
La compagne de l'Alpha maudit
Chapitre 2
L'aube m'a trouvée dans un état entre l'éveil et le rêve, l'esprit embrouillé par les hurlements de la veille. J'avais passé la nuit à relire des passages du journal, tentant d'y trouver un sens logique, une explication rationnelle. Mais rien n'y faisait. Plus je plongeais dans ces mots griffonnés à la hâte, plus ils semblaient exercer une emprise étrange sur moi.
Le matin, la ville était fidèle à elle-même. Les pavés humides brillaient sous un soleil pâle, et les habitants vaquaient à leurs occupations sans se soucier du monde extérieur. Pourtant, je me sentais changée, comme si la nuit m'avait laissée différente. Une idée sournoise s'était insinuée dans mon esprit, refusant de me laisser tranquille : la forêt. Elle semblait m'appeler, murmurer à mon subconscient des choses que je ne pouvais pas ignorer.
Dans l'après-midi, je cédai enfin à cette impulsion. Je me disais que ce n'était qu'une promenade, rien de plus. Juste une manière de calmer mes nerfs et de vérifier que tout cela n'était que des histoires. Pourtant, au fond de moi, je savais que c'était plus que ça. Mon cœur battait fort alors que je m'approchais de la lisière des arbres. La forêt se dressait devant moi, imposante, presque vivante. Une odeur de terre humide et de bois empli l'air, et un silence pesant régnait, brisé uniquement par le bruissement des feuilles.
Je n'avais dit à personne où j'allais. Pas que cela ait vraiment de l'importance, étant donné que je vivais seule et que mes quelques amis étaient loin de partager mon obsession pour ce genre de mystères. Mais cette solitude rendait ma décision encore plus étrange. Je franchis la première ligne d'arbres, un frisson me parcourant alors que je pénétrais dans ce royaume d'ombres et de lumière tamisée.
Au bout de quelques minutes, le bruit de la ville avait complètement disparu, remplacé par un silence presque surnaturel. Chaque craquement de branche sous mes pieds me faisait sursauter, comme si j'étais un intrus dans un lieu sacré. Pourtant, une partie de moi se sentait... à sa place, comme si cette forêt avait toujours attendu ma venue.
Alors que je marchais, mon esprit vagabondait. Je repensais aux mots du journal, à cette "Lignée" mystérieuse, aux rituels sous la lune. Ces idées qui semblaient absurdes la veille prenaient soudain une consistance effrayante.
- T'es folle, Émilie, murmurai-je à moi-même, plus pour combler le silence que par réel besoin.
Je sursautai quand une branche craqua derrière moi. Je me retournai vivement, mon cœur tambourinant dans ma poitrine. Rien. Juste des arbres, immobiles et imposants. Je repris ma marche, mais cette fois, mon instinct était en alerte, chaque fibre de mon être tendue comme un fil prêt à casser.
Soudain, une silhouette apparut au détour du sentier. Mon souffle se bloqua. C'était un homme, vêtu de noir, son visage partiellement dissimulé par l'ombre d'une capuche. Il semblait tout aussi surpris de me voir que moi de le croiser.
- Vous cherchez quelque chose ? lança-t-il, sa voix grave brisant le silence.
Je bégayai, incapable de formuler une réponse cohérente. Mon esprit me hurlait de mentir, mais avant que je ne puisse dire quoi que ce soit, il hocha la tête, comme s'il comprenait déjà.
- Faites attention où vous mettez les pieds, dit-il avant de disparaître entre les arbres.
Je restai là, immobile, le cœur battant. Qui était-il ? Que faisait-il ici, dans cette forêt, à cette heure ? L'inconnu avait une présence étrange, presque surnaturelle. Je me promis de ne pas m'attarder, mais mes pieds semblaient avoir leur propre volonté. Je continuai d'avancer, attirée par quelque chose que je ne pouvais nommer.
Plus profondément dans la forêt, le chemin devint plus sauvage, presque méconnaissable. La lumière du jour se faisait rare, filtrant à peine à travers le feuillage dense. Et c'est là que je le vis.
Un loup.
Il se tenait à quelques mètres de moi, immobile, ses yeux d'un jaune perçant fixés sur les miens. Mon souffle se coupa. Il n'y avait aucun doute sur ce que je voyais, mais tout en lui semblait... différent. Il était plus grand que n'importe quel loup que j'avais vu en photo, et il émanait de lui une aura presque humaine. Une intelligence brûlait dans son regard, comme s'il comprenait parfaitement ma présence.
- Doucement, murmurai-je, ma voix tremblante.
Il ne bougea pas, mais ses oreilles frémirent, captant chaque son autour de nous. Une tension indescriptible flottait dans l'air, et pendant un instant, j'eus l'impression qu'il allait s'approcher. Mais un craquement, loin derrière moi, rompit le moment. En un éclair, le loup tourna les talons et disparut dans les fourrés, silencieux comme une ombre.
Je restai là, pantelante, mes jambes tremblant sous moi.
- C'était quoi ça... ? dis-je à haute voix, espérant que le son de ma voix m'ancrerait dans la réalité.
Je repris ma marche, les yeux rivés sur le sol, cherchant des traces, des indices. Et c'est là que je tombai dessus.
Un pendentif, presque dissimulé sous les feuilles mortes. Je me penchai pour le ramasser, mes doigts tremblants. Le métal était froid au toucher, et un symbole complexe y était gravé. Mon cœur rata un battement. Ce symbole... Je l'avais vu quelque part.
Je sortis le journal de mon sac, fébrile. Je tournai les pages avec précipitation jusqu'à ce que je tombe sur ce que je cherchais : le même symbole, dessiné avec une précision obsessionnelle.
Je levai les yeux vers la forêt qui m'entourait, le pendentif serré dans ma main. La sensation d'être observée me revint, plus forte que jamais.
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