
Docteur charme - Tome 1 : Ton amour plus fort que les doutes
Chapitre 2
Absorbée dans ma contemplation des lieux, je suis Sue vers une grande pièce vitrée qui est en fait l’office du personnel.
J’entre dans l’office, Sue salue gaiement un grand jeune homme brun :
— Hello Louka, je te présente Anna Selnes, la nouvelle infirmière.
Il se tourne vers nous et me serre spontanément la main. Quand nos regards se croisent, je me sens aussitôt intimidée. Deux yeux ambrés au fin cercle doré entourant la pupille semblent me sonder tout entière et je sens mon cœur s’affoler dans ma poitrine. La couleur de ses yeux si particulière me captive littéralement
— Bienvenue, dit-il simplement sur un ton posé.
Nos regards restent rivés l’un à l’autre quelques secondes et tout en retirant ma main prestement, je réponds timidement :
— Merci beaucoup.
Je détourne enfin les yeux, gênée et rougissante.
Même à des milliers de kilomètres de la maison, cette satanée timidité m’a suivie jusqu’ici !
— Louka Williams est l’un des deux médecins titulaires, donc si tu as des questions tu peux t’adresser à lui, m’explique Sue.
— Oui, surtout n’hésitez pas Anna.
La voix grave du séduisant médecin et son regard intense me perturbent un peu plus et j’acquiesce de la tête en baissant les yeux. Il se détourne rapidement pour continuer à écrire dans un dossier ; je retiens un soupir de soulagement.
Un jeune interne, que je n’ai pas encore rencontré, entre et me fait la bise sans plus de cérémonie. Il s’appelle Mitch, je remarque que son ton volubile n’a rien à envier à ma chère Sue. Son sourire est communicatif, cette fois je ne me sens pas du tout mal à l’aise.
— Tu vas voir, me dit-il, tout le monde est sympa à la pension où nous logeons. Tu viens d’où ?
— Paris, dis-je en lui retournant son sourire.
— Cool ! Bienvenue, Anna !
Tandis que je le remercie gentiment, Sue attrape ma main et m’entraine vers la sortie.
J’hésite à me tourner vers Louka pour lui dire au revoir avant de sortir, mais la jeune femme ne m’en laisse pas le temps.
— À plus tard, Louka ! lance-t-elle joyeusement.
Je sors de l’hôpital avec soulagement, troublée par la présence charismatique du docteur Williams. L’air brûlant ne calme pas la chaleur que je ressens encore sur mes joues et je monte dans le véhicule, étonnée et gênée de ressentir un émoi si vif.
« J’espère qu’il ne m’a pas prise pour une débile à rougir comme ça », me dis-je en me sentant vraiment ridicule d’avoir réagi de cette façon.
Je jette un coup d’œil vers Sue mais celle-ci ne semble pas du tout se douter de mes pensées moroses.
Elle me lance un grand sourire sincère et s’exclame :
— Allez, maintenant direction ta nouvelle maison !
La pension est modeste mais confortable car l’air climatisé y est plus respirable. Elle abrite le personnel de l’association sous forme de chambres individuelles. Elle comprend un rez-de-chaussée et un étage pourvus chacun de sanitaires propres et fonctionnels.
Sue me conduit vers la seule chambre libre située au rez-de-chaussée. En fait, il n’y a que cinq chambres à cet étage car une vaste salle à manger et un salon attenant prennent une grande partie du bâtiment. Cette chambre est confortable car elle jouxte la salle de douche mais elle est aussi bruyante par son emplacement très proche de la salle à manger, d’où sa disponibilité.
Sue m’explique cela un peu gênée mais je la rassure aussitôt : je suis très contente d’être ici et cela me convient très bien.
— Écoute, me dit-elle avec un grand sourire soulagé, dans ton malheur tu as de la chance car tu es près des chambres de nos deux chers médecins : Marc ici et Louka au fond.
Elle ponctue sa phrase me désignant de la main les portes concernées.
— Marc ?
Elle rougit à ma question :
— Oui, tu ne l’as pas encore rencontré, c’est le second médecin titulaire ici.
Sue semble un peu fébrile ce qui m’interpelle car c’est une facette d’elle que je ne connais pas encore, mais je n’ai pas le temps de réfléchir à cela pour le moment car mademoiselle chevelure de feu me propose de m’installer dans ma chambre avant le diner.
Ravie d’être un peu seule, je pénètre avec impatience dans la pièce que Sue m’a indiquée un peu plus tôt.
La surface est modeste et le mobilier en bois clair est simple mais de bon goût. Mon lit est muni d’une moustiquaire que je lisse distraitement tout en continuant de scruter les lieux. La décoration est en fait sommaire avec des murs nus, peints en jaune pâle, une petite lampe de chevet posée sur une frêle table de nuit et un miroir légèrement élimé fixé dans un coin près de la fenêtre.
Ce décor épuré ne me surprend pas du tout ; je m’attendais à cela et j’ai surtout hâte de me mettre au travail.
Rassénérée, j’ouvre ma valise pour commencer à ranger mes vêtements dans l’armoire près du lit. Une fois que c’est fait, j’approche du bureau installé sous la fenêtre. Celle-ci, pourvue d’un volet, donne sur le chemin cahoteux que nous avons emprunté pour venir.
Malgré la lassitude qui commence à se faire sentir, je sors quelques effets personnels pour les poser sur mon bureau : une bougie parfumée à la cannelle, un journal de bord encore vierge pour noter mon expérience professionnelle et quelques stylos.
Machinalement, je vérifie mon téléphone portable mais je n’ai bien entendu aucun réseau dans ce petit lieu perdu au cœur de l’Afrique. Comme j’ai laissé un message à mes parents et à ma tante en descendant de l’avion, je le repose sur le bureau sans m’inquiéter davantage.
Je baille à m’en décrocher les mâchoires. Non, ce n’est pas le moment de m’endormir ! J’attrape ma trousse de toilette, une serviette ainsi qu’un short en jean noir et un t-shirt blanc, avant de me rendre dans la salle de douche attenante.
Une fois sous le jet délicieux, je me savonne rapidement consciente de la nécessité de ne pas gâcher d’eau, même si mes muscles, contracturés par le voyage en avion et la fatigue auraient apprécié une longue douche propice à la détente.
Après m’être brossé soigneusement les cheveux, je les attache en queue de cheval, puis je m’aventure dans la salle à manger où Sue me présente l’équipe et le fameux Marc, le docteur Miller, responsable de la mission.
— Je suis sûr que vous vous adapterez vite Anna, me dit-il gentiment.
C’est un homme aux cheveux blonds, de haute taille, d’environ trente-cinq ans. Son sourire est sincère et son regard clair bienveillant. Son ton calme et posé impose un certain respect, d’autant plus que le reste de l’équipe semble plus jeune et plus inexpérimenté aussi
J’ai moi-même vingt-quatre ans et Sue a vingt-huit ans.
Celle-ci me présente également l’équipe locale qui nous reçoit avec Fatou la cuisinière, Salomé la gouvernante, ainsi que Bintou et Aïssata qui gèrent le nettoyage des locaux.
Le dîner se prend autour de plusieurs grandes tables rectangulaires en bois sombre disposées à la façon d’une cantine, les unes derrière les autres, toutes munies de grands bancs.
La pièce me semble vaste, je remarque un grand buffet semi-ouvert sur la cuisine, où chacun peut se servir avant de s’installer à table
L’ambiance qui y règne est chaleureuse.
Assise près de Sue, je fais agréablement connaissance avec quelques collègues qui me questionnent poliment sur le lieu d’où je viens et sur le voyage que je viens d’effectuer.
Je constate amusée que mon amie Sue veille au grain pour que je ne manque de rien, et surtout que je ne sois pas mise à l’écart des conversations. Celles-ci sont pour la plupart en français car l’association est basée en France, mais son fonctionnement est européen et quelques bribes de conversations anglaises me parviennent. Je souris car j’aime cette sensation de dépaysement, bien que je maitriseparfaitement cette langue.
Le repas se termine tranquillement quand Louka entre dans la pièce, vêtu d’un jean brut ajusté et d’un t-shirt kaki au discret logo jaune de TOGETHER sur la poitrine. La démarche gracieuse, le jeune homme se sert une tasse de café fumante et je ne peux m’empêcher de le contempler quelques secondes.
Son arrivée provoque en moi une drôle de sensation, entre la gêne et l’intérêt, j’en ai tout à fait conscience. Comme je ne veux pas m’y attarder, je tourne la tête pour me concentrer sur mon amie Sue et échapper à son regard troublant.
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