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Couverture du roman La Concubine d'El Cabeza

La Concubine d'El Cabeza

Sofia doit son salut à Rafael La Costa, l'inconnu qui l'a arrachée à la mort lors d'un attentat à Madrid. Éperdue d'amour, elle cherche désespérément à retrouver son sauveur, ignorant tout de son appartenance à la mafia. Mais intégrer l'univers de Rafael exige un prix colossal. Pour cet homme, Sofia sera-t-elle capable de renoncer à son identité, ses proches et son ancienne vie ? Entre passion et sacrifices extrêmes, son destin bascule dans l'ombre.
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Chapitre 1

Je me souviens comme si c'était hier du jour où il est entré dans ma vie.

Lui. Mon sauveur.

Mon chevalier noir dans sa belle armure.

C'était le 15 mai dernier, à Madrid.

La fête de San Isidro que toutes les Madrilènes célèbrent.

Pour cette occasion, je ne pouvais m'entrainer, car toutes les rues étaient bondées et difficilement praticables à vélo.

J'avais donc décidé de suivre le mouvement comme tous les autres. Je portais même les vêtements traditionnels des paysannes de la région. Lors de la fête de ce saint qui est aussi en quelque sorte une fête du printemps, Madrilènes et touristes se rendent en procession jusqu’à un ermitage situé dans le parc de la Pradera de San Isidro, pour passer la journée à danser et déguster des mets typiques tels que les gallinejas (tripes) ou rosquillas au sucre (beignets).

Je me suis mêlée aux chulapos et chulapas (habitants de Madrid en costume typique). Il y avait un concert en plein air en l'honneur de saint Isidore et l'ambiance de fête inondait chaque recoin de la ville de Madrid.

Et puis… je l'ai vu… Il était là, parmi les gens du coin…

Il était magnifique dans son costume. Si différent des autres! Il ne portait pas les habits traditionnels, mais un pantalon noir très élégant avec une chemise de corsaire aux manches roulées qui laissait voir un étrange tatouage sur son poignet gauche… Il s'agissait d'une torpille filant comme le vent.

Il portait aussi un gilet de cuir lacé dans le dos. Ses cheveux noirs étaient suffisamment longs pour qu'il se fasse une toute petite queue basse qui lui arrivait aux épaules. Son look était un peu dans le style steampunk et je pouvais sentir que c'était de la haute couture… ce type était très à l'aise financièrement.

Mais l'argent, je m'en fiche bien. Ma famille est très à l'aise financièrement elle aussi et je sais par expérience qu'être riche ne vous rend pas plus heureux. C'est souvent même le contraire.

D'ailleurs, cet homme avait du vécu… cela pouvait se sentir. Il n'était pas beaucoup plus vieux que moi. Le début de la trentaine ou la fin de la vingtaine tout au plus. Mais je pouvais voir dans ses yeux qu'il ne l'avait pas eu facile. Non! Même que cette douleur sourde au fond de ses yeux interpellait ma propre souffrance… Une souffrance dont je ne parle jamais.

C'est ce qui m'avait le plus interpellé, ses yeux en amandes au regard tellement torturé ainsi que ses traits métissés.

Il était comme moi. Le fruit d'un métissage entre deux races. J'étais prête à parier que l'un de ses deux parents était Espagnol et l'autre asiatique.

Le résultat de ce métissage était tellement beau! Tellement racé, comme un dieu vivant.

Oui. Il me faisait l'effet d'un dieu vivant et je me sentais si petite et fragile en comparaison de cet être qui inspirait une telle force.

Il était dangereux.

Oui. Dangereux.

Je le craignais au moins autant qu'il m'attirait…

Je l'ai d'abord croisé au stand qui vendait les 'gallinejas y entresijo' et il a ri de moi en me voyant hésiter à en manger le contenu d'une petite assiette en carton après que le vendeur m'eut convaincu d'en acheter, mais avant de me dire le nom de cette spécialité!

Je suis mulâtre. Ma mère était Colombienne, mon père Américain. Je parle donc espagnol. Aussitôt que le vendeur m'avait dit le nom de ce qu'il venait de me vendre, j'avais alors réalisé que c'était des tripes d'agneau que j'ingurgitais!

Mon bel inconnu, très grand et très beau, et qui se tenait à petite distance, avait bien ri de la tête que je faisais! Les mains dans les poches de son beau pantalon, il m'avait observé avec amusement en prendre une toute petite bouchée d'un air rebuté.

Puis le contact visuel s'était brisé entre nous quand une femme un peu plus jeune âgée (je dirais pas plus de 26 ou 26 ans) s'était approchée de lui et l'avait tiré par le bras:

— Allez! Maestro Rafael! Venez danser!

Maestro?

Je ne savais trop que penser de la manière dont elle l'interpellait… Cet homme fait-il partie d'un corps de métier particulier? Ou serait-ce une marque de respect, comme les senseis au karaté?

Le regarde du bel inconnu avait alors pétillé de joie quand il s'était laissé entrainer par le beau brin de femme en direction d'une zone du parc où une piste de danse avait été aménagée. Un groupe de musiciens locaux y jouait de la musique flamboyante d'Espagne!

Lui était très grand et très costaud sans être trop large des épaules. Il dansait si bien en compagnie de sa partenaire, qui était une femme très grande et élancée. Je me souviens avoir ressenti un petit pincement au cœur en les observant danser au milieu du parc avec tous les autres gens du coin qui les applaudissaient et les encourageaient! S'il aimait les femmes de ce genre… cela voulait dire que je n'étais pas du tout son type.

À titre de cycliste, j'ai les jambes ultras musclées. Mon corps est aussi étrangement petit... Tout en muscle. Je n'ai pas non plus une poitrine aussi volumineuse que cette Espagnole aux formes voluptueuses.

Ils allaient tous deux si parfaitement bien ensemble! Les mêmes yeux noirs, la même tignasse de cheveux tout aussi noirs aux reflets même bleutés. Mes cheveux à moi sont d'un noir un peu plus terne et ils sont aussi bien trop volumineux! Eux, ils avaient de beaux cheveux si lisses... Et aussi tous deux des mains fines, un front et un menton volontaire, un nez aquilin et des lèvres charnues.

Je n'ai pas les lèvres aussi pulpeuses que celle de "Maestro Rafael" malgré mes origines métissées! Mes lèvres trop minces détonnent de mes autres traits du visage ainsi que de ma couleur de peau qui est moins bronzée que celle de ma mère et de mes deux autres sœurs. J'ai aussi hérité des yeux verts de mon père, ce qui fait de moi une véritable curiosité sur le plan physiologique.

En dansant, le visage de Maestro Rafael et de sa partenaire manifestait aussi la même expression de totale libération. Ils se déhanchaient de manière un peu lascive et sans la moindre inhibition. Moi je suis tellement coincée, tellement timide. La typique Américaine ultra pudique!

Mais j'avais l'étrange sensation que, même en dansant avec cette femme, Maestro Rafael parvenait à ne jamais vraiment me quitter des yeux.

Cela m'avait donné le frisson et j'avais soudain eu le désir de fuir ce regard de grand prédateur posé sur moi. Je m'étais alors éloignée instinctivement de cette zone du parc et je m'étais décidé à explorer les festivités qui avaient cours dans un autre secteur.

C'est à ce moment exact que ma vie fut entièrement bouleversée à jamais!

Je m'étais approchée de la fontaine du parc et je m'apprêtais à faire un vœu quand un vent de panique est survenu.

D'abord, il y a eu une explosion. Ensuite, ce fut la débandade. Un nuage de poussière fine a commencé à envahir le parc, en plein dans le secteur que je venais de quitter! J'ai entrevu des formes fantomatiques de gens qui courraient de droite et de gauche. Mais ils n'avaient le temps que de faire quelques pas avant de tomber comme des mouches.

C'était affreux parce qu'alors du sang leur sortait des orifices. Les yeux. La bouche. Les oreilles! Je me suis figée sur place. Paralysée de peur.

Ça y'est. J'allais mourir sans jamais avoir vraiment vécu.

C'est alors que je l'avais vu émerger de ce nuage de poussière fine. Mon sauveur.

Il avait foncé droit sur moi et il avait plaqué durement un mouchoir en tissu sur mon visage. Son regard était si déterminé, si froid, si terrifiant... quand il m'avait ordonné de le tenir bien fermement sur mon visage. Je voulais m'objecter. Mais vous?

Mais étrangement, lui, il ne paraissait pas affecté par ce poison qui tuait tous ces gens. Comme s'il était une sorte de super héros!

Je n'ai pas eu le temps d'y réfléchir, car il me poussait et m'entrainait en direction de la sortie du parc. Nous approchions d'une rue voisine quand j'ai commencé à faiblir. Je sentais mon énergie être drainée et ma respiration se faire plus pénible.

Était-ce les premiers symptômes?

Je commençais sans doute à être affectée par cet agent chimique qui avait été dispersé dans le parc...

Mon sauveur a dû s'en apercevoir, car il s'est retourné et son regard exprimait cette fois la terreur.

Tout ce dont je me souviens par la suite, c'est qu'il m'avait prise dans ses bras musclés au moment exacte où je m'effondrais...

Après, ce fut le vide, la noirceur... le néant.

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