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Couverture du roman Jeune, volontaire et capable

Jeune, volontaire et capable

Bass contemple avec émotion l'avancée de ses écrits, réalisant que son épanouissement réside dans cette force créative. Entre lui et sa partenaire, une connexion singulière existe : ils se croisent par hasard, s'observent et se séparent sans promesses, gardant leur affection en suspens. Ce bonheur naît d'intuitions profondes qui le guident vers des projets secrets. Patrice Boum signe ici un récit sur la quête de liberté face aux lourdeurs du quotidien.
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Chapitre 2

Première partie

Quelle serait la source ? D’où viendrait l’importance prédominante de l’idée que sans les diplômes une certaine catégorie de la population ne pourrait pas, n’y arriverait pas.

Comme si seule cette pièce solennelle, émanant de l’autorité légale et destinée à conférer un droit, un titre, était la seule condition sans laquelle il serait impossible de réussir. Toutefois, si nous considérons l’échec comme le résultat négatif à un examen, ou d’une tentative quelconque, on constate que quand on échoue, ce n’est qu’une opportunité que l’on rate à ce moment précis, les efforts pour réussir ne sont pas gâchés. Un échec ne devrait pas remettre en question nos capacités à atteindre nos objectifs, mais chercher les moyens de les mettre en place pour y parvenir. La culture africaine du diplôme est intégrée dans la société et valorisée par le système éducatif avec ses critères de notation et aussi par les familles qui considèrent l’enfant en échec scolaire avec moins de considération.

Les grandes inventions découvertes en un seul essai sont peu nombreuses et le hasard ou l’erreur peuvent en faire partie. Le monde qui nous entoure a été bâti grâce à la persévérance des personnes qui n’ont pas peur ni honte de l’échec.

En admettant que la raison de l’intelligence soit hypothétique, et comme chaque individu est singulier, avec son histoire, son regard sur le monde, son attachement à la société, son ensemble de faits, de données qui permettent de l’individualiser, l’intuition qui est une connaissance directe sans recours au raisonnement, à l’expérience, et qui est d’une grande importance reste une probabilité non exploitée par la psychologie de l’enfance.

Ce serait une erreur de considérer le diplôme comme seule garantie ou caution pour la réussite et de le promouvoir dans la population comme modèle unique intangible.

Tel était le raisonnement exprimé par sa pensée la plus intime, la plus proche de l’inconscient, comme un rayonnement que lui fournissait à cet instant précis, son degré de réflexion et, comme toutes les autres fois, lorsqu’il se demandait comment il allait pouvoir arriver à le faire, concentrant son attention sur la manière de le faire, s’interrogeant s’il en était un jour capable, à cause des allusions grossières ressassées sur son insuffisance dans la qualité de ses résultats scolaires qui le remplissaient d’un sentiment d’abaissement ou d’avoir commis une action indigne de soi, mélangé à la crainte d’avoir à subir le jugement défavorable d’autrui. Alors, comme chaque fois d’ailleurs que ses pensées et ses émotions lui inspiraient une idée ou le sentiment vif d’une certaine intelligence, il classa aussi cette énième analyse en toute hâte dans le tiroir mental des problèmes difficiles à résoudre.

Convaincu par les écoles d’être médiocre, il commençait à intimement se persuader de la justesse de ses idées. Son subconscient amorçait un choix dans cette dualité entre sa pensée naturelle et sa pensée raisonnante liée à la part de création de l’être.

Il percevait par les sens, les idées qu’il développait pour devenir la personne qu’il voulait être plus tard, en particulier dans la réalisation des parterres fleuris dans le jardin familial, des conseils en esthétique qu’il prodiguait à tous les membres masculins et féminins de sa famille et son entourage proche ainsi que des œuvres d’art qu’il créait, des actes qui mettaient en évidence la réalité d’une disposition naturelle à faire un travail très apprécié.

Avec ces premiers encouragements et le courage venant de sa conscience qu’il avait de sa valeur, il commençait à donner des signes d’une certaine hardiesse d’entreprendre, mais manifestement, l’ensemble de ses facultés intellectuelles hésitait encore à conforter son instinct, à fortifier sa capacité à entamer un travail dont, même si les techniques et les qualités spécifiques de la littérature lui échappaient, sa volonté de prendre des décisions avec fermeté et à les conduire à leur terme sans faiblesse, en surmontant les obstacles, il prit le parti de suivre l’intuition qui restait son meilleur allié dans les moments de doute.

De plus, le circuit de la récompense, créé dans son cerveau par les premières félicitations, l’incitait à se lancer dans l’écriture dont il ignorait les connaissances, les études qui se rapportent à cette activité.

Le manque de volonté ou oubli du colonisateur, fut-il un plan bien déterminé à garder les colonies françaises dans l’insuffisance générale de l’instruction du savoir pour maintenir ces pays dans un défaut de connaissance, dans l’absence totale d’expérience ? Toujours est-il que le colonisateur crut bon de transmettre l’administration et les armes pour continuellement dominer techniquement, intellectuellement et scientifiquement. Le système colonial ne légua même pas une seule bibliothèque dans une colonie. Mais les pays colonisés devenus indépendants prirent la dimension de la grande nécessité à l’évaluation de ce manque de la portion relative à la construction de l’être, à sa libération des manipulations politiques, à son ouverture d’esprit, cet aspect ne se présenta pas non plus à l’esprit des chefs d’État nommés. La culture de l’esprit demeurant inexistante, il opta pour le commencement d’un livre dont il ne connaissait pas la base sur laquelle appuyer le reste. L’admettant, il ne lui restait plus qu’à user au gré de son imagination et suivre le fil de celle-ci. Alors, de premiers gribouillages confus commençaient à apparaître des mots, et puis des phrases surgissant des idées qu’il rangeait depuis sa puberté dans le tiroir mental des problèmes auxquels il n’osait faire face.

Il allait commencer par la grande histoire très originale de l’amour de ses parents, de leur rencontre, à leurs fiançailles, leur mariage jusqu’à sa naissance, lui, le fils qui porte le même prénom que son père et le même nom que son grand-père, le patriarche. Il connaissait bien l’histoire du grand amour de ses parents pour les avoir très souvent entendu en parler. Très fiers de raconter leur rencontre de la manière la plus naturelle, dans un monde où l’autorité parentale exigeait d’arranger le mariage pour leurs enfants. Le fait de leur rencontre inattendue, de se retrouver l’un en face de l’autre sans se chercher, le fait que personne n’eut à intervenir pour organiser leur amour en comparaison à la manière établie par les traditions de leur groupe social où inéluctablement, les parents choisissaient pour leurs enfants la bonne personne à épouser.

Il s’arrête, hésite à se relire, et puis sans savoir pourquoi il voulut s’entendre, peut-être pour prendre connaissance du contenu, et, comme pour le porter à la connaissance d’autrui, il énonça à voix haute la progression des lignes des prémices du brouillon de son histoire.

— Oui bien sûr, s’entend-il se dire, je crois qu’il faudrait, pour faire naître un éveil dans la société, dépeindre ces situations réelles, mais peut-être de façon un tout petit peu plus nuancée

Bass regarde les feuilles où se suivent des phrases raturées. Cinquante fois, il recommencera le début. Face à lui, Sanpha rédige la quatrième lettre de la journée à son autre moitié, dont les portraits tapissent la cellule depuis plus de deux semaines qu’ils y partagent leur quotidien. Antinomiques, les composants de leur parcours à chacun révèlent deux antipodes contraints par l’Autorité qui, après la décision des juges, a décidé de lier leur existence dans un intervalle de temps.

Ce ne serait pas inintéressant de développer ce point de départ, pense-t-il, se demandant cependant ce qu’il faisait là, et comment a-t-on pu l’incarcérer sans motif, et puis, d’un geste magnanime Bass se ressaisit et pense qu’en lisant cette histoire banale mais noble, certains éprouveraient peut être l’esprit d’une révélation, les premiers manuscrits gagneront la confiance des lecteurs.

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