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Couverture du roman JUDITH

JUDITH

Au Cameroun, l'absence de dialogue familial alimente une délinquance juvénile alarmante. Quand l'harmonie se rompt, les enfants deviennent les victimes d'un amour parental toxique. Judith illustre ce drame : brisée par le divorce de ses parents et les sévices d'une marâtre cruelle, elle sombre dans une dérive psychologique profonde. Perdue, elle finit par trahir Gaston, son ami fidèle. Ce récit explore comment les traumatismes subis transforment l'innocence en un réel danger.
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Chapitre 1

Je m'appelle Gaston, je suis un jeune  étudiant âgé de 20 ans... j'aimerais partager avec vous la petite histoire d'une amie chère à moi terrifiée par la qualité des horreurs qu'elle a subi depuis la séparation de ses parents jusqu'aujourd'hui. Sachant qu'elle n'oserait le faire à cause des traumatismes subis, je préfère la raconter moi-même afin que plusieurs personnes prennent conscience de la gravité que pourraient avoir les actes qu'ils posent au quotidien consciemment ou non.

En 2015 pendant que j'étais en classe de quatrième, j'avais fait la connaissance d'une charmante et jolie fille nommée Judith; agée de 20ans et étudiante à l'université de Yaoundé 1 Ngoa-ekele... Cette dernière était dotée d'une  sensibilité et d'un altruisme à nuls autres pareils. Mais je dois également vous avouer qu'elle savait aussi bien être désagréable quand elle le voulait.

Elle et moi avions véritablement tissé des liens à partir du second cycle, car durant tout le premier cycle, si j'ai bonne mémoire, je ne me souviens pas avoir été en harmonie sur un quelconque point avec elle. Nous étions tous les jours en tiraillements pour des raisons vraiment incompréhensibles. J'étais d'abord un élève trop désordonné, tandis qu'elle était une fille très posée et sympathique. C'était donc quasi impossible pour nous d'être  amis à ce moment-là.

En 2016, alors que je faisais la classe de troisième, mon grand père cassa sa pipe un mois après le déraillement du train voyageur communément appelé ''boko Haram", dans la ville d'eseka.  Je n'avais jamais vu autant de morts de toute ma vie, car ce jour, pendant que je rentrais des classes, le déraillement c'était produit quelques minutes avant mon arrivée à la gare. J'étais l'une des premières personnes à descendre sur le lieu du drame.  Il y avait des cadavres un peu de partout, on dirait la fin d'une guerre sans merci ! Cette année, je la garderai toujours en mémoire.

Les années se sont très vites écroulées sans même que je ne m'en rende compte, car j'avais perdu l'être le plus important de mon enfance :  mon grand père. Pour moi, ce dernier valait beaucoup plus que ma mère, car mon éducation de base m'avait été donné en grande partie par lui, du coup son départ avait créé en moi un énorme vide. J'étais d'ailleurs son homonyme direct, ce qui me donnait un peu plus de valeur à ses yeux.

Après l'enterrement de mon kalakuta (son surnom), j'avais repris les cours et j'avais réussi mon brevet dans la souffrance. Ce n'était vraiment pas facile, d'ailleurs perdre un être cher ne l'a jamais été en réalité. Lorsqu'on en perd un, on s'imagine que notre vie est foutue parce que celui où celle là qui était toujours là pour nous n'est plus.

C'était vraiment trop dur à surmonter, mais il fallait que j'avance car tôt ou tard, il me quiterrait. Je ne pouvais quand même pas penser mourir avant lui, car à sa mort il avait déjà 88 ans. Mais j'aurais juste voulu qu'il soit toujours là, qu'il me voit grandir et qu'il porte ses arrières petit-fils, oui ça, je l'aurais vivement souhaité... Mais hélas !! Il avait déjà achevé sa mission, et il fallait bien qu'il aille se reposer. La mienne venait juste de commencer, alors je me devais d'avancer...!

L'année suivante, nous étions en 2017 et j'étais également dans la même salle avec Jujudith (comme j'aimais  si bien l'appeler) et rien n'allait toujours entre nous... Seulement, quelques semaines plutard, sa copine Clarisse tomba sévèrement malade, et il fallait qu'elle se rende de toute urgence à l'hôpital avant de rentrer chez elle à 17 km de la ville d'eseka.

Sérieusement, je me demande à quoi servent réellement les infirmeries dans les établissements publics. À un moment donné, ça devient énervant. Notre infirmière avait uniquement le paracétamol dans son bureau, et c'est ce qui devait gérer tous les cas du lycée. Tu te fractures, elle sort sa boîte à paracétamol, tu as les maux de ventre, le même médicament, tu as des abcès c'est toujours le paracétamol. Ça devenait vraiment insupportable, car l'infirmière même n'avait aucune expérience sanitaire. La mafia qui se joue dans les lycées est vraiment dégueulasse !

Pendant que nous y étions, Clarisse souffrait en elle même. Que faire, étant donné que personne ne pouvait avoir son argent et le prêter à Judith car elle se surestimait énormément. Sa copine était donc victime d'une allergie et il fallait rapidement agir.  Malgré tout ce que ces meufs m'avaient fait endurer en classe de troisième, je ne pouvais rester là sans rien faire face à une telle  situation, c'est alors que j'avais décaisser mon argent du mois qui s'élevait à 5000 fcfa et je le leur avais remis afin que Clarisse se rende dans un hôpital pour des soins bien meilleurs.

Après ce geste, j'ai attiré l'attention de plusieurs camarades qui , pour la plupart, m'ont reproché d'avoir aidé cette fille qui était toujours là à jouer les suffisantes. Mais moi, je n'avais rien à regretter, car je ne laisserai jamais quelqu'un souffrir de quelque manière que ce soit pourtant j'ai la possibilité de lui venir en aide. Peu importe les différends que tu as avec X ou Y, il faut toujours faire du bien à ceux qui en ont besoin parce qu'un bien fait ne se perd jamais. C'est là même le secret du progrès et de la réussite.

Judith quant à elle, n'arrivait toujours pas à réaliser que je puisse poser un acte aussi bienfaisant , car pour elle, j'étais l'incarnation du péjoratif...

Le lendemain matin, Clarisse étant revenue à l'école en pleine forme, n'avait pas manqué de me témoigner toute sa gratitude :

Clarisse : Hey Gaston, je ne saurais jamais assez te remercier pour ce que tu as fait pour moi hier. Je dois avouer que tu m'as beaucoup surprise et je te suis entièrement reconnaissante. Merci beaucoup !

Moi : il n'y a pas de quoi, j'ai fait ce que n'importe qui aurait pu faire face à cette situation.

Clarisse : je ne sais vraiment pas comment je te rendrai cet argent, mais je le ferai, promis...

À cet instant, je m'étais dit au plus profond de moi même qu'il était préférable de lui donner cet argent cadeau. Mais est ce que cela allait à mon avantage, je dirai non parce que, je n'avais plus rien pour gérer tout le mois d'octobre !

Après quelques minutes de silence, je lui avais clairement fait comprendre que je n'en avais plus besoin, donc qu'elle pouvait le garder . À cette annonce, Judith était totalement perplexe, elle n'en revenait toujours pas !

Judith : Gaston es-tu sérieux?

Moi (tout souriant) : Bien-sûr que je le suis.

Judith : Comment peux-tu demander à Clarisse de garder ton argent pourtant c'est tout ce qui te restait ?

Moi : Je ne sais pas comment tu as su que je n'avais plus rien, mais quand je donnais cet argent hier, ce n'était pas pour qu'il me soit remboursé.

C'était tellement étrange pour Judith et Clarisse l'acte que j'avais posé, mais c'était pour moi, le seul moyen de gagner du respect et la considération de Judith.

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