Couverture du roman Ils ont tout volé : maintenant je prends

Ils ont tout volé : maintenant je prends

8.4 / 10.0
Privée de ses jambes après un accident, Éléonore pensait qu'Adrien était son pilier. En réalité, son mari la droguait pour la soumettre, tout en la trompant avec Jade. Trahie et poussée dans les escaliers, elle perd son enfant sous les yeux méprisants d'Adrien qui l'abandonne à l'agonie. Sauvée par les siens, elle survit miraculeusement. Désormais debout, la jeune femme autrefois fragile laisse place à une figure implacable, prête à anéantir ceux qui ont tout volé.

Ils ont tout volé : maintenant je prends Chapitre 1

Pendant sept ans, j'ai été prisonnière de mon fauteuil roulant, et mon mari, Adrien, était mon sauveur dévoué. Après l'accident qui m'a volé l'usage de mes jambes, il m'a nourrie, lavée, portée. Il était tout mon univers.

Puis j'ai découvert son secret : il me trompait avec Jade, la fille de l'homme qui m'avait estropiée. Mes smoothies de « convalescence » n'étaient pas faits pour me guérir ; ils étaient bourrés de sédatifs pour me garder faible et dépendante.

Quand je les ai confrontés, Jade m'a poussée dans les escaliers. Alors que je gisais, perdant mon sang sur le marbre froid, j'ai senti une douleur aiguë, atroce. Je perdais notre bébé.

Adrien m'a regardée d'en haut, avec dégoût.

« Tu es pathétique, Éléonore. Reste là à pourrir. »

Il est parti, me laissant pour morte.

Mais je ne suis pas morte. Ma famille m'a retrouvée. Et tandis que je réapprenais à marcher, lentement, miraculeusement, la femme brisée qu'il connaissait avait disparu.

Ils m'ont pris mes jambes, mon enfant et ma confiance. Aujourd'hui, c'est moi qui allais tout leur prendre.

Chapitre 1

Mon monde s'était rétréci aux murs de cet hôtel particulier lyonnais, une cage dorée où ma seule liberté était de tourner les pages d'un livre. Pendant sept longues années, mes jambes n'avaient servi à rien, souvenirs d'un accident dont je me rappelais à peine, un brouillard de crissements de pneus et de douleur fulgurante. Adrien, mon mari, avait été mon roc, mon soignant dévoué, du moins c'est ce que j'avais cru. Il me nourrissait, me lavait, me portait, ses bras puissants une présence constante. Il était ma seule fenêtre sur le monde extérieur, mon unique lien avec une vie que j'avais perdue.

Puis Jade est arrivée. C'était la nouvelle assistante personnelle d'Adrien, qui vivait avec nous, un tourbillon d'efficacité et de charme. Elle se déplaçait avec une grâce étrange, presque dérangeante, son sourire un peu trop large, ses yeux un peu trop brillants. Il y avait quelque chose chez elle, une lueur dans son regard, un certain angle de sa mâchoire, qui a accroché un recoin oublié de ma mémoire. C'était une douleur fantôme, un murmure d'effroi que je n'arrivais pas à identifier.

« Elle est excellente, n'est-ce pas, Éléonore ? » disait Adrien, sa voix chaude d'approbation, tandis que Jade parcourait la maison sans effort, m'apportant du thé, organisant l'emploi du temps chaotique d'Adrien. « Si compétente. Un véritable atout pour l'entreprise. »

J'essayais d'exprimer mon malaise. « Il y a juste quelque chose chez elle, Adrien. Je n'arrive pas à mettre le doigt dessus, mais elle... elle me rappelle quelqu'un. » Il balayait mes doutes d'un revers de main, une caresse douce sur mon front, un petit rire dédaigneux. « Tu n'as juste pas l'habitude de voir de nouveaux visages, mon amour. Être enfermée comme ça, ça te fait imaginer des choses. » Ses mots, censés m'apaiser, ne faisaient qu'amplifier le soupçon qui me rongeait les entrailles. Je détestais me sentir impuissante, détestais être ainsi ignorée.

J'ai commencé à l'observer. Pas ouvertement, mais avec l'intensité silencieuse de quelqu'un dont la seule monnaie d'échange était l'observation. J'ai remarqué la façon dont elle sursautait parfois au son d'un klaxon dehors, un tremblement subtil dans sa main quand elle versait de l'eau. Des petites choses, insignifiantes pour n'importe qui d'autre, mais pour moi, c'étaient les pixels d'une image floue qui peinait à devenir nette. Un après-midi, alors qu'elle était occupée dans le bureau d'Adrien, j'ai réussi à manœuvrer mon fauteuil assez près pour jeter un œil à son ordinateur portable ouvert. Une photo me souriait depuis son fond d'écran : une jeune Jade radieuse, bras dessus bras dessous avec un homme. Mon souffle s'est coupé. Ce n'était qu'un regard, une image fugace, mais c'était suffisant. Le visage de l'homme était plus vieux, ridé, mais impossible de se tromper. Mon esprit a hurlé. Franck Dubois. Le portrait-robot du vieux dossier de police, celui qu'ils n'avaient toujours pas classé, celui qu'Adrien s'assurait toujours que je ne voie jamais. Le chauffard en délit de fuite. Son père.

Une vague de nausée brûlante m'a submergée. Mes mains ont picoté, puis sont devenues insensibles. Ma vision s'est brouillée, la pièce tournoyait autour de moi. Ce n'était plus un vague soupçon. C'était une vérité concrète, terrifiante. Mon corps, déjà une prison, me semblait maintenant me trahir activement, tremblant d'un mélange de choc et de rage incandescente. Je voulais hurler, briser le silence élégant de cette maison, mais le son était piégé dans ma gorge, un hoquet douloureux.

Je devais agir. Il le fallait. Mon cœur martelait mes côtes, un tambour furieux de défi. Il ne s'agissait plus seulement de moi. Il s'agissait de justice. Ma première pensée fut de les confronter, d'exposer le mensonge qui avait suppuré si longtemps. Je me suis éloignée de l'ordinateur, les roues de mon fauteuil raclant doucement le parquet poli, un son qui, dans mon état d'hypervigilance, me parut assourdissant. J'ai agrippé les accoudoirs, les jointures de mes doigts blanches, une résolution féroce durcissant mon regard. Je les ferais payer.

Je me suis dirigée vers le bureau d'Adrien, le souffle court et saccadé. Chaque virage semblait un effort monumental, chaque centimètre gagné une bataille contre mon propre corps défaillant. Juste au moment où j'atteignais la porte légèrement entrouverte, un murmure de voix m'a stoppée net. C'était Adrien. Et Jade. Ma main s'est figée sur le métal froid de mon fauteuil.

« Tu es sûre qu'elle est calme, Jade ? » La voix d'Adrien était empreinte d'une anxiété frénétique que je ne lui avais jamais entendue pour moi. « Je ne veux pas qu'elle fasse de problèmes. Pas maintenant. »

« Elle va bien, Adrien, » ronronna Jade, sa voix dégoulinant d'une fausse sollicitude. « Elle vient de prendre son smoothie du soir habituel. Elle sera bientôt dans les vapes. »

Mon sang se glaça. Le smoothie ? Celui qu'il insistait pour que je boive chaque soir pour ma « convalescence ». Une convalescence qu'il sabotait depuis le début ?

« Tu es sûr de ça, Adrien ? » intervint une autre voix, plus bourrue, plus âgée. C'était Monsieur Lambert, le partenaire commercial de longue date d'Adrien, qui passait souvent. « Garder Éléonore sous sédatifs... C'est un jeu dangereux. Et faire venir le père de Jade ici, même juste pour le cacher... Et si quelqu'un découvrait tout ? »

« Personne ne découvrira rien ! » claqua Adrien, sa voix maintenant un grognement bas et dangereux. « J'ai effacé toutes les traces. Et Franck est en parfaite sécurité, bien caché. Il ne posera pas de problème. »

Franck. Le nom résonna dans mon esprit, un glas sonnant la fin de ma santé mentale.

« Mais pourquoi, Adrien ? » insista M. Lambert, semblant sincèrement perturbé. « Pourquoi te donner tout ce mal pour le père de Jade ? Tu as tout risqué. »

Un souffle, lourd d'apitoiement et d'un sentiment de possessivité glaçant, s'échappa des lèvres d'Adrien. « Parce que Jade était... est mon grand amour. Celle avec qui j'aurais dû être depuis le début. L'accident... c'était une opportunité. Franck a estropié Éléonore, oui, mais ça voulait dire que Jade avait besoin de moi. Elle était si perdue, si vulnérable. Je ne pouvais pas laisser son père aller en prison, pas si ça signifiait la perdre. Éléonore n'était qu'un... dommage collatéral. »

Le monde a basculé. L'air a quitté mes poumons dans un hoquet silencieux et atroce. Son grand amour. Un dommage collatéral. Les mots rebondissaient dans mon crâne, un tango macabre de trahison. Ma mémoire revint à ses tendres caresses, à ses promesses chuchotées à mon chevet. Que des mensonges. Chacun d'entre eux. Il ne m'avait pas protégée ; il m'avait utilisée. Il ne m'avait pas guérie ; il m'avait emprisonnée.

« Et les smoothies, » continua M. Lambert, sa voix à peine un murmure. « Tu lui donnes des sédatifs ? Pour l'empêcher de guérir ? »

« Elle devenait trop curieuse, » dit Adrien, avec une indifférence plate et terrifiante. « Toujours à poser des questions sur l'accident, toujours à essayer de retrouver sa mobilité. C'était devenu un problème. J'avais besoin qu'elle soit silencieuse, prévisible. J'avais besoin qu'elle reste exactement là où je l'avais mise. »

Mes mains se crispèrent, mes ongles s'enfonçant dans mes paumes. Des sédatifs. Tous les soirs. Chaque soir, pendant sept ans. Le brouillard dans mon cerveau, l'épuisement constant, le rythme lent et atroce de ma « convalescence » – tout s'emboîtait avec une clarté écœurante. Il ne se contentait pas de cacher un criminel ; il empoisonnait activement sa femme.

« Je n'arrive pas à te croire, Adrien, » marmonna M. Lambert, sa voix pleine de dégoût. « Tu as changé. Tu étais un homme d'honneur. »

« L'honneur ne bâtit pas d'empires, Lambert, » ricana Adrien. « Éléonore était... une distraction. Un joli visage avec un corps fragile. Jade, par contre, elle sait vraiment apprécier ce que je fais. Elle comprend le sacrifice. » Il marqua une pause, un rire cruel lui échappant. « Éléonore a toujours été trop douce. Trop faible. Une poupée cassée. »

Ma poitrine se serra, une douleur fulgurante irradiant dans mes côtes. Faible. Brisée. L'homme même qui avait juré de me protéger, qui s'était présenté comme mon sauveur, ne me voyait que comme un inconvénient, un fardeau. Toutes ces années, tous ces mots d'amour chuchotés, les baisers tendres, les étreintes réconfortantes – c'était une performance. Une illusion méticuleusement conçue pour me garder docile, dépendante et totalement inconsciente.

Un bruit soudain me fit sursauter. Mon fauteuil racla de nouveau le sol, et les voix à l'intérieur s'arrêtèrent brusquement. Trop tard.

La porte du bureau s'ouvrit en grand. Jade se tenait là, encadrée par la porte, un sourire narquois et triomphant sur les lèvres. Ses yeux, ces yeux brillants et dérangeants, rencontrèrent les miens. Il n'y avait plus de faux-semblant de sollicitude maintenant, seulement une méchanceté glaciale et ouverte.

« Tiens, tiens, regardez qui voilà, » lança-t-elle d'une voix traînante, son regard balayant mon fauteuil roulant, un rictus tordant ses traits. « Toujours accrochée à la vie, ma chérie ? »

Mon souffle se coupa. Ce terme irrespectueux, prononcé avec un tel venin, fut comme une gifle en plein visage.

Adrien apparut derrière elle, son visage un masque de fausse inquiétude, remplaçant rapidement la colère que je venais d'entendre. « Éléonore, qu'est-ce que tu fais là ? Tu sais que tu ne devrais pas te surmener. » Son bras glissa autour de la taille de Jade, la rapprochant, un geste possessif destiné à mes yeux. Jade se blottit contre lui, son regard ne quittant jamais le mien, une déclaration silencieuse de victoire.

J'essayai de parler, mais ma voix était une chose fragile, coincée dans ma gorge tremblante. J'agrippai les accoudoirs de mon fauteuil, les jointures de mes doigts blanches, une tentative désespérée de m'ancrer dans un monde qui venait d'être irrévocablement bouleversé.

« Oh, ne t'en fais pas pour elle, Adrien, » dit Jade, sa voix dégoulinant d'une douceur mielleuse, ses yeux toujours rivés sur moi. « Elle est juste jalouse. Elle l'a toujours été, n'est-ce pas ? Coincée dans son fauteuil, à nous regarder vivre. » Elle laissa échapper un petit rire moqueur. « Ça doit être dur, de savoir que tu n'es qu'un fardeau, alors que certains d'entre nous contribuent vraiment. » Elle marqua une pause, son sourire s'élargissant. « Qu'est-ce qui se passe, Éléonore ? Tu as perdu l'appétit ? Ou peut-être la capacité de te nourrir seule ? Quel dommage, n'est-ce pas ? »

Ses mots étaient des poignards, chacun se tordant dans la blessure fraîche de la trahison d'Adrien. Elle prenait plaisir à ça, se délectant de ma douleur. Sans un mot de plus, elle se tourna, entraînant doucement Adrien dans son bureau, la porte se refermant derrière eux avec un clic, me laissant seule dans le couloir silencieux et résonnant.

Je restai assise là, figée, le poids de leurs mots m'écrasant. Les images défilaient dans mon esprit : les sourires trompeurs d'Adrien, le regard moqueur de Jade, l'image du visage de Franck Dubois. L'hôtel particulier, autrefois mon sanctuaire, était maintenant un tombeau de mensonges. Ma chambre, avec ses tapis moelleux et son éclairage doux, me semblait suffocante. J'avais besoin d'air. J'avais besoin de m'échapper.

Je retournai dans ma chambre en fauteuil, le silence de la grande maison m'oppressant. Je fixai la photo sur ma table de chevet – une Éléonore plus jeune, vibrante et pleine de vie, debout à côté d'un Adrien souriant le jour de leur mariage. Un écho douloureux d'une vie qui n'avait jamais été réelle. Il ne m'avait jamais aimée. Il avait convoité mon nom, mon héritage caché, puis, me trouvant handicapée et gênante, il m'avait simplement remplacée, tout en maintenant la mascarade.

Chaque acte de gentillesse, chaque mot d'amour, chaque moment de soi-disant soin était une performance, une manipulation. Mon souffle se coupa. Il m'avait droguée. Il avait saboté ma guérison. Il avait planifié cela, méticuleusement, cruellement. Son ambition, son calcul froid, dépassaient tout ce que j'aurais pu imaginer. J'avais été un pion, une remplaçante, un accessoire commode dans sa pièce tordue.

Une résolution froide et dure s'installa dans mon cœur, remplaçant le désespoir. Les larmes s'arrêtèrent. Les tremblements se calmèrent. Il n'y avait plus de douleur, seulement un vide glaçant. J'avais été stupide. J'avais été faible. Mais plus maintenant. L'Éléonore Bell qu'ils connaissaient, l'héritière brisée et docile, était morte. Ce qui restait était quelque chose de bien plus dangereux.

Ma main se tendit vers le compartiment caché du bureau ancien, un secret connu seulement de moi et de ma famille. Mes doigts tâtonnèrent avec le fermoir, mon cœur battant à un nouveau rythme féroce – non pas de peur, mais de détermination. Il était temps de laisser tomber le déguisement, de reprendre ce qui m'appartenait.

Je sortis mon téléphone satellite, une relique de ma vie passée, gardé chargé en secret. Mes doigts, rouillés par le manque d'usage, composèrent un numéro que je n'avais pas touché depuis des années. Il sonna une fois, deux fois, puis une voix familière et autoritaire répondit.

« Éléonore ? C'est vraiment toi ? » Mon frère aîné, Arthur, sa voix épaisse d'émotion.

Ma voix, quand elle vint, était stable, froide et dépourvue de la vulnérabilité qui m'avait collé à la peau si longtemps. « C'est moi, Arthur. J'ai besoin de toi. J'ai besoin de la famille. Il est temps. »

Une pause, puis sa voix, vive et décisive. « Considère que c'est fait. De quoi as-tu besoin ? »

« J'ai besoin de sortir. Maintenant, » ordonnai-je, mon regard fixé sur les murs de l'hôtel particulier, chacun étant maintenant un symbole de ma libération imminente. « Et ensuite, j'aurai besoin de vengeance. »

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