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Couverture du roman Et doucement coule sa vie

Et doucement coule sa vie

Marquée par le meurtre brutal de son ami d'enfance Philippe, un garçon fragile tué par ses parents, Émilie jure de devenir avocate pour protéger la jeunesse. Sa vocation s'intensifie lorsqu'elle découvre le secret tragique de sa propre naissance. Entre douleur et résilience, ce récit explore son combat pour la justice. Anaïs-Henriette Gaby signe ici un premier roman poignant, plaidoyer humaniste contre l'intolérance qui invite à plus de compassion et d'espoir pour l'avenir.
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Chapitre 1

Préface

Humaine, sensible, bouleversante, l’auteur attire l’attention dans son récit sur l’enfance maltraitée, sujet qu’elle évoque régulièrement. Afin de livrer un message, Anne-Marie va donner naissance à des personnages attachants. Vous rencontrerez Rose et Richard, dont le dévouement pour Émilie leur fille force le respect. John et Sarah, traumatisés dans leur enfance, qui chemineront entre souvenirs douloureux du passé et l’espoir de connaître ensemble le bonheur. Les thèmes abordés évolueront entre des parents qui infligeront de la maltraitance physique, psychologique, ceux qui rejettent les leurs pour leur orientation sexuelle et enfin ceux dont l’amour est sans limites. Pour faire naître l’espoir, l’auteur apporte de la chaleur ainsi que des moments de joie et de douceur, ses mots sont poignants, percutants, laissant la place pour le rêve d’un avenir meilleur, en espérant qu’il ne soit pas utopique.

Boitelle Stéphane

Merveilleuse Rose

Rose vient d’arriver chez tante Amélie, la journée d’hier a été très dure, elle a dû quitter ses amis. Le plus pénible a été de ne rien pouvoir dire à Évelyne.

Certes, elle a beaucoup d’amis d’enfance, c’est comme cela dans un petit village, on se connaît depuis la maternelle. Mais Évelyne est plus que cela. C’est chez elle qu’elle va faire ses devoirs, prendre son goûter, du temps de l’école primaire. Du temps avant l’arrivée d’Édouard.

Le temps où papa est encore là, où la vie est douce, où le jeudi après-midi, entre copains copines, on part faire de longues promenades à vélo, le temps où l’on respire le grand air à pleins poumons. Les enfants ne sont pas encore enfermés devant des écrans d’ordinateur à partager sur des réseaux sociaux. Ces réseaux qui nous font croire que l’on a plein d’amis à qui l’on peut se confier. Parfois les confidences, même aux personnes que l’on croit le mieux connaître, ne s’avèrent pas judicieuses mais plutôt dangereuses.

De plus, en dehors des personnes que l’on connaît, qui se cachent derrière ces écrans ? On ne sait pas. Rose a bien de la chance de vivre à cette époque où les joies les plus simples sont partagées en direct, où le contact humain est omniprésent. Pourtant, des êtres mal intentionnés, il y en a toujours eu, mais les choses mettaient plus de temps à se savoir, ou même mieux, on évitait d’en parler.

Avec Évelyne, comme tous les enfants, elles ont des rêves plein la tête et pensent à leur vie d’adulte. Que feront-elles, quand elles seront grandes ? Alors que sa camarade, un peu fleur bleu, s’imagine devenir actrice de cinéma, Rose veut être assistante sociale. Elle veut aider son prochain, elle a déjà un grand cœur. Papa pense lui aussi que c’est un beau métier. Maman dit : « Grandis un peu, tu as le temps de changer cinquante fois d’avis. »

Elle peut bien penser ce qu’elle veut, maman, Rose est sûre d’elle. Dans sa chambre, elle discute avec ses poupées, elle leur trouve des solutions si elles ont des problèmes, les réconforte si elles sont malheureuses.

La mère de son amie est un peu sa nounou, car ses parents, tous deux médecins, sont fort occupés. Ils se sont installés ici dès le début de leur carrière, on connaît l’importance des médecins de campagne.

Ces derniers connaissent toutes les familles, voient naître beaucoup d’enfants. Ils sont essentiels à la communauté, on leur confie beaucoup de choses, on les respecte. Alors, comment s’imaginer que l’un d’entre eux peut être un violeur ?

Édouard est le beau-père de Rose, il est arrivé au cabinet quand son père est mort d’une crise cardiaque. Sa mère ne pouvant assurer seule tous les patients, ce collègue lui avait été chaudement recommandé. Deux ans après, ils se mariaient.

Rose, comme tous les enfants à qui cela arrive, s’est trouvée très affectée à la mort de son père.

Quand Édouard épouse sa mère, la petite fille est heureuse. Elle passera quatre années auprès de lui, s’épanouissant en toute quiétude, comme tous les enfants de son âge. C’est l’année de ses onze ans que les choses ont changé.

La première fois qu’il l’a violé, il s’est bien assuré qu’elle n’en parlerait à personne. D’ailleurs qui voudrait bien la croire ? Rose ne sait plus les mots qu’il a prononcés, ce qu’elle sait, c’est qu’une peur sournoise s’est infiltrée en elle. Entre la peur et la culpabilité, le prédateur avait réussi à condamner Rose au silence.

Le choc le plus violent, si peu que l’on puisse croire que quelque chose soit encore plus terrible, c’est le jour où elle a compris que sa mère savait. Sa mère qui aurait dû la protéger savait, et n’a pas levé le plus petit doigt pour mettre un terme à ce calvaire.

Par ces longues années de viols à répétition, elle est fatiguée de devoir faire comme si tout était normal, que l’on vivait comme dans toutes les familles. Que dis-je, même mieux, pensez donc la fille de médecins, quelle chance ! Sous le poids de ce terrible secret, traumatisée, l’adolescente ne se rappelle pas comment elle a découvert que sa mère savait. Non, elle ne sait plus

De toute façon, il valait mieux faire comme si elle n’avait pas compris que sa maman était au courant. Peut-être qu’il la menaçait, elle aussi ? Oui, ce devait être cela, toutes les deux couraient un véritable danger. Sinon, elle en était sûre, elle aurait secouru sa petite fille.

Voilà, aujourd’hui, elle part. Évelyne et ses camarades sauront bientôt pourquoi elle est montée dans la voiture de son ancienne maîtresse d’école, pourquoi elles sont parties pour la ville, là où tante Amélie, la sœur de son pauvre papa, l’attend.

Rose découvre comment l’on peut être heureux, quand on est choyé, aimé. Elle réalise que finalement, elle n’avait jamais connu ces moments de tendresse avec sa mère. Il n’y avait pas de chaleur maternelle, elle avait cette enfant, elle l’élevait c’est tout. Oui, voilà, elle faisait son devoir.

Amélie a dix ans de plus que son frère. Alors que ce dernier est devenu médecin et s’est installé en campagne, elle a intégré un lycée en tant que chef cuisinier et acheté une maison de ville. Son mari mécanicien automobile, avec qui elle a eu quatre garçons, est malheureusement décédé. Un accident de circulation stupide.

Pas si stupide que cela, je dirais plutôt prévisible. Le conducteur de l’autre véhicule, arrêté plusieurs fois pour conduite en état d’ivresse, utilisait sa voiture alors que son permis lui avait été retiré. On peut en penser ce que l’on veut, résultat : un mort, une veuve, quatre enfants orphelins de père, des vies brisées.

À l’heure où ils auraient pu profiter d’une retraite heureuse, Amélie s’est donc retrouvée seule. Malgré son malheur, elle remercie le ciel, ses enfants sont mariés, ils ont fondé leur propre famille. Même s’ils se trouvent dispersés aux quatre coins du pays, ils viennent régulièrement la voir.

Quand il a fallu accueillir sa nièce, elle n’a pas hésité une seconde. Après avoir perdu son mari, son frère aussi les avait quittés. Jamais elle n’aurait cru sa belle-sœur capable de laisser sa fille vivre un tel drame. Comment peut-on être aussi inhumain quand on exerce un métier comme le leur ?

Amélie a surmonté le choc de cette terrifiante mésaventure, en s’occupant de tout mettre en œuvre pour que l’arrivée de Rose se passe dans les meilleures conditions. Elle a refait la décoration de la chambre où elle va l’installer, il faut qu’elle soit bien.

La jeune fille a dix-sept ans et est enceinte d’Édouard. Elle a mis un peu de temps à le comprendre. Dégoûtée par les sévices vécus pendant la nuit, souvent au petit matin elle vomissait, avant même d’avoir bu ou mangé quoi que ce soit. Alors oui, elle n’a pas réalisé tout de suite.

Édouard, lui, dès qu’il a su a fait pression, il fallait qu’elle avorte. Si Rose en parlait à qui que ce soit, si elle s’entêtait à vouloir cet enfant, il le tuerait. Pire si c’était une fille, il lui ferait vivre les mêmes choses. Ce jour-là, pour la première fois, son bourreau l’avait battue à mort.

Angèle, sa mère, a coupé court à la conversation, elle avorterait, point final. La famille ne subirait pas le déshonneur, à cause d’une traînée qui avait abusé de ses charmes, pour séduire son beau-père. Personne ne devrait savoir, le sujet était clos.

C’est là qu’elle s’est enfuie, Rose, poussée par une force incroyable. Surmontant sa peur, elle est allée trouver sa maîtresse du primaire pour qui elle a toujours eu beaucoup d’affection. Une personne qui éduque les enfants devait pouvoir la comprendre.

Cette dernière, d’abord très choquée, est passée de suite à l’action. Elle a rassuré la jeune fille, lui a parlé pendant des heures en expliquant qu’elle comprenait pourquoi elle n’avait rien dit, lui affirmant que ces situations étaient toujours très compliquées.

— Tu es dans ton droit, Rose, tu n’as rien à te reprocher, tu es une victime. Il doit payer, pour ce qu’il t’a fait subir.

— Mais imaginez que l’on ne me croit pas, qui pensera que ma mère au courant n’a rien fait ? Plutôt mourir que supposer que l’on puisse mettre ma parole en doute.

L’enseignante pèse ses mots, avant de lui répondre :

— Tu sais, Rose, en venant me trouver, tu m’as donné la preuve que tu me faisais confiance. Alors continue, je t’en fais la promesse, ils vont payer. Ta tante et moi-même allons tout faire pour cela.

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