient pleines de sous-entendus et de compétitions voilées. Chaque sourire semblait cacher une lame, chaque compliment était un piège potentiel.
Julien, cependant, naviguait dans cet environnement avec une aisance déconcertante. Il manipulait les discussions comme un maestro dirigeant un orchestre, chaque mot soigneusement choisi pour atteindre un objectif précis.
Quand ils quittèrent enfin le restaurant, Élise se sentit vidée, comme si elle avait couru un marathon.
- Vous vous en êtes bien sortie, dit Julien lorsqu'ils montèrent dans la voiture.
- C'est ce que vous pensez, répondit-elle en soupirant.
Il la regarda, un sourire amusé aux lèvres.
- Vous apprendrez.
Elle détourna le regard, observant les lumières de la ville défiler. Un poids pesait sur sa poitrine. Elle avait accepté cet arrangement pour des raisons pratiques, mais elle réalisait maintenant à quel point ce monde était étranger et dangereux pour elle.
Julien, assis à ses côtés, semblait parfaitement à l'aise, comme si tout cela n'était qu'un jeu. Mais Élise savait que pour elle, c'était bien plus que ça. C'était un saut dans l'inconnu, et elle ignorait encore où il la mènerait. Élise fixa la clé dorée posée dans le creux de sa main, son cœur battant un peu trop vite. La veille, après le dîner avec Julien et ses partenaires, il lui avait remis cette clé sans plus d'explications, ajoutant simplement :
- Vous emménagez demain.
Elle avait hoché la tête, trop épuisée pour protester, mais ce matin-là, en se tenant devant les imposantes grilles de la résidence Moreau, un mélange de crainte et de fascination s'emparait d'elle. La demeure était un chef-d'œuvre d'architecture moderne, avec ses lignes épurées, ses baies vitrées gigantesques et un jardin si impeccablement entretenu qu'il semblait presque irréel.
Un majordome en costume sombre l'accueillit avec un sourire professionnel et lui prit ses bagages – une valise usée et un vieux sac à dos. Élise se sentit immédiatement déplacée.
- Monsieur Moreau vous attend à l'intérieur, mademoiselle, annonça-t-il d'une voix polie.
Elle hocha la tête, nerveuse, et suivit l'homme à travers le hall d'entrée. Le marbre brillant sous ses pieds reflétait chaque pas qu'elle faisait, et les œuvres d'art modernes accrochées aux murs donnaient à l'espace une allure de galerie.
Julien apparut en haut de l'escalier central, impeccablement vêtu comme toujours. Il descendit avec une assurance naturelle, ses pas résonnant dans le silence.
- Bienvenue, dit-il simplement en la rejoignant.
- C'est... immense, murmura Élise, le regard perdu sur les hauteurs du plafond et les immenses fenêtres offrant une vue imprenable sur la ville.
- Vous vous y habituerez, répondit-il avec un sourire en coin.
Elle doutait sincèrement de pouvoir un jour se sentir à l'aise dans un lieu pareil, mais elle garda ses pensées pour elle.
- Suivez-moi, je vais vous montrer votre chambre, dit-il en prenant la direction d'un long couloir.
Élise le suivit en silence, passant devant plusieurs portes closes avant qu'il ne s'arrête devant une d'entre elles. Il ouvrit la porte sur une chambre somptueuse, décorée dans des tons neutres et apaisants. Un immense lit à baldaquin trônait au centre, accompagné de meubles élégants et d'un balcon donnant sur le jardin.
- Si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites-le savoir au personnel, ajouta-t-il en la regardant.
- Merci... c'est vraiment trop, répondit-elle, un peu mal à l'aise.
- Ce n'est pas un cadeau, Élise. C'est un arrangement, répliqua-t-il, son ton plus tranchant. Vous êtes censée être ma fiancée, rappelez-vous. Vous devez paraître à votre place ici.
Elle baissa les yeux, piquée par sa remarque.
- J'ai compris.
Il la regarda un instant, comme s'il cherchait à deviner ce qui se passait dans sa tête, puis hocha la tête et quitta la pièce.
Elle laissa échapper un long soupir une fois seule. Ce nouveau monde dans lequel elle venait d'entrer semblait écrasant. Tout était trop grand, trop brillant, trop parfait. Elle s'assit sur le bord du lit, se demandant une fois de plus si elle avait fait le bon choix.
Quelques heures plus tard, alors qu'elle explorait timidement la maison, Élise entendit des éclats de voix provenant du salon.
- Julien, tu ne peux pas être sérieux !
La voix était féminine, haute et pleine de mépris. Curieuse malgré elle, Élise s'approcha discrètement. À travers la porte entrebâillée, elle aperçut une femme élégante, vêtue d'une robe moulante, se tenant face à Julien. Ses cheveux blonds parfaitement coiffés et son maquillage impeccable trahissaient une beauté froide et calculée.
- Margaux, je n'ai pas de compte à te rendre, répliqua Julien, visiblement agacé.
- Oh, mais si, tu en as ! Cette... fille ? Elle sort d'où ? Tu crois que tu peux me remplacer par... ça ?
Margaux lança un regard dédaigneux vers la porte, et Élise se figea, comprenant qu'elle faisait référence à elle.
- Élise est ma fiancée, répondit Julien avec une fermeté qui ne laissait aucune place au doute. Et tu n'as pas à t'en mêler.
- Fiancée ? Ne me fais pas rire, Julien. Tout le monde sait que tu ne crois pas au mariage. Qu'est-ce que tu mijotes cette fois ?
Julien se rapprocha d'elle, la dominant de toute sa stature.
- Margaux, je te conseille de partir avant que je perde patience.
La blonde le dévisagea, furieuse, mais finit par tourner les talons avec un claquement de talons aiguille. Sur son chemin, elle croisa Élise, qui n'eut pas le temps de se cacher.
- Alors c'est toi, la grande fiancée ? lâcha Margaux avec un sourire moqueur.
Élise se contenta de la regarder, trop surprise pour répondre.
- Bonne chance, murmura Margaux d'un ton sarcastique avant de s'éloigner.
Quand elle disparut enfin, Élise sentit ses épaules se relâcher. Mais son soulagement fut de courte durée, car Julien apparut à son tour, visiblement contrarié.
- Je suis désolé que tu aies entendu ça, dit-il en croisant les bras.
- Qui est-elle ? demanda Élise, sans pouvoir cacher sa curiosité.
- Une erreur du passé, répondit-il sèchement. Ne t'inquiète pas pour elle. Elle ne reviendra pas.
Élise hocha la tête, bien qu'elle doute que Margaux se retire aussi facilement.
Le soir venu, Élise se prépara pour sa première soirée officielle dans son nouveau rôle. La styliste était revenue pour l'aider à se transformer, lui apportant une robe noire sobre mais élégante, ainsi qu'un maquillage subtil qui accentuait sa beauté naturelle.
- Vous êtes parfaite, déclara la styliste avec un sourire satisfait.
Mais Élise ne se sentait pas parfaite. Elle se sentait comme une imposture.
Quand elle descendit les escaliers, Julien l'attendait, impeccable comme toujours. Lorsqu'il la vit, son regard s'adoucit légèrement.
- Vous êtes ravissante, dit-il, un compliment qui sonnait presque sincère.
- Merci, murmura-t-elle, mal à l'aise.
Il lui tendit le bras, et elle le prit timidement. Ensemble, ils quittèrent la maison pour se rendre à l'événement.
La soirée se déroulait dans un hôtel luxueux, où des hommes en costumes et des femmes en robes de créateurs se mêlaient dans un décor opulent. Élise se sentit immédiatement submergée par l'atmosphère, mais Julien, à ses côtés, la guida avec une assurance tranquille.
- Souriyez, murmura-t-il à son oreille alors qu'ils entraient dans la salle principale.
Elle obéit, bien qu'elle sente son sourire trembler.
- Julien ! Voilà donc ta fameuse fiancée !
Un homme d'âge moyen, au regard calculateur, s'approcha d'eux avec un large sourire. Julien lui serra la main avant de poser une main légère sur le dos d'Élise.
- Voici Élise, dit-il d'un ton chaleureux. Élise, je te présente Charles Dupin, un de mes partenaires.
- Enchantée, dit-elle, essayant de masquer son anxiété.
- Julien a beaucoup de chance, répondit Charles avec un sourire charmant.
Pendant toute la soirée, Élise joua son rôle du mieux qu'elle put. Elle souriait, riait à des plaisanteries qu'elle ne comprenait pas toujours et serrait des mains avec une grâce qu'elle ne se savait pas capable d'avoir. Julien, toujours à ses côtés, lui murmurait de temps en temps des conseils ou des remarques rassurantes.
Mais même avec lui à ses côtés, elle ne pouvait s'empêcher de sentir les regards scrutateurs des autres invités. Certains souriaient, d'autres semblaient méfiants, comme s'ils devinaient que quelque chose n'allait pas.
Lorsque la soirée toucha enfin à sa fin, Élise se laissa tomber sur le siège de la voiture avec un soupir de soulagement.
- Tu t'en es bien sortie, dit Julien en la regardant.
- C'est ce que tu dis à chaque fois, répondit-elle avec un faible sourire.
- Parce que c'est vrai, répliqua-t-il.
Elle détourna les yeux, observant les lumières de la ville défiler à travers la fenêtre. Elle avait survécu à cette première soirée, mais elle savait que ce n'était que le début. Chaque jour dans ce monde semblait être un test, et elle ignorait combien de temps elle tiendrait avant de craquer. La soirée battait son plein dans le grand salon de l'hôtel particulier où se réunissaient les figures les plus influentes du cercle d'affaires de Julien. Élise avançait lentement parmi la foule, un verre de champagne à la main, ses pas mesurés mais hésitants. Chaque visage qu'elle croisait semblait plus intimidant que le précédent. Tout ici respirait la puissance, l'opulence, et une sorte de perfection glacée à laquelle elle savait qu'elle ne pouvait appartenir.
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