
La fiancée sous contrat du magnat
Chapitre 3
Julien était à quelques mètres d'elle, entouré d'hommes et de femmes qui semblaient accrochés à ses moindres paroles. Il parlait avec cette assurance imperturbable qui le caractérisait, son sourire poli et son ton calculé lui permettant de dominer sans effort chaque échange. Élise, elle, restait en retrait, essayant de ne pas attirer l'attention.
- Eh bien, si ce n'est pas la mystérieuse fiancée de Julien Moreau.
Élise se retourna, son cœur se serrant lorsqu'elle croisa le regard de Margaux. La femme s'avançait avec un sourire narquois, une coupe de champagne à la main. Sa robe rouge, moulante et provocante, semblait être un message clair : elle était là pour dominer, pour briller.
- Margaux, murmura Élise, tentant de cacher son malaise.
- Pas besoin de faire semblant, ma chère, lança Margaux avec un éclat de rire cristallin. Je sais exactement qui tu es... ou plutôt ce que tu n'es pas.
Élise sentit son estomac se nouer.
- Je ne sais pas de quoi vous parlez.
- Oh, voyons. Julien ne s'engagerait jamais sérieusement avec quelqu'un comme toi. Une petite secrétaire sans importance, une femme invisible. Ça crève les yeux que tout ça n'est qu'une mascarade.
Élise voulut répondre, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. La voix de Margaux était douce, presque mielleuse, mais ses paroles coupaient comme des rasoirs.
- Tu penses vraiment que tu peux te tenir à ses côtés ? Que tu as ta place ici ? Margaux pencha légèrement la tête, son sourire s'élargissant. Tu n'es qu'une distraction. Rien de plus.
La honte monta en flèche dans la poitrine d'Élise. Les regards furtifs des invités autour d'elles ne faisaient qu'aggraver son malaise. Elle voulait fuir, disparaître, mais ses jambes refusaient de bouger.
- Ça suffit.
La voix de Julien s'éleva soudain, tranchante et froide. Margaux se retourna, visiblement surprise, tandis qu'Élise sentait un mélange de soulagement et d'embarras l'envahir. Julien s'était rapproché, son regard glacial fixé sur Margaux.
- Julien, je ne faisais que discuter avec ta fiancée, répondit Margaux avec un sourire innocent.
- Discuter ? rétorqua-t-il, son ton sec comme un coup de fouet. Je te connais trop bien pour croire ça, Margaux.
Il fit un pas en avant, imposant par sa stature et son aura.
- Écoute-moi bien, continua-t-il, sa voix basse mais vibrante de colère contenue. Élise est sous ma protection. Tu ne te permets pas de la traiter comme tu viens de le faire, est-ce clair ?
Le sourire de Margaux vacilla un instant avant qu'elle ne se ressaisisse.
- Je ne faisais que lui rappeler où est sa place, répondit-elle avec un haussement d'épaules feint.
- Sa place est à mes côtés, trancha Julien. Et toi, Margaux, tu ferais bien de te souvenir que tu n'as plus aucune place ici.
Un silence tendu s'abattit autour d'eux. Margaux semblait hésiter entre répliquer ou s'éclipser, mais finalement, elle opta pour la seconde option. Elle tourna les talons, sa fierté visiblement piquée, et disparut dans la foule.
Élise resta figée, le regard fixé sur Julien. Elle ne s'attendait pas à ce qu'il intervienne, encore moins avec autant de force et de conviction.
- Ça va ? demanda-t-il doucement en se tournant vers elle.
Elle hocha la tête, bien que sa gorge soit encore nouée.
- Merci, murmura-t-elle.
Julien lui adressa un regard qui semblait plus doux, presque inquiet.
- Ne laisse pas Margaux t'atteindre. Elle est... jalouse et pathétique.
Élise hésita, cherchant ses mots.
- Elle a raison sur une chose, dit-elle finalement. Je ne suis pas à ma place ici.
Julien fronça les sourcils.
- Ne dis pas ça.
- Mais c'est vrai, insista-t-elle, la voix tremblante. Regarde-moi. Je ne sais même pas comment parler à ces gens. Tout ce que je fais, c'est rester dans ton ombre, en espérant que personne ne remarque à quel point je suis...
Elle s'interrompit, incapable de continuer. Julien soupira et posa une main légère sur son bras, un geste qui la surprit par sa douceur.
- Élise, ce monde est cruel, et il est rempli de gens comme Margaux qui veulent te faire croire que tu n'es pas assez bien. Mais tu es là, avec moi, parce que je t'ai choisie. Et je ne fais jamais de choix à la légère.
Elle leva les yeux vers lui, déconcertée par la sincérité dans son regard.
- Pourquoi moi ? demanda-t-elle doucement.
Julien resta silencieux un instant, comme s'il pesait sa réponse.
- Parce que tu es différente, répondit-il finalement. Tu ne joues pas à leurs jeux. Tu es authentique, et c'est exactement ce dont j'ai besoin.
Ses paroles résonnèrent en elle, dissipant une partie du doute qui l'étreignait.
- Viens, dit-il en lui tendant la main. La soirée n'est pas terminée.
Elle hésita une seconde avant de prendre sa main. À ses côtés, elle se sentit un peu plus forte, un peu plus capable d'affronter le reste de la soirée.
Alors qu'ils retournaient parmi les invités, Élise ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil à Julien. Il semblait toujours aussi impassible, aussi sûr de lui, mais quelque chose dans son attitude avait changé. Ce n'était plus seulement le magnat impitoyable qu'elle avait rencontré. Elle avait entrevu un homme capable de protéger, de réconforter, et peut-être même de ressentir quelque chose au-delà de la froideur qu'il affichait au monde.
Et pour la première fois depuis qu'elle avait accepté cet arrangement, Élise se surprit à penser qu'elle n'était peut-être pas si seule dans cette maison de verre et d'acier. Julien, malgré son armure glacée, cachait des failles qu'elle ne comprenait pas encore. Mais une chose était certaine : elle était déterminée à les découvrir. Les premières lueurs de l'aube filtraient à travers les immenses baies vitrées de la résidence Moreau, projetant des ombres douces sur les murs impeccablement blancs. Élise, encore enveloppée dans la robe de chambre en soie que le personnel avait laissé à son intention, était assise dans un coin du salon, une tasse de thé chaud entre les mains. Elle regardait distraitement le jardin, perdue dans ses pensées.
La soirée précédente l'avait laissée vidée. L'humiliation subie face à Margaux, suivie de l'intervention inattendue de Julien, tournaient en boucle dans son esprit. Elle avait encore du mal à comprendre pourquoi il l'avait défendue avec autant de ferveur. Était-ce seulement pour maintenir les apparences ?
Le bruit feutré de pas derrière elle la fit sursauter. Julien entra dans la pièce, déjà habillé dans son costume impeccable, une tasse de café noir à la main.
- Vous êtes matinale, remarqua-t-il en s'approchant.
- Je n'ai pas bien dormi, répondit-elle en évitant son regard.
Il hocha la tête, sans insister, et s'assit dans un fauteuil face à elle.
- Margaux ne vous dérangera plus, dit-il après un silence.
- Vous en êtes sûr ? rétorqua-t-elle avec une pointe d'ironie.
Un sourire en coin se dessina sur les lèvres de Julien, mais il s'évanouit aussi vite qu'il était apparu.
- Margaux est une opportuniste. Elle attaque là où elle sent une faiblesse.
Élise sentit une vague de colère monter en elle.
- Alors c'est ça que je suis pour vous ? Une faiblesse ?
Julien la fixa, visiblement surpris par sa réponse.
- Non, répondit-il finalement, son ton plus doux. Mais ce monde, Élise... Ce n'est pas un endroit pour les âmes sensibles.
Elle serra sa tasse un peu plus fort, cherchant à contenir les émotions qui menaçaient de la submerger.
- Pourquoi moi, Julien ? Pourquoi m'avoir impliquée dans tout ça ?
Il resta silencieux un instant, son regard fixé sur le liquide sombre dans sa tasse.
- Parce que j'avais besoin de quelqu'un en qui je pouvais avoir confiance, finit-il par dire.
Elle fronça les sourcils, confuse.
- Comment pouvez-vous dire que vous avez confiance en moi ? Vous ne me connaissez même pas.
Il releva les yeux vers elle, et pour la première fois, elle crut percevoir une lueur d'honnêteté brute dans son regard.
- Justement. Vous n'avez pas encore été corrompue par tout ça.
Le silence qui suivit était lourd, chargé de sous-entendus qu'elle ne savait pas encore interpréter.
- Il y a autre chose que vous devez savoir, reprit-il, brisant le calme.
Élise releva la tête, intriguée.
- Damien Lefèvre. Vous avez entendu ce nom ?
Elle secoua la tête.
- C'est mon plus grand rival, poursuivit-il. Il cherche depuis des années à me détruire, à me discréditer. Il est derrière chaque rumeur, chaque tentative de sabotage contre moi et mon entreprise.
- Pourquoi ? demanda Élise, surprise par la tension dans sa voix.
- Parce que je suis là où il veut être, répondit Julien avec un sourire amer. Et parce qu'il croit que tout lui est dû.
Élise sentit un frisson parcourir son échine.
- Qu'est-ce que ça a à voir avec moi ?
- Damien est malin, continua Julien. Il cherche des failles, des moyens de me nuire. Vous, Élise, vous êtes désormais une cible. Si vous faites un faux pas, si vous donnez la moindre raison de douter de notre relation, il s'en servira contre moi.
Elle ouvrit la bouche pour protester, mais il leva une main pour l'interrompre.
- Je ne vous demande pas d'être parfaite. Mais tant que ce contrat est en vigueur, vous devez être irréprochable.
Les mots résonnèrent dans la pièce comme une sentence. Élise sentit le poids de cette responsabilité s'abattre sur elle, la laissant à bout de souffle.
- Et si je fais une erreur ? demanda-t-elle d'une voix faible.
- Alors, nous tomberons tous les deux, répondit-il sans détour.
Elle serra les poings, un mélange de colère et de peur grondant en elle. Elle n'avait jamais voulu être mêlée à des jeux de pouvoir. Tout ce qu'elle avait voulu, c'était échapper à ses dettes et retrouver un semblant de stabilité.
Julien se leva, posant sa tasse sur une table basse.
- J'ai une réunion importante aujourd'hui. Je serai de retour ce soir.
Elle hocha la tête, incapable de répondre.
- Élise, ajouta-t-il en se tournant vers elle. Vous êtes plus forte que vous ne le pensez.
Puis il quitta la pièce, la laissant seule avec ses pensées et ce poids écrasant qu'il venait de déposer sur ses épaules.
Plus tard dans la journée, Élise décida de lire en détail le contrat qu'elle avait signé. Jusqu'à présent, elle s'était contentée des grandes lignes que Julien lui avait expliquées, mais elle sentait qu'il était temps de comprendre exactement dans quoi elle s'était engagée.
Installée dans le bureau de Julien, elle parcourut les pages du document, son cœur se serrant à mesure qu'elle découvrait des clauses qu'elle n'avait pas remarquées auparavant. L'une d'elles, en particulier, attira son attention :
« L'épouse de contrat s'engage à adopter une conduite exemplaire en toutes circonstances. Tout comportement inapproprié ou susceptible de porter atteinte à la réputation de Julien Moreau entraînera des conséquences légales et financières. »
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