
La compagne de l'Alpha maudit
Chapitre 3
Le matin suivant, je m'étais levée avec une boule au ventre. Ce que j'avais découvert la veille dans la forêt me hantait encore. Le pendentif, l'inconnu, le loup... Tout semblait si irréel et pourtant, je l'avais vécu. Je n'avais pas fermé l'œil de la nuit, ressassant chaque détail, chaque sensation. Maintenant, avec le jour bien installé, je me sentais un peu ridicule d'avoir été aussi troublée. Peut-être que j'exagérais, que mon esprit s'emballait pour rien.
Sur le chemin du campus, le pendentif était soigneusement rangé dans mon sac, caché comme un secret trop lourd à partager. La matinée de cours se déroula sans incident notable, bien que mon esprit vagabondait sans cesse vers la forêt et le journal. Ce n'est qu'à l'heure du déjeuner, en retrouvant Noémie à notre table habituelle du réfectoire, que je décidai de parler.
- Tu ne devineras jamais ce qui m'est arrivé, dis-je en posant mon plateau avec un soupir.
Noémie, mon amie depuis la première année, était de ces personnes qui semblaient toujours parfaitement à leur place. Avec ses cheveux blonds impeccablement lissés et son sourire toujours prêt à se moquer, elle attirait les regards sans le moindre effort.
- Oh, laisse-moi deviner, répondit-elle avec un sourire en coin. T'as encore passé trop de temps dans cette fichue bibliothèque ? Madame Gauthier commence sûrement à se demander si t'as pas l'intention d'y camper.
- Ce n'est pas ça, fis-je, en ignorant son sarcasme. Enfin, pas exactement. J'ai trouvé un truc, quelque chose de bizarre... et c'est lié à la forêt.
Elle fronça les sourcils, visiblement intriguée malgré elle.
- La forêt ? Tu veux dire celle derrière le campus ? C'est un coupe-gorge là-bas, Émilie. Qu'est-ce que tu foutais là-bas toute seule ?
Je lui racontai tout. Le journal, le hurlement, ma décision impulsive d'explorer la forêt, l'homme étrange, le loup, et enfin, le pendentif. À mesure que je parlais, Noémie me regardait avec une expression qui oscillait entre scepticisme et amusement.
- Attends, attends, coupa-t-elle, les yeux pétillants de moquerie. Tu veux me faire croire que t'as croisé un grand loup solitaire qui te fixait comme dans un film ? Et un mystérieux inconnu ? Sérieusement, Émilie, t'as trop regardé de séries Netflix.
- Je suis sérieuse, Noémie, répliquai-je, légèrement vexée. C'était... réel. Je sais ce que j'ai vu.
Elle haussa les épaules en piquant dans son plat avec sa fourchette.
- Eh bien, si c'était réel, peut-être que t'as inhalé des spores bizarres ou je sais pas quoi. Ça expliquerait les visions. Ou alors, t'es en train de devenir folle. Dans les deux cas, ça fait une sacrée histoire.
- Je savais que tu dirais ça, marmonnai-je.
- Tu devrais parler à Clément, suggéra-t-elle soudainement, avec un air malicieux. Il adore ce genre de trucs mystiques. Il te sortirait sûrement une théorie ésotérique à deux balles.
Clément, son petit ami, était l'exact opposé de Noémie. Silencieux, observateur, il dégageait une aura énigmatique qui mettait parfois les gens mal à l'aise. Je ne l'avais jamais vu rire franchement, mais il avait un regard perçant qui donnait l'impression qu'il lisait dans les pensées.
- Pas question, répondis-je. La dernière chose dont j'ai besoin, c'est qu'il me prenne pour une illuminée.
Noémie éclata de rire.
- Trop tard pour ça, ma vieille. Tu t'es déjà mise dans un sacré pétrin avec ton histoire.
L'après-midi passa lentement, ponctué par mes tentatives infructueuses de me concentrer sur mes cours. Lorsque j'eus enfin fini, je me retrouvai comme par automatisme à la bibliothèque. Madame Gauthier était à son poste habituel, un livre énorme entre les mains. Je lui adressai un sourire poli en passant, mais mon attention était ailleurs. Je voulais trouver quelque chose, n'importe quoi, pour éclaircir le mystère du pendentif.
Alors que je parcourais les étagères poussiéreuses, un murmure de voix attira mon attention. Quelqu'un parlait à Madame Gauthier, et cette voix... elle avait quelque chose de captivant. Je jetai un coup d'œil furtif dans leur direction.
Un homme, grand et mince, se tenait près du comptoir. Il portait un manteau sombre, et ses cheveux bruns, légèrement en bataille, encadraient un visage qui semblait à la fois jeune et marqué par une vie intense. Ses gestes étaient calmes, presque mesurés, et il tenait un livre ouvert dans ses mains.
- Je cherche un exemplaire du *Codex Lunaris*, disait-il d'un ton bas, presque murmurant. Vous l'auriez en réserve ?
Madame Gauthier secoua la tête avec un sourire navré.
- Désolée, monsieur. Ce genre de livre est rare, et je doute qu'il soit dans notre collection. Vous pourriez essayer la grande bibliothèque de la ville.
L'homme hocha légèrement la tête avant de refermer son livre. C'est à ce moment-là que nos regards se croisèrent. Un frisson me parcourut l'échine. Il y avait dans ses yeux une intensité qui me paralysa sur place. Ils semblaient presque briller dans la lumière tamisée de la bibliothèque, et pendant un instant, j'eus l'impression qu'il pouvait voir à travers moi.
Je détournai rapidement les yeux, feignant un intérêt soudain pour un ouvrage sur la botanique.
- Vous travaillez ici ? demanda-t-il, sa voix résonnant soudainement à mes oreilles.
Je relevai la tête, confuse. Il s'adressait à moi.
- Euh, non, balbutiai-je. Je suis étudiante.
Il s'approcha de quelques pas, et je remarquai alors à quel point il était grand. Il avait une présence qui semblait remplir l'espace autour de lui.
- Je vois. Alors peut-être que vous pourriez m'aider, dit-il avec un sourire léger. Vous semblez connaître les lieux mieux que moi.
- Ça dépend de ce que vous cherchez, répondis-je, essayant de garder mon sang-froid.
Il haussa un sourcil, comme amusé par ma réponse.
- Rien de particulier, en réalité. Mais si vous croisez un livre qui parle des anciens rituels ou des mythes locaux, je suis preneur.
Mon cœur rata un battement. Parler de rituels n'était pas exactement une demande anodine, et encore moins après ce que j'avais vécu. Mais je me contentai d'acquiescer maladroitement.
- Je peux regarder, proposai-je.
- Merci. Oh, et... dit-il en baissant légèrement la voix, un conseil. Restez loin de la forêt.
Sa phrase me heurta comme un coup de tonnerre. Mon regard se figea dans le sien, cherchant à comprendre ce qu'il voulait dire. Il me fixait avec une gravité qui ne laissait aucune place à l'interprétation.
- Pourquoi ? demandai-je finalement, ma voix presque un murmure.
Il resta silencieux un instant, puis sourit légèrement, un sourire qui n'atteignit pas ses yeux.
- Disons que certaines choses devraient rester là où elles sont.
Et sur ces mots, il tourna les talons et disparut entre les étagères, me laissant seule avec mes questions et une boule grandissante dans le ventre.
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