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Couverture du roman La compagne de l'Alpha maudit

La compagne de l'Alpha maudit

Émilie Laurent, étudiante en biologie, exhume un manuscrit ancien révélant les secrets d'une meute de loups-garous disparue. Fascinée, elle s'aventure dans les bois où elle croise Gabriel, l'héritier d'une lignée déchue frappée par un sortilège. Un lien irrépressible unit alors l'humaine au lycanthrope. Tandis qu'un ennemi surgit du passé pour se venger, Émilie réalise que sa propre identité est liée à cette malédiction. Sa quête de vérité devient un combat pour leur survie.
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Chapitre 1

Je m'appelle Émilie. Je vis dans une petite ville que personne ne prend la peine de situer sur une carte, coincée entre des collines couvertes de forêts denses et un lac qui scintille rarement, tant le ciel y est souvent gris. Ici, tout semble figé dans une routine rassurante, presque soporifique. Les rues pavées, les maisons aux façades usées par le temps, et les visages familiers que je croise chaque jour... Tout respire l'immobilité. Mais il y a cette tension, ce quelque chose d'indéfinissable qui flotte dans l'air, comme un murmure qu'on ne peut jamais vraiment saisir.

Je passe mes journées à l'université locale, où j'étudie la biologie. Une passion, ou peut-être une obsession, née de ma fascination pour ce qui est caché, invisible à l'œil nu. Aujourd'hui, j'étais plongée dans mes recherches sur l'épigénétique, m'émerveillant des secrets que recèle notre ADN. J'aime croire qu'il y a toujours une logique, une explication à tout. Pourtant, ce jour-là, quelque chose allait troubler mes certitudes.

En fin d'après-midi, je m'étais rendue à la bibliothèque, comme à mon habitude. Une vieille bâtisse, à moitié rongée par l'humidité, où flottait une odeur familière de papier jauni et de poussière. Madame Gauthier, la bibliothécaire, m'accueillit avec son éternel sourire légèrement pincé.

- Encore plongée dans tes projets, Émilie ? Si tu continues à te perdre dans les livres, tu risques de devenir aussi poussiéreuse que ces rayons, plaisanta-t-elle en me tendant une pile d'ouvrages que j'avais réservés.

- Merci, Madame Gauthier. Et vous savez quoi ? Je crois que je suis déjà en train de me fossiliser, rétorquai-je en souriant.

Elle gloussa avant de s'éloigner, sa démarche lente trahissant son âge avancé. Je me perdis rapidement dans mes recherches, feuilletant livre après livre, absorbée par les articles scientifiques et les théories complexes. Mais c'est en fouillant dans un recoin oublié de la bibliothèque que mon regard fut attiré par un objet inhabituel.

Un journal, posé là, recouvert d'une fine couche de poussière. Il semblait si ancien que je craignais que les pages ne s'effritent entre mes doigts. Je le pris délicatement et l'ouvris. L'écriture, nerveuse et irrégulière, sautait presque hors des pages, comme si celui qui l'avait rédigé avait déversé ses pensées dans un état de frénésie.

Ce journal était bien plus qu'un simple carnet. Dès les premières lignes, il était question de rituels, de pleines lunes et d'une meute qui semblait exister en marge de la société. Les descriptions étaient si détaillées que cela m'en donna la chair de poule. Je ne pus m'empêcher de murmurer à moi-même :

- Mais c'est quoi, ce délire ?

Les mots dansaient devant mes yeux. Il y était question de transformations, de liens sacrés avec la nature, et de quelque chose appelé "la Lignée". Je fronçai les sourcils, partagée entre fascination et incrédulité. Une part de moi voulait fermer le livre, le ranger là où je l'avais trouvé, mais une autre... Une autre voulait comprendre. Et cette dernière l'emporta.

Le temps sembla s'étirer alors que je dévorais les pages, mon esprit oscillant entre l'excitation et une étrange appréhension. Je perdis toute notion des heures qui passaient, jusqu'à ce que Madame Gauthier, d'un ton gentil mais ferme, vienne me rappeler que la bibliothèque allait fermer.

- Émilie, ma chère, il est presque neuf heures. Tu ne veux pas que je te laisse enfermée ici, n'est-ce pas ?

Je sursautai, refermant le journal à la hâte.

- Non, bien sûr, désolée. Je ne me suis pas rendu compte de l'heure.

Je glissai le journal dans mon sac sans trop réfléchir. Je savais que je n'aurais pas dû, mais il y avait quelque chose dans ces écrits, une sorte d'appel silencieux que je ne pouvais pas ignorer.

Dehors, la nuit était tombée, enveloppant la ville dans une obscurité presque palpable. Je marchais rapidement, resserrant ma veste autour de moi pour me protéger du froid. Les rues étaient désertes, comme si la ville elle-même retenait son souffle. Mon esprit tournait encore et encore autour des mots du journal. Des phrases comme *"le sang lie les âmes au-delà de la chair"* ou *"la pleine lune révèle la véritable nature des êtres"* revenaient en boucle, m'imprégnant d'un sentiment de malaise.

Et c'est alors que je l'entendis.

Un hurlement. Lointain, mais indéniable. Un cri primal qui semblait transpercer l'air froid de la nuit. Je m'arrêtai net, mon cœur battant à tout rompre. J'aurais pu me convaincre qu'il s'agissait simplement d'un chien, mais ce son... Il avait quelque chose de profondément étrange, presque surnaturel.

Je tournai la tête vers la forêt qui bordait la ville. Elle se dressait là, sombre et imposante, comme une frontière entre deux mondes. Une légère brume rampait entre les arbres, et pour la première fois depuis longtemps, je ressentis un frisson de peur.

- Ce n'est rien. Juste un animal, murmurai-je, comme pour me rassurer.

Mais mes jambes semblaient clouées au sol, refusant de bouger. Je tendis l'oreille, espérant ne rien entendre de plus, mais un second hurlement retentit, plus proche cette fois. Mon instinct me hurlait de courir, de m'éloigner de cette forêt et de rentrer chez moi, mais je restai figée, hypnotisée par l'idée que quelque chose d'étrange se cachait là-bas.

Finalement, je me forçai à bouger. Mes pas, rapides et maladroits, résonnaient dans les rues silencieuses. Je n'osais plus jeter un regard en arrière, mais l'image de ces arbres sombres et de ce hurlement résonnait encore dans mon esprit bien après que j'eus franchi la porte de mon appartement.

Une fois à l'intérieur, je verrouillai la porte et tirai les rideaux. Mon cœur battait encore la chamade, et je dus m'asseoir un moment pour reprendre mon souffle. Ce n'était pas la première fois que j'entendais parler de ces légendes locales, ces histoires de loups qui rodaient dans les bois. Mais jusque-là, je les avais toujours reléguées au rang de contes pour effrayer les enfants. Ce soir, elles prenaient une dimension bien plus réelle.

Je sortis le journal de mon sac et le posai sur la table devant moi. Les pages semblaient presque vibrer sous la lumière tamisée de ma lampe, comme si elles attendaient que je les ouvre à nouveau. Je pris une profonde inspiration avant de me décider.

Je n'étais pas prête à dormir. Pas encore.

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