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Couverture du roman Justin Tome I & II

Justin Tome I & II

Justin explore le destin d'un homme et d'une lignée marquée par l'omerta et les trahisons. Longtemps préservés par le silence des aînés, les descendants font face à des secrets insoupçonnés lorsque des imprévus déchirent le voile du passé. Marqués par les tragédies du XXe siècle, les personnages évoluent tels des équilibristes sur le fil de l'histoire. Ernestine livre ici un récit poignant où les horreurs mondiales forgent les âmes jusqu'à une révélation finale explosive.
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Chapitre 1

Je dédie ce roman à ma sœur, Kilou, qui ne le lira jamais.

Sauf si le prochain visiteur de la lune y dépose ce livre.

C’est en effet là que j’ai rendez-vous avec elle,

ce soir d’hiver où elle s’assoit sur le plus petit croissant,

accompagnée de l’étoile polaire juste à côté et qu’elle me sourit. Tu me manques depuis déjà tellement d’années !

Livre 1

1914 – 1946

28 juin 1914, Sarajevo, c’est le jour choisi par Gavrilo Princip pour assassiner l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône de l’empire austro-hongrois encore sous le règne de François-Joseph à ce moment-là. Son épouse, Sophie, trouvera également la mort dans cet attentat. Cet événement sera le déclencheur de la Première Guerre mondiale. Une crise diplomatique de grande ampleur succédera à ce double crime. Princip faisait partie d’une organisation « Jeune Serbie », plutôt révolutionnaire et armée par « La Main Noire », société secrète indépendantiste et nationaliste, coexistant avec le gouvernement serbe. La visite de l’archiduc à Sarajevo, capitale de Bosnie-Herzégovine faisant partie de l’empire, semble une provocation aux yeux des Serbes qui veulent réunir sous leur nom tous les pays qui composent les Balkans qu’ils soient d’influence musulmane ou chrétienne. De nombreux conflits opposent ces différents peuples entre 1912 et 1913 et font de cette partie du monde une véritable poudrière. La Yougoslavie, telle que nous l’avons connue, a vu le jour en 1918 en même temps que s’effondrait l’empire austro-hongrois, le premier décembre, d’abord sous le nom de Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. C’est seulement en 1929 qu’elle devient royaume de Yougoslavie, le premier monarque étant Pierre 1er de Serbie. De 1941 à 1992, c’est une République fédérale à parti unique communiste. Le Maréchal Tito la dirigera jusqu’à sa mort en 1980. Lui succédera Slobodan Milosevic qui mourra en prison à La Haye, pour crime de guerre. Il a en effet été reconnu coupable des horreurs commises au cours du conflit qui amènera l’explosion de la Yougoslavie, et de l’épuration ethnique dont le seul but était de massacrer tous les opposants à l’idée de Grande Serbie. Celle-ci ne verra pas le jour et les six pays qui composaient la Yougoslavie (Slovénie, Croatie, Monténégro, Bosnie-Herzégovine, Macédoine et Serbie dont le Kosovo était une province indépendante peuplée de nombreux albanais) sont à ce jour des pays indépendants.

Dès juin 1914 et les échecs successifs de négociateurs voulant éviter un conflit mondial, les populations se préparent à vivre une guerre qui verra Allemagne et empire austro-hongrois dans le même camp, soutenus par l’alliance avec l’Italie. En France, tout le monde retient son souffle et attend du président Poincaré qu’il se montre convaincant et parvienne à éviter la guerre. France, Grande-Bretagne et Russie sont les peuples qui entreront en guerre dès le mois d’août 1914.

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie

Et sans dire un mot te mettre à rebâtir,

Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties

Sans un geste et sans un soupir :

Si tu peux être amant sans être fou d’amour,

Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre ;

Et te sentant haï sans haïr à ton tour

Pourtant lutter et te défendre ;

Rudyard Kipling

Tu seras un homme, mon fils

Première partie

Chapitre 1

Justin a une dizaine d’années en ce mois d’août troublé par l’angoisse qui règne à la suite des événements dans les Balkans susceptibles de déclencher une guerre. Il mène une vie tranquille à la campagne, entouré de ses parents, Célestine et Félicien, et de ses deux frères, Lucien âgé de vingt ans qui effectue son service militaire et Jean, plus jeune, âgé lui de huit ans. Félicien et Célestine ont perdu une petite fille qui aurait quinze ans. La mortalité infantile était encore très importante et la petite est morte de la tuberculose qui sévissait à ce moment-là. Ce fut un vrai drame pour eux, et ce n’est que quelques années plus tard qu’ils ont décidé d’avoir un autre enfant. Finalement, ils ont eu deux autres fils, mais pas de fille.

« Lucien, peux-tu aller chercher les petits, et ensuite tu donneras un coup de main à ton père, il a besoin de bras.

— Je suis en train de te couper un peu de petit bois pour le poêle, j’ai presque terminé. Les garçons sont dans le champ à jouer avec les copains. Je vais les appeler

— Merci pour le bois, j’en avais besoin. J’espère que Justin et Jean ne sont pas en train de se bagarrer.

— Célestine, appelle Félicien, viens j’ai besoin de toi.

— J’arrive ».

Les vacances scolaires pour Justin et Jean ont débuté depuis quelques semaines, et ils s’amusent beaucoup tout en aidant un peu les parents à la ferme. Nous sommes le premier août.

Lucien, quant à lui, est très inquiet et suit avec attention les différentes interventions gouvernementales ayant pour but d’apaiser les tensions. Mais rien de positif ne se dessine, et lui qui est arrivé chez ses parents l’avant-veille pour une permission craint d’être obligé de repartir très vite dans la région de Verdun où il est mobilisé.

« Félicien, appelle le voisin, tu es sorti ce matin ?

— Non, pas encore, pourquoi ?

— Il se passe quelque chose, il y a tout un attroupement autour de la mairie, espérons que ce n’est pas ce que nous redoutons tous.

— Je me lave les mains et j’arrive ».

Félicien ressent brusquement une angoisse terrible qui l’envahit tout entier. Il se presse pour rejoindre Arthur et tous deux, sans un mot, courent rejoindre ceux qui sont déjà massés autour de la mairie. Ce sont des visages graves, des femmes en pleurs et des jeunes gens anéantis qui lisent et relisent en souhaitant s’être trompé l’avis de mobilisation générale que le garde champêtre vient d’afficher.

Roulement de tambour annonçant que le crieur garde champêtre a un communiqué à lire.

« Le ministre de la Guerre vient de décréter la mobilisation générale, et demande à tous les hommes de moins de quarante et un ans et aptes au service militaire de rejoindre au plus vite le régiment qui sera attribué à chacun d’eux, et aux jeunes en permission de se préparer à partir. Un train partira dès ce soir pour la Meuse où la plupart d’entre eux effectue son service militaire. Les nouvelles sont désastreuses, et les Allemands tentent déjà de venir envahir la France en passant par la Belgique qui se défend du mieux possible. Nos frontières ont été renforcées, mais le pays a besoin de toutes ses forces vives pour défendre notre sol. Bonne chance à tous et revenez-nous vite ».

Nouveau roulement de tambour signifiant que l’annonce était terminée.

La mobilisation s’échelonnera sur dix-huit jours, le temps nécessaire pour acheminer hommes, matériel et vivres sur les différents lieux affectés aux combats et à l’intendance. Il faut aussi organiser des hôpitaux, prévoir les soins pour les blessés et les relations avec les familles si malheureusement un des leurs venait à perdre la vie. Dès 1914, 3 780 000 hommes sont mobilisés. Durant toute la durée du conflit, pas moins de 8 410 000 hommes seront envoyés dans les combats terrestres et maritimes. Malgré la détresse qui se manifeste, on pense couramment que la guerre sera courte, quelques mois tout au plus. Personne n’envisage que la guerre sera épouvantable et que les combattants vivront un calvaire. Beaucoup d’entre eux ne reviendront pas, et ceux qui survivront seront à jamais détruits par ce qu’ils ont vécu. Certains reviendront vivants mais estropiés, psychologiquement anéantis, d’autres n’auront plus de visage, et seront ceux qu’on a appelés « Les gueules cassées ». Tous seront ces « poilus » qui ont combattu dans les tranchées dans des conditions abjectes et inhumaines, souffrant du froid en hiver, de la malnutrition, et d’épuisement. La vie dans les tranchées n’avait rien d’humain, et ces jeunes gens, qui n’avaient rien demandé se sont vus contraints de se battre, ont vu un ou plusieurs amis tomber sous les balles ou sauter sur des mines ou au cours d’un bombardement, certains n’ont même pas pu être identifiés tellement leurs corps étaient disloqués. De toute nationalité, un seul cri jaillissait de leur gorge, « plus jamais ça » ! Dans quel état d’esprit étaient-ils, mourir pour la France était-ce ça qu’on leur demandait ? Cette guerre a été un carnage humain faisant 1.397.000 « Morts pour la France » dont 300 000 civils, et dans le monde, 18 000 000 de victimes dont 7 000 000 de civils. Que dire de plus sinon reprendre le cri de ces centaines de millions de combattants « Plus jamais ça ». Les poilus et les gueules cassées resteront à jamais dans les mémoires.

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